En Belgique, "nous avons une expertise mondialement reconnue" en termes de cryptographie

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07 août 2021 à 09:28Temps de lecture3 min
Par RTBF

En mars dernier, la Belgique infiltrait le réseau de communication Sky ECC. Une opération de cryptographie qui a permis la saisie de 17 tonnes de cocaïne, d’1,2 millions d’euros ou encore de voitures de luxe. Mais en quoi consiste cette technique du cryptage ? Par qui est-elle utilisée ? Et surtout, qui détient ce savoir-faire stratégique d’un point de vue politique économique et sécuritaire ?

On s’en doute, les téléphones cryptés sont utilisés dans le milieu du crime organisé pour communiquer. Mais pas que. Il s’agit également d’une des compétences de notre Federal computer crime unit qui parvient à infiltrer, espionner et localiser des appareils réputés inviolables.


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Il faut dire qu’en termes de cryptologie, nous sommes à la pointe en Belgique. A l’UCLouvain, une équipe a même développé un système de cryptage pour le vote électronique, qui est utilisé jusqu’aux États-Unis. "Nous avons une expertise mondialement reconnue que ce soit concernant le vote électronique, ou que ce soit pour des techniques de chiffrement", explique Edouard Cuvelier, chercheur senior en cryptologie à l’UCLouvain.

L’exemple du chiffrement le plus connu, c’est l’AES. Il est utilisé partout dans le monde… et il est belge. "C’est le standard de chiffrement avancé qui a été mis au point à la KULeuven".

En Belgique, la cryptographie a rapidement été ouverte à la recherche scientifique

Si la Belgique est réputée pour la cryptographie, c’est parce qu’il s’agit initialement d’une technologie militaire. "Elle était donc interdite de recherche dans beaucoup de pays. Mais en Belgique, la cryptographie a rapidement été ouverte à la recherche scientifique". D’où notre longueur d’avance dans ce domaine.

Mais on a beau maîtriser la discipline, elle reste sûrement floue dans beaucoup d’esprits. Concrètement, il s’agit d’un domaine aux confins des mathématiques fondamentales, de l’informatique et de l’électronique.

Mais c’est aussi un métier créatif. "On a des problèmes, des puzzles à résoudre… D’ailleurs, au tout début de l’histoire de la cryptographie, on invitait des gens doués en mots croisés pour attaquer les systèmes. Donc c’est vraiment une discipline orientée vers la résolution de problème et la créativité."

 

La confiance

Le cryptage intervient également dans notre vie quotidienne. Quand on fait un virement en ligne, par exemple, on veut être sûr que le montant n’a pas été changé en cours de route. Le rôle du cryptage, c’est alors de garantir la confidentialité du message, son intégrité et son identification.

La cryptographie repose donc sur la confiance. "Avec internet et la montée des échanges de communication avec des personnes que l’on ne connaît pas, on a besoin de ramener la confiance. On a besoin de savoir à qui l’on parle et que les éléments que l’on communique sont bien communiqués."

"Pour le vote c’est la même chose : on a besoin de remettre la confiance quand on utilise des dispositifs électroniques. Et c’est là que la cryptographie intervient. Elle permet de remettre la confiance dans le fait que notre vote ne va pas être modifié et sera bien présent dans le décompte du résultat."

On conçoit des systèmes qui sont faits pour résister dans le temps

 

Et si l’on parle beaucoup des attaques, c’est la sécurité qui est au cœur de la cryptologie. "On est normalement à l’abri de ces attaques, on conçoit des systèmes qui sont faits pour résister dans le temps. Souvent, le problème se trouve dans la mise en œuvre concrète dans les téléphones et dans d’autres applications", précise Edouard Cuvelier.

"On fait de notre mieux pour avoir des systèmes les plus sûrs possibles. Mais le tout est d’avoir une mise en œuvre qui corresponde."

Le cryptage est-il entre de bonnes mains ?

Il est vrai qu’à la suite de l’affaire Sky ECC, on a pu se demander si la cryptographie était entre de bonnes mains. A cette question, Edouard Cuvelier se veut rassurant. "La communauté internationale de recherche en cryptologie est assez active et assez ouverte sur la publication de ses principes. Donc toute recherche effectuée dans ce domaine est publique et publiable. C’est un des principes clés pour avoir cette transparence et cette confiance."

Pour ce qui est de ces fameux téléphones cryptés, "on savait ce qu’il y avait dedans et comment ils étaient faits. Ce qu’on ne savait pas, c’est comment la cryptographie utilisée était mise en œuvre, comment les clés étaient stockées, etc. La police belge et néerlandaise a donc pu bien attaquer leur système."

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