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En 1834, la tournée du violoniste du Diable Niccolò Paganini passe par Mons et Bruxelles

En 1834, le violoniste Niccolò Paganini est en tournée. Il s’arrête en Belgique durant le mois de mars où il livre deux concerts

Le 7 mars 1834 alors qu’il est en pleine tournée, Paganini annonce qu’il fera, la semaine suivante, un concert dans la première ville belge se trouvant sur sa route vers Bruxelles. Et cette ville n’est autre que Mons.

Au début du mois de mars 1834, Paganini triomphe sur les planches d’Amiens, de Douai et de Valenciennes. C’est de cette dernière ville qu’il doit rejoindre la Belgique et Bruxelles pour trois concerts. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le public attend avec impatience le grand artiste puisque toutes les places numérotées et les loges du Grand-Théâtre – le théâtre de la Monnaie – sont réservées.

La tournée belge de Paganini ne prévoyait aucun arrêt à Mons et au regard du calendrier, cela peut se comprendre. Les 11, 12 et 13 mars, l’artiste jouait en France, puis était prévu du 15 au 19, les trois concerts bruxellois et un concert à Anvers, avant de continuer le 21 à Gand et le 24 à Bruges. Au total, en 14 jours exactement c’est pas moins de neuf concerts qui étaient prévus et auxquels s’ajoute la soirée montoise du 14 mars.

Comme on peut se l’imaginer, la ville hennuyère est en effervescence et tout le monde veut profiter de la chance de voir sur scène le plus grand virtuose de son temps, aussi toutes les places se vendent rapidement, et ce malgré leur prix élevé. À propos de la soirée, on lit dans la presse : "Paganini a été reçu dans notre ville comme il se doit. Notre public a fait preuve d’une intelligence rare et peut-être nulle part n’a-t-il été applaudi avec plus de jugement et discernement". Une couronne de Laurier est jetée sur scène et quelques vers composés en l’honneur du musicien : "A toi qui nous ravit d’une extase sublime, A toi qui du talent sus atteindre la cime, A toi, Paganini ! l’être prodigieux ! L’artiste, le grand homme ! À toi la couronne Que d’hommages et de vœux notre amour environne : À toi l’égal des rois et l’émule des Dieux !". Touché par le public montois, Paganini affirme le bonheur qu’il ressentira à revenir si l’occasion se présente.

L’histoire pourrait s’arrêter là, et pour les Montois c’est le cas. Un concert imprévu, un triomphe prévisible. Une soirée, pas le temps de passer outre l’excitation, de regarder au-delà des étoiles qui couvrent la vue. À Bruxelles, les choses sont différentes et si le succès est au rendez-vous, il n’est pas aussi total qu’à Mons. La presse laisse entendre que tout n’était peut-être pas aussi parfait que cela aura dû l’être et pour avoir plus d’informations, c’est vers François-Joseph Fétis, directeur du Conservatoire de Bruxelles, qu’il faut se tourner. Il écrit : "Il montra quelques insécurités dans la manière d’attaquer des choses qui ne lui disaient rien. Une telle insécurité – et je dirais même : un tel dégoût – ressortit avec une particulière évidence de ses variations sur le thème 'Nel cor più non mi sento'. Il n’était guère satisfait de sa propre exécution, si bien qu’il en écarta plusieurs pour arriver plus vite à la fin".

Supprimer plusieurs variations, voilà qui semble bien étonnant, mais si l’on se penche sur un peu plus sur la description qui est faite du virtuose, il ressort clairement que Paganini était dans un état de fatigue avancé… ceci étant, à la fin de la soirée, ce n’est pas Paganini qui a soulevé le plus d’interrogations, mais les deux chanteuses avec qui il partage la scène. La description de Fétis est sans appel quand il les définit comme de "prétendues chanteuses qui ne réussiraient même pas à obtenir un rôle de troisième catégorie".

Pourquoi alors Paganini tient-il à faire sa tournée avec ces musiciennes, largement critiquée par l’ensemble des auditeurs ? Pour Edward Neill, la réponse tient en un mot : l’amour. Mais cela est une autre histoire…

Finalement, si nous ne devions retenir qu’une chose de cette tournée du printemps 1834, c’est que celui que l’on a accusé d’avoir vendu son âme au diable ; celui dont le talent semble venir d’ailleurs ; celui-là n’est finalement qu’un Homme…

Pour aller plus loin :

Battistini, Mario. "Niccolo Paganini nel Belgio nel 1834". Giornale storico e letterario della Liguria VIII, no 3 (1932) : 191‑203.

Neill, Edward. Nicolò Paganini. Paris : Fayard, 1991.

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