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En Belgique, le déficit de plasma humain est renforcé avec la crise du Covid-19

En Belgique, le déficit de plasma humain est renforcé avec la crise du Covid-19
29 déc. 2020 à 13:10 - mise à jour 29 déc. 2020 à 13:104 min
Par Lucie Dendooven

Les immunoglobulines, vous connaissez ? Ce sont les anticorps extraits du plasma humain. Récemment, plusieurs hôpitaux belges ont connu des problèmes aigus d’approvisionnement en plasma, et il faut s’attendre à des pénuries supplémentaires liées à l’impact de la pandémie de COVID-19 sur la collecte internationale de plasma.

Or, les immunoglobulines sont parfois le seul traitement possible pour certaines maladies graves (voire mortelles) comme l’immunodéficience, la maladie de Kawazaki ou encore le syndrome de Guillain-Barré. Chaque pays s’efforce donc d’être autosuffisant en plasma.

Chez nous, comme dans de nombreux pays européens, les immunoglobulines proviennent du plasma de donneurs volontaires La Croix-Rouge de Belgique prélève et collecte les poches de plasma en Belgique. Ces dernières années, à l’incitation du ministère de la santé, elle a augmenté notablement ses prélèvements de plasma pour pouvoir viser l’autosuffisance. Tome Najdovski, le directeur de production du service sang de la Croix-Rouge de Belgique confirme : "Nous avons augmenté annuellement de 5% depuis quatre ans, le nombre de poches de plasma en Belgique. Notre objectif a été atteint en 2020 également, malgré la crise du Covid-19."

50% du plasma humain utilisé en Belgique proviennent de donneurs américains rémunérés

Cependant, pour pouvoir répondre à la demande totale en Belgique, il faut compléter ce stock avec du plasma collecté au niveau international. Environ 50% de nos besoins dépendent du marché international actuellement mis sous pressions. Il s’agit principalement de donneurs américains rémunérés pour prélever leur plasma. Cette filière est nécessaire pour pourvoir à nos besoins mais décriée par la Croix-Rouge de Belgique et l’Europe en général car contraire à leurs valeurs éthiques.

Le KCE (Le Centre fédéral d’expertise des Soins de santé) a réalisé, récemment, un état des lieux de l’utilisation des immunoglobulines en Belgique. Il en ressort que notre pays ne dispose pas d’un enregistrement centralisé de l’utilisation des immunoglobulines, ni d’une vision claire des affections pour lesquelles elles sont utilisées. Difficile, dans ces conditions de pouvoir estimer les besoins à venir.

Pas de gestion globale et centralisée comme en France

Avoir une vision globale et transparente des stocks d’immunoglobulines disponibles permettrait de mieux anticiper les éventuels problèmes d’approvisionnement, que ce soit au niveau national ou au niveau local (en cas de rupture de stock d’un hôpital qui dépasse son quota). L’exemple de la France peut être inspirant à ce sujet. Depuis 2008, l’Agence Nationale de la Sécurité du Médicament (ANSM) publie tous les mois sur son site web la "Couverture prévisionnelle des besoins en Médicaments Dérivés du Sang au niveau national" sur la base des données de ventes et de consommation. Un code couleur indique s’il existe un risque de pénurie dans les 15 jours, dans les 30 jours ou si aucune menace réelle n’est prévue pour le mois suivant.

Ce système est le résultat d’une collaboration entre les autorités publiques et l’industrie pharmaceutique. Un système similaire pourrait être envisagé pour la Belgique. Mais nous sommes encore loin du compte.

Karin Rondia, la responsable de communication du KCE nous explique la nécessité d’un meilleur encadrement et d’une meilleure centralisation de l’utilisation d’immunoglobulines. "Ce médicament est rare et précieux. Il faut l’utiliser avec parcimonie. Auparavant, nous explique-t-elle. L’administration d’immunoglobulines pour des patients atteints de fatigues chroniques était réalisée sans aucune étude clinique préalable."

Les patients atteints de maladies graves doivent être prioritaires

Le KCE recommande de prioriser l’utilisation des immunoglobulines pour les maladies graves. En Belgique, huit maladies (Kawazaki, immunodéficience, syndrome de Guillain-Barré, polyneuropathie inflammatoire,…) sont traitées par immunoglobulines et font l’objet d’un remboursement de la mutuelle. Mais, dans le cas d’autres maladies, le KCE demande de reconsidérer le traitement et d’être certain qu’il fonctionne efficacement.

Michel Moutschen, immunologiste à l’U-Liège, nous explique que les immunoglobulines ne sont pas seulement efficaces pour les personnes immunodéficitaires, elles ont aussi un effet anti-inflammatoire puissant. Il prend l’exemple du syndrome de Guillain-Barré. "Il s’agit d’une atteinte des racines qui sortent de la moelle épinière et qui génère une paralysie, notamment du système respiratoire. Les immunoglobulines à hautes doses font partie du traitement recommandé pour ce type de patient."

Maggy de Block, la précédente ministre de la Santé a chargé un groupe d’experts scientifiques (le Belgian primary immunodeficiency group) de réguler l’utilisation des immunoglobulines. Seuls, les patients vus par un expert au moins une fois par an et reconnus comme ayant besoin d’immunoglobulines, pourront désormais bénéficier d’un traitement. Si ce n’est pas le cas, le remboursement n’est plus assuré.

Environ 2000 patients en Belgique reçoivent, actuellement, un traitement par immunoglobulines.

sujet JT du 28/10/2020

Plasma de convalescents: étude clinique en cours

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