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En 30 ans, le SMS a bien changé mais tkt, ajd sava

Le SMS a 30 ans et a bien changé

© 2021 Wayne Wilson/Getty

03 déc. 2022 à 06:00 - mise à jour 03 déc. 2022 à 12:02Temps de lecture5 min
Par Anne Poncelet

Le SMS a 30 ans. Il a connu, entre les années 1992 et 2012, une ascension vertigineuse pour, ensuite, décliner lentement mais sûrement, face à la concurrence des messageries en ligne comme WhatsApp, Messenger ou Telegram. En 2012, 8000 milliards de textos s’étaient échangés dans le monde, contre un peu moins de 5000 milliards aujourd’hui.

En Belgique, le SMS est apparu en 1993. Proximus (anciennement Belgacom), qui détenait à l’époque une situation de monopole, confirme la tendance : "L’âge d’or de 2012-2013 comptait quelque 40.000 SMS par jour. Actuellement, la moyenne se situe à 22.000 SMS quotidiens", estime Haroun Fenaux, le porte-parole de l’opérateur.

Grande tradition des premières années, les SMS envoyés le jour de l’an neuf ont connu un sommet en 2013. "Nous avions atteint le plus grand pic avec 4100 SMS par seconde à minuit. A titre de comparaison, en 2021, nous étions à 1300 SMS par seconde. Alors que le volume Mobile Data, lui est chaque année en augmentation", ajoute Haroun Fenaux.

Un nouveau langage

Les premiers SMS entre particuliers ont vu l’émergence d’un langage nouveau, "horrible et rempli de fautes, du mauvais français", pour certains, "créatif, moderne et adaptatif" pour d’autres.

Une écriture en tout cas suffisamment nouvelle pour que des scientifiques s’y intéressent. C’est le cas de Cédrick Fairon, professeur à la Faculté de philosophie et Lettres à l’UCLouvain et au centre de traitement automatique du langage. Le département de l’UCLouvain a été parmi les premiers au monde à constituer de grandes bases de données (des corpus) permettant aux scientifiques d’étudier ce nouveau langage de manière empirique.

Au début des années 2000, l’équipe louvaniste a entrepris de récolter des dizaines de milliers de SMS à des fins d’analyse, avec une campagne "Faites don de vos SMS à la science".

Je me rappelle qu’il fallait écrire avec le clavier numérique.

A l’époque, les contraintes pesant sur la forme du SMS n’étaient pas celles d’aujourd’hui. Ceux (qui ont moins de 30 ans) qui n’ont connu que les forfaits et les SMS sans limite de caractères, ont du mal à prendre conscience des contraintes imposées alors par la technique.

"Je me souviens c’est qu’il était impossible d’envoyer un SMS sur le réseau d’un autre opérateur que le sien, nous écrit Olivier. Les débuts de ma romance avec mon épouse, une 'Mobistar', me forçaient à utiliser un portail sur le site de Mobistar pour lui envoyer des SMS vu que j’étais un 'Proximus'.

Et s’il nous semble évident aujourd’hui d’avoir un clavier complet, cela n’a pas toujours été le cas : "Je n’avais que 100 contacts, raconte Catherine. Je me rappelle qu’il fallait écrire avec le clavier numérique". En clair, avec ce clavier numérique, chaque chiffre était associé à plusieurs lettres. Et il fallait multiplier les clics pour obtenir la bonne lettre.

De la contrainte naît la créativité

Ces SMS, au nombre limité de caractères (160) et payants à chaque unité, ont d’emblée amené une écriture spécifique. "Dans ce contexte, commente Cédrik Fairon, les abréviations étaient aussi synonymes d’économies d’énergie et de rapidité. Et puis les utilisateurs se sont pris au jeu. Quand on voit la variété des abréviations, on peut dire que tout était permis, avec une seule contrainte : être compris du destinataire".

La façon d’écrire, les raccourcis et les abréviations, pouvaient donc changer en fonction du destinataire. On n’écrit pas de la même façon à un pote ou à sa grand-mère.

