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Economie

En 2020, l’épargne s’est envolée pour les uns, les difficultés financières pour les autres

12 févr. 2021 à 15:15Temps de lecture4 min
Par Marie-Laure Mathot

"Les groupes les plus vulnérables ont été plus durement touchés par la crise." Cette phrase n’est pas issue d’un rapport d’une association qui lutte contre les inégalités ou la pauvreté mais bien de la Banque nationale de Belgique et plus précisément de son rapport annuel, publié ce vendredi.

Pourtant, elle fait avant tout le constat que l’épargne des Belges s’est globalement envolée en 2020. Elle est passée de 13% du revenu disponible des ménages en 2019 à 21% en 2020. Cela s’explique notamment par l’impossibilité de faire certaines dépenses comme les voyages, les restaurants, les virées shopping.

Mais quand on y regarde de plus près, on se rend compte que cela ne concerne pas tout le monde. "Les plus vulnérables ont été plus durement touchés", constate la BNB dans son rapport. "L’impact d’un repli conjoncturel est généralement plus prononcé pour les travailleurs intérimaires ou temporaires et les free-lances."

La crise a exacerbé cette tendance

"La crise a exacerbé cette tendance, peut-on lire dans le rapport, dans la mesure où ces formes d’emploi sont plus courantes dans les secteurs des services frappés plus durement par la crise."

Ainsi, les travailleurs en flexi-job et les étudiants jobistes ont eux aussi été fortement touchés. Quant à ceux qui travaillent "en noir", c’est la douche froide, écrit la BNB. "Les travailleurs des secteurs les plus touchés […] ont, en règle générale, moins de réserves financières pour faire face à une perte de revenus."


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Ainsi, en Belgique, 10% de la population estimait avoir vu son revenu global diminuer en 2020 par rapport à l’année précédente, et 6% s’attendaient à voir son revenu global diminuer dans les 12 prochains mois selon les statistiques publiées par Statbel en janvier dernier. Ce sont les 18-24 ans les plus touchés. Le pourcentage de la population de cet âge se déclarant en situation de privation matérielle et sociale est passé de 8,5% en 2019 à 10,2% en 2020.

Mais ce n’est pas parce qu’on ne constate pas de hausse dans les autres groupes d’âges qu’il n’y en a pas eu comme le souligne la statisticienne Geneviève Genens chez Statbel. "Ce sont des personnes qui cochaient déjà la case 'c’est très difficile de joindre les deux bouts en 2019', soit le curseur le plus bas. Et qui l’ont recochée en 2020. On ne sait donc pas dire si ça a empiré ou non car il n’y avait pas de case 'encore plus difficile'."

Les inégalités se sont creusées massivement

Sur le terrain, le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté (RWLP) confirme la situation. Son public ne pouvait déjà pas se permettre d’aller au restaurant, ou au cinéma. Et donc : pas d’épargne de leur côté. Par contre, une baisse de revenu et des charges supplémentaires.

"Les inégalités se sont creusées massivement, confirme Anne-Françoise Janssens, responsable communication institutionnelle pour le RWLP. Toutes les ressources financières qu’une personne pouvait aller grappiller à gauche ou à droite via des petits boulots ont été fortement diminuées ou ont disparu."

Les aides ont également été plus difficiles d’accès. "Les colis alimentaires étaient moins accessibles car les gens devaient rester chez eux. Le système de distribution a été réorganisé et il a fallu du temps. Les CPAS, au début de la crise, étaient en télétravail aussi. Il a fallu remettre en place les rendez-vous physiques car tout le monde n’avait pas accès à une boîte mail pour communiquer avec." Elle cite aussi l’augmentation du coût de l’alimentation.

Des charges supplémentaires

Autre point soulevé par le RWLP et par la BNB : le mal-logement. "Les enfants de familles défavorisées ont moins accès à l’internet, écrit la Banque nationale. En outre, ils disposent rarement d’un ordinateur et n’ont pas toujours suffisamment de place à la maison."

"Quand toute une famille doit rester à la maison, est dans un logement mal isolé, les coûts de chauffage sont beaucoup plus importants, le dit autrement Anne-Françoise Janssens. Ça fait augmenter les charges. Idem pour la quantité d’aliments qu’on mange." Pendant le premier confinement, les enfants étaient en effet à la maison avec les écoles fermées. Fini donc les repas à la cantine scolaire.

"Même les personnes comme les petits indépendants qui avaient un tout petit peu d’épargne, elle est aujourd’hui mangée, ajoute la responsable communication. Ça fait un an que ça dure quand même."

Un système d’aides même après la crise

Si les aides gouvernementales ont permis d’amortir le choc globalement, il est néanmoins important de continuer à être vigilent quant à ces groupes plus vulnérables après la crise Covid s’accordent à dire nos deux interlocuteurs. "C’est un défi important pour les responsables politiques d’assurer que les vulnérabilités existantes ne soient pas perpétuées, voire amplifiées, par la crise", écrit la BNB.

Et pour cela, le Réseau de lutte contre la pauvreté a ses suggestions comme la remise à niveau des revenus et des aides sociales au-dessus du seuil de pauvreté ou encore la suppression du statut de cohabitant qui ne permet pas les solidarités puisqu’en habitant avec quelqu’un, on perd une partie de ses allocations.

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