Economie

"En complet décalage avec la réalité" : les syndicats critiquent (à nouveau) la norme encadrant les salaires

Thierry Bodson, président de la FGTB.
10 févr. 2022 à 13:19 - mise à jour 10 févr. 2022 à 15:23Temps de lecture3 min
Par Belga

Il faut arrêter de comparer la compétitivité des entreprises belges par rapport aux pays voisins sur la seule base des salaires, réagit jeudi la FGTB aux conclusions du rapport du Conseil central de l’économie (CCE) sur les prévisions d’écart en la matière entre la Belgique et la France, les Pays-Bas et l’Allemagne. Pour Thierry Bodson, président du syndicat socialiste, ce document "montre une fois de plus que la loi sur la norme encadrant les salaires de 1996 est en complet décalage avec la réalité économique".

Dans un rapport technique, le CCE, un organe consultatif des partenaires sociaux, a dit s’attendre à ce que les salaires en Belgique augmentent de 8,8% sur la période 2020-2022, contre 7,6% en moyenne pour l’Allemagne, la France et les Pays-Bas. Un écart d’1,2% notamment renforcé par l’inflation, qui est bien plus élevée en Belgique pour le moment qu’en France ou en Allemagne.

Ce "handicap" des entreprises belges sera pris en compte pour calculer la norme salariale lors des négociations sur l’Accord interprofessionnel (AIP) en début d’année prochaine.

Pour la FGTB, il est déjà clair que la norme se situera très certainement à 0%, vu la progression actuelle de l’inflation. "A nos yeux, c’est là la démonstration que la loi est complètement désuète", commente son président. "Cela alors que la Banque nationale continue à annoncer une reprise très soutenue, de l’ordre de 8%, de l’activité économique."

La reprise sera cependant très différente d’un secteur à l’autre, prédit-il. Selon lui, il devrait ainsi y avoir un effet de rattrapage dans les entreprises manufacturières, tout comme dans le secteur de la construction, notamment avec les investissements européens à venir. Dans les services, la reprise sera par contre sans doute moins importante, illustre-t-il. "Et pourtant, on va imposer cette norme de 0% et à tout le monde", fustige Thierry Bodson.

Tout comme la CSC mercredi, le responsable syndical constate que, dans le même temps, les marges bénéficiaires pour les entreprises en 2021 ont été "les plus importantes du 21e siècle". D’après un récent rapport de la BNB, le taux de marge en Belgique a en effet sensiblement progressé, passant de 39% en 2014 à 42% en 2020. "Et malgré ça, on aura donc 0% à négocier", se désole le président de la FGTB.

"Il faut comprendre à quoi est dû ce handicap"

D’après le rapport du CCE, l’inflation est actuellement beaucoup plus importante en Belgique (8,5% en janvier) qu’aux Pays-Bas (7,6%) et surtout qu’en Allemagne (5,1%) et en France (3,3%). L’influence des prix de l’énergie, qui ne cessent de grimper, sur cet indicateur est beaucoup plus importante en Belgique et aux Pays-Bas que dans les deux autres pays, selon le Conseil central de l’économie.

Il faut dès lors une étude sur la composition du prix de l’énergie en Belgique, plaide Thierry Bodson. "Il faut comprendre à quoi est dû ce handicap et pourquoi l’énergie est aussi chère dans notre pays."

L’inflation actuelle, et son impact sur l’évolution des salaires, pourrait avoir "de graves conséquences" sur la position concurrentielle des entreprises belges, avaient alerté mercredi les fédérations patronales, dans la foulée de la publication du rapport. Le handicap des coûts salariaux en Belgique par rapport aux pays voisins pourrait s’élever à environ 2% en fin d’année, s’était inquiété le patronat.

"Pas de dérapage des coûts salariaux"

Comme les autres syndicats, l'organisation libérale demande la révision de la loi de 1996 encadrant la norme salariale.

"En tenant compte de tous les subsides salariaux et réductions de charges, l'écart salarial se situait à -3,8% fin 2020, à l'avantage de la Belgique donc. Pour l'instant, les prix et les salaires connaissent une croissance rapide en Belgique, mais à l'étranger aussi. Fin 2022, la différence restera limitée à 1,2%. L'écart salarial réel depuis 1996 devrait se situer donc fin 2022 à -2,6%, toujours à l'avantage de la Belgique", développe la CGSLB. Selon elle, si l'on devait tenir compte de ce chiffre, il ne faudrait rien déduire de la future marge comme le prescrit la loi sur les salaires, dont le syndicat demande la révision.

Lors de la période 2023-2024, les pays voisins devraient effectuer un mouvement de rattrapage logique du processus des coûts salariaux de +6,1% par rapport au processus d'indexation, plus faible, de +3,6% en Belgique, poursuit l'organisation libérale. "Ceci démontre qu'il n'y a pas de dérapage des coûts salariaux, bien au contraire. Sans les nombreux mécanismes de correction injustes prévus par la loi de 1996, il y aurait même une bonne marge pour augmenter les salaires. Or elle sera encore très étriquée en 2023-2024, malgré la croissance salariale plus rapide chez nos voisins pendant la même période", déplore-t-elle.

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