"On a réécrit tous les messages reçus, dans un français normalisé, ajoute Cedrik Fairon, et on a pu constater qu’il y avait un grand nombre de variations de forme. Le mot "aujourd’hui" a par exemple été réinventé un nombre incalculable de fois.

Si on montre aujourd’hui à des jeunes le langage que l’on a collecté à l’époque, les gens nous disent : mais c’est quoi ce truc ?

Il y avait aussi une sorte de phénomène de catharsis par rapport à la norme de bien écrire, d’écrire comme il faut. Les gens se sont lâchés jusqu’au moment où l’on n’est plus compréhensible. Il fallait parfois lire à haute voix pour comprendre le message. Si on montre aujourd’hui à des jeunes le langage que l’on a collecté à l’époque, ils nous disent : 'mais c’est quoi ce truc ? Personne n’écrit comme ça'."

Le modèle économique et les contraintes qu’il imposait (tarification, limitation des caractères) ont clairement pesé sur l’usage de la langue.

Une étude pilote qui influence aujourd’hui la conception de certaines applications

L’équipe de l’université de Louvain-la-Neuve a ensuite mis en place un protocole d’étude qui a permis de reproduire ce type de recherches un peu partout dans le monde. "Cette étude, la première disponible pour la recherche, est très utilisée pour développer des applications de traitements automatiques du langage (pour la traduction, la synthèse vocale etc.). C’est devenu une base de données pour ces développements.

Jusqu’alors toutes les applications de ce type avaient été développées pour traiter le langage "normal", bien soigné. Par exemple, pour la police qui veut screener les textes envoyés par une personne, les logiciels automatiques ne fonctionnaient pas bien puisque le texte n’avait pas les caractéristiques habituelles du langage. Notre étude sur les SMS a pu être utilisée notamment pour améliorer ces logiciels", conclut Cedrick Fairon.

Machine to Machine

Aujourd’hui, le SMS est devenu un mode de communication parmi d’autres, souvent détrôné par les applications de messagerie gratuites et multimodales.

Au départ confiné dans la sphère des échanges privés, il est devenu davantage aujourd’hui un instrument de business. "Les SMS "Personne à Personne" ont diminué, mais que les SMS "Application à Personne ou Personne à Application" ont augmenté avec l’utilisation de nouveaux services", confirme le porte-parole de Proximus.

Et la variété de ces nouveaux services ne cesse de s’étendre : les votes pour soutenir un candidat dans une émission de TV, des services d’alertes (comme BeAlert), des récupérations de mots de passe, des notifications de rendez-vous médicaux ou de services de livraisons. Les Sms ont aussi servi récemment pour une récolte de fonds destinée à payer le traitement médical coûteux d’une petite fille.

L’augmentation des fraudes par SMS

Les nouvelles utilisations commerciales du SMS ont, ces dernières années, fait apparaître un revers à la médaille : celle de la fraude par SMS : le smishing. Il n’est plus rare aujourd’hui de recevoir de fausses notifications de facturation, d’informations bancaires ou de liens suspects, des méthodes qui forcent les sociétés de télécommunications à mettre en place des veilles et des stratégies destinées à contrer ce développement des SMS frauduleux.

Le premier SMS, devenu NFT

Le premier SMS a été vendu comme NFT

Le SMS, qui a donc 30 ans, est entré dans l’histoire. Une belle revanche pour une technologie qui n’était pas destinée à être commercialisée et devait servir à la communication entre des techniciens réseaux.

Le premier SMS était un simple Merry Christmas, un message adressé le 3 décembre 1992 par un ingénieur à l’un des responsables de Vodafone, la société de télécommunications britanniques.

Et ce premier texto est aujourd’hui un objet unique et de collection. Il est devenu un NFT (Non-Fungible Token, ces biens numériques uniques et certifiés). Il a été vendu aux enchères en 2021, pour 107.000 euros.

Archive de l’INA : le premier SMS en France

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