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En crise, même les plus capitalistes tentent d’obtenir une aide spécifique de l’Etat

Jeune entrepreneur fondateur de la start-up Storify, Xavier Damman balaie les revendications des start-up du revers de la main. Pour lui, ces personnes savent que leur métier comporte une part de risque et qu’il faut s’adapter.
22 avr. 2020 à 07:28Temps de lecture3 min
Par Amid Faljaoui

La grande mode aujourd’hui, c’est de s’adresser à l’État et aux Régions pour demander une aide spécifique. Chacun y va de son couplet pour expliquer que son secteur est vital pour l’économie et nécessite un coup de pouce supplémentaire en plus de ce qui a déjà été mis sur la table par le gouvernement. Mais ce discours ne passe pas toujours, et pour être crédible, il faudra montrer patte blanche.

Au Danemark et en Pologne, par exemple, les aides de l’État sont conditionnées au fait que les entreprises qui pourraient en bénéficier ne pratiquent pas l’évasion fiscale en ayant des sièges ou des filiales dans des paradis fiscaux. En Belgique, le PTB a saisi la balle au bond et va déposer une proposition de loi qui va dans le même sens. Si les autres parlementaires suivent sa suggestion, cela risque de faire mal, même si dans le chef de ces entreprises, ce n’est pas de la fraude, mais de l’optimisation fiscale légale.

En période de crise, ce discours en nuance risque d’être totalement inaudible : Richard Branson, l’un des milliardaires les plus connus au monde, en fait d’ailleurs l’amère expérience. Alors qu’il vit une bonne partie de l’année sur son île privée, il a demandé officiellement au gouvernement de Boris Johnson de lui prêter 500 millions de livres pour sauver sa compagnie aérienne Virgin Atlantic. Pour le moment, le gouvernement britannique, qui est pourtant conservateur, lui a fait comprendre qu’il n’avait qu’à puiser dans sa fortune personnelle pour sauver sa compagnie aérienne. Et ce dernier a beau expliquer que ce n’est qu’un prêt et qu’il sera remboursé plus tard. Il a beau expliquer que sa fortune a fondu depuis le Coronavirus et que cette fortune de 4 milliards de livres est virtuelle, car ce n’est pas du cash, mais des actions de sociétés. Il a beau expliquer qu’il a créé des dizaines de milliers d’emplois. Rien à faire, le gouvernement britannique fait pour le moment la sourde oreille.

Une aide pour les start-up

En Belgique, dans un registre plus modeste, le collectif qui représente les presque 1000 start-up de Belgique a aussi envoyé hier une lettre au gouvernement fédéral pour demander des aides plus spécifiques pour les start-up. Ce collectif a même précisé que la moitié des start-up sondées par leurs soins avaient juste assez de liquidités pour résister jusqu’en septembre. Et là, la réponse n’a pas tardé non plus et elle n’est pas venue du PTB, mais d’un autre start-upper, le belge Xavier Damman. Il a plutôt bien réussi dans son domaine et lui n’y va pas de main morte : il dit clairement que si les dirigeants de start-up veulent un emploi garanti, ils n’ont qu’à devenir fonctionnaire ! Il ajoute même que c’est amusant de constater qu’en période de crise, tout le monde devient socialiste. Pour Xavier Damman, c’est clair, le métier de start-up est par définition un métier à risque et, si ces entrepreneurs n’étaient pas prêts à prendre ce risque, il ne fallait pas se lancer dans l’aventure.

Xavier Damman va plus loin encore : les dirigeants de start-up nous ont expliqué depuis des années qu’il fallait être agile, être souple et "pivoter" c’est-à-dire changer de modèle économique quand les circonstances changent. Eh bien – dit-il en substance – elles n’ont qu’à s’appliquer leurs propres bons conseils. Et donc, même s’il reconnaît l’importance des start-up pour l’avenir du pays, il ne voit pas pourquoi des personnes organisées en syndicat – que ce soit des start-up ou d’autres – bénéficieraient davantage de l’oreille et de l’aide du gouvernement que des infirmières qui, elles, n’ont pas vraiment de porte-voix. Bref, en ce moment, face aux aides des États et des Régions, les vrais capitalistes ont quasiment le même discours que les communistes du PTB. Mais c’est leur seul point commun.

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