Présidentielle en France

Emmanuel Macron entame un nouveau quinquennