Monde

En Egypte, "un coup d'Etat tranquille", selon Alain Gresh

Manifestation contre Ahmad Chafiq sur la place Tahrir

© AFP PHOTO / MOHAMMED ABED

15 juin 2012 à 06:09 - mise à jour 15 juin 2012 à 06:11Temps de lecture2 min
Par Julie Calleeuw

La Cour suprême égyptienne a d'abord abrogé une loi votée par la nouvelle assemblée, qui interdisait à tout haut responsable de l'ancien régime de se présenter aux élections présidentielles. Ahmad Chafiq, dernier Premier ministre d'Hosni Moubarak, était évidemment visé. Arrivé en deuxième position au premier tour de la présidentielle, il y a 15 jours, il affrontera au second tour, le week-end prochain, le candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi.

Deuxième décision de la Cour, elle a invalidé, pour des raisons de procédure, l'élection d'un tiers des sièges du Parlement issu des élections législatives, Parlement dominé par les Frères musulmans. Résultat, tout le Parlement est dissout et il faut recommencer les élections.

Entre temps, cependant, le nouveau président aura été élu, il n'aura ni Parlement ni Constitution, et il devra organiser de nouvelles élections.

Selon les Frères musulmans, cette situation politique et institutionnelle confuse ouvre la porte à toutes les manipulations au profit des militaires qui cherchent à maintenir leur pouvoir. C'est une forme de coup d'Etat.

Ils ne remettent pas - pour le moment en tout cas - en question l'existence de la Cour suprême mais préviennent que toute manipulation, déclenchera des "journées très difficiles qui pourraient être encore plus dangereuses que les derniers jours du régime de Moubarak".

Alain Gresh, journaliste au Monde diplomatique, est actuellement au Caire. Pour lui, il s'agit bien d'un coup d'Etat du Conseil militaire. "C’est une tentative de coup d’état tranquille, qui s'inscrit dans une stratégie en cours depuis plusieurs semaine, qui s’est traduite par l’acquittement de plusieurs policiers soupçonnés d’avoir tiré sur la foule, par la décision prise par le ministre de la Justice pour permettre le jugement par des tribunaux militaires de civils, par une campagne de propagande en faveur de Chafiq dans les médias, y compris qui s’appuient sur des documents des services de sécurité, sur son dossier médical, sur des mensonges. Il y a visiblement la volonté du Conseil militaire d’essayer d’imposer un rapport de force qui permette à Chafiq de gagner et que la transition aille dans le sens que désire le Conseil".

Les Etats-unis rappellent que les généraux égyptiens doivent, comme prévu, remettre la totalité de leurs pouvoirs à un gouvernement civil démocratiquement élu.

Marc Molitor et Daniel Fontaine

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous