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En 1972, le Bloody Sunday : tragédie d’une guerre loin d’être oubliée

La manifestation qui, à Derry, le 2 janvier 1972 allait mal s’achever…
27 janv. 2022 à 12:08 - mise à jour 29 janv. 2022 à 08:494 min
Par Gérald Decoster

Bien souvent, des événements, qu’ils soient heureux ou malheureux, engendrent des créations artistiques. La tragédie du 30 janvier 1972, connue sous le nom de Bloody Sunday, n’échappe pas à la règle…


 

Ce dimanche 30 janvier 1972 demeure, dans la mémoire de l’Humanité, un jour à marquer d’une croix noire… ou plutôt, rouge. Rouge sang. Le Bloody Sunday, le Dimanche sanglant. Ce jour-là, l’association nord-irlandaise pour les droits civiques (Northern Ireland Civil Rights Association) qui prône l’égalité des droits entre catholiques et protestants, défile pacifiquement à Londonderry – Derry -, en Irlande du Nord…

30 janvier 1972, Derry, Irlande du Nord...

Hélas, la manifestation va dégénérer. Des soldats du 1er bataillon du régiment de parachutistes du Royaume-Uni finiront par ouvrir le feu à balles réelles. Le bilan est lourd : 28 victimes, des manifestants et des passants. 13 tués dont 7 adolescents… Un blessé mourra quelques mois après, des suites de ses lésions…

Des visions mémorielles et artistiques du Bloody Sunday…

L'une des fresques du quartier de Bogside, à Derry.

Aujourd’hui, à Derry, un musée initié en 2006, vient d’être totalement rénové, The Museum of free Derry. Dans ce quartier catholique de Bogside où se sont déroulés les faits, de nombreuses fresques rappellent ce triste jour… Mais des chanteurs, des groupes se sont emparés du drame… avec raison… Dès 1972, Sunday Bloody Sunday, de John Lennon et Yoko Ono, sort dans leur album Some time in New-York City.

Lennon a du cœur. À Londres, le 11 août 1971, ne cachant pas sa sympathie pour la minorité catholique d’Irlande du Nord, il participait à une manifestation pour demander au gouvernement britannique de retirer ses troupes d’Irlande du Nord… Il sera véritablement choqué et indigné par les événements de janvier 1972, exprimant toute sa rage à travers Sunday Bloody Sunday, n’hésitant pas à dire que les " cochons anglais et les Scotties " doivent retourner en Grande-Bretagne avec leur Union Jack pour laisser l’Irlande aux Irlandais !

John Lennon Sunday Bloody Sunday ( without Yoko Version).wmv

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Véritable mise en musique et en texte d’un drame dû à l’impérialisme britannique, la chanson n’est pas véritablement bien accueillie. Sous certains aspects, elle est considérée comme trop réductrice, elle ressemblerait à une plaidoyer pro-républicain. Certaines critiques évoquent aussi le paradoxe entre des paroles soutenant le mouvement républicain irlandais, réputé violent, et le pacifisme reconnu de Lennon.

McCartney et Lennon, au temps des Beatles

D’autres regretteront que l’ex-Beatles n’ait pas réussi à se rabibocher avec Paul McCartney qui, quatre semaines après le Bloody Sunday, écrira sa chanson, Give Irland back to the Irish. Une chanson qui, comme celle de Lennon, sera considérée comme " simpliste et sentimentale " et plutôt axée sur le problème nord-irlandais en général.

Tout aussi mal reçue dans le monde de la critique, Give Irland back to the Irish est pourtant l’une des très rares chansons engagées de Paul McCartney. Tellement engagée qu’elle sera interdite de diffusion en Grande-Bretagne ! Outre-Manche, sa sortie entraînera l’annulation de plusieurs concerts du groupe créé par McCartney en 1971, les Wings, et mènera à l’agression du frère d’Henry McCullough, le guitariste de l’ensemble, né dans le comté de Londonderry.

Paul McCartney & Wings - Give Ireland Back To The Irish (ICA Rehearsal 1972)

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Évidemment, quand on est né à Liverpool comme Lennon et McCartney, réagir au Bloody Sunday et à l’occupation de l’Irlande du Nord par les Britanniques, c’est faire preuve d’empathie envers un peuple brimé. Mais chanter le Bloody Sunday, quand on est nord-Irlandais, c’est peut-être encore mieux. C’est le cas du groupe punk rock originaire de Belfast, dans la province d’Ulster, Stiff Little Fingers, en 1979 avec Bloody Sunday.

Bloody Sunday [lyrics] - Stiff Little Fingers

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" Regarde autour de toi, tout est mort… Que nous ont-ils fait ?... Dix contre un… Il n’y a rien à faire le Dimanche sanglant, ils disent le jour du repos devrait être le meilleur dimanche, mais ils font ce qu'ils peuvent pour rendre le dimanche pire ". Des paroles qui en disent long sur le ressenti de ces hommes qui sont issus de la région et ont vécu ce jour maudit.

En 1983, U2 pose dans le Parc Central de Shinjuku, au Japon

Mais c’est un autre groupe irlandais qui parle le mieux de cette tragédie, un groupe originaire de Dublin, capitale de la République d’Irlande : U2. Et quoi de plus normal quand on sait que dans le cours des années 1980, le groupe rock va progressivement se diriger vers la défense des droits de l’homme… Avec Sunday Bloody Sunday, Bono, David Howell Evans - alias The Edge-, Adam Clayton et Larry Mullen Jr. Vont rendre un vibrant hommage aux victimes de ce Dimanche Sanglant.

U2 - Sunday Bloody Sunday (Live)

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Sorti sur l’album War en 1983, c’est probablement la plus connue des chansons du groupe. Les paroles originales, écrites par The Edge, ont été revues par Bono, pour assurer la sécurité du groupe ; il est vrai qu’une version primitive commençait par " Me parle pas des droits de l’IRA, UDA… ", c’est-à-dire de l’Irish Republican Army et l’Ulster Defence Association. Malgré la réécriture, dès l’enregistrement du titre, les membres de U2 ont toujours été conscients que le texte pouvait être mal compris. La preuve : certaines personnes demeurent persuadées que la chanson exaltait l’événement que fut le Bloody Sunday !

Une fresque du quartier de Bogside, en hommage aux 14 victimes du Bloody Sunday.

U2 a souhaité que le texte exprime l’humanité et non le sectarisme, toute parole ayant, de près ou de loin, une pensée politique a été supprimée. Sunday Bloody Sunday n’exprime pas la colère, elle a même des arrière-pensées religieuses pacifiques, appelant à un arrêt du combat entre les Irlandais, qu’ils soient catholiques ou protestants… Espoir rencontré ? How long, how long must we sing this song ? " Combien de temps, combien de temps devons-nous chanter cette chanson ?

"Game of truth" un documentaire de Fabienne Lips-Dumas à voir dans "Retour au sources" le samedi 29 janvier à 21 heures sur la Trois.

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