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Matin Première

Emploi : 300.000 chômeurs en Belgique et on parvient pas à embaucher

Le marché matinal

Certains secteurs ne parviennent pas à embaucher

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15 nov. 2021 à 08:153 min
Par Simon Bourgeois et Ziad Ben Ayed

Il y a plus de 300.000 chômeurs en Belgique et pourtant 170.000 emplois sont vacants.
Dans certains secteurs, on ne parvient pas à embaucher. Il y a une véritable pénurie de travailleurs, à tel point que certaines petites entreprises pensent à jeter l’éponge.

Le secteur de la construction fait face à une pénurie de travailleurs. Des entreprises pleurent pour engager des ouvriers.
Philippe Arnould est patron d’une petite entreprise dans le domaine de l’isolation des bâtiments. Il a six ouvriers et devrait en embaucher au moins trois de plus pour répondre à son carnet de commandes. Il a tout essayé : les agences intérim, des petites annonces sur internet et sur Facebook, le Forem, et même une banderole géante sur la façade de l’entreprise le long de la route… Mais il a systématiquement fait chou blanc : "Rien ne marche, déplore Philippe Arnould. Vous n’avez même pas une candidature, zéro retour. Cela fait cinq ans maintenant qu’on est dans la difficulté, qu’on stagne. Et une PME comme la nôtre qui stagne, ce n’est jamais bon pour la pérennité de la société."
 

Résultat : le patron est crevé et stressé pour l’avenir de sa société, les clients sont frustrés parce qu’il y a des retards et son équipe court dans tous les sens. Pire : non seulement, il ne parvient pas à engager de nouveaux travailleurs mais il doit se battre pour garder ceux qui sont déjà là. "On est arrivé à un point où cela devient de la séduction. On offre des petits cadeaux à gauche à droite, des sourires. Cela va presque jusqu’à devoir dire à mes ouvriers que je les aime… On est astreint aujourd’hui à devoir négocier les conditions salariales d’un ouvrier comme on le ferait pour un cadre dans une multinationale." Notamment parce que la concurrence joue entre les entreprises d’une même région qui se battent pour les mêmes candidats.

Les métiers ne représentent que peu d’intérêts aux yeux des demandeurs d’emploi, même de longue durée.

Mais pourquoi les chercheurs d’emploi ne posent pas leur candidature ? Il y a plusieurs raisons à cela.

D’abord, Pour Sandrine Everard, directrice de la Mission pour l’emploi Namur, la première raison est qu’on aborde trop souvent cette question de l’inadéquation avec une approche purement économique : "En économie, on réfléchit à un niveau macro. C’est-à-dire qu’on voit l’offre et la demande, et on se demande pourquoi on n’arrive pas à la faire matcher. La personne en recherche d’emploi ne réfléchit pas comme cela. Elle réfléchit en fonction de ce qu’elle est, de ses intérêts ou du contexte de vie. Le constat de la pénurie dans les métiers de la construction, c’est que ces métiers ne représentent que peu d’intérêts aux yeux des demandeurs d’emploi, même de longue durée."
Les métiers en pénurie sont souvent des métiers pénibles, peu compatibles avec des horaires de parents, encore moins des parents célibataires. Il faut une voiture, on commence tôt, on finit tard. Ce sont donc simplement des métiers qui suscitent moins d’intérêts.

Renoncer à "la perle rare"

L’argent reste le nerf de la guerre et la question des salaires pour les métiers en pénurie a un impact sur celle-ci. En regardant le salaire net d’une aide ménagère par exemple, vous en déduisez le coût d’une voiture, le plein pour des allers-retours au boulot, la garde des enfants, etc. Le calcul de cette soustraction fait qu’on n’est pas loin voire en dessous d’une allocation.

Il y a également des employeurs qui recherchent la "perle rare" à tout prix et bloquent sur des compétences accessoires : pas de voiture, pas la maîtrise d’un programme informatique précis. La question de la formation peut également être un frein si les candidats n’ont pas exactement la formation requise.


Mais les choses sont en train de changer. De plus en plus d’entreprises forment en interne. Certaines organisent les trajets de ceux qui n’ont pas de voitures pour être présent tôt au boulot. Bref, elles focalisent leur recrutement sur les compétences essentielles et sont moins exigeantes sur les compétences accessoires qui, elles, s’apprendront plus tard en interne.

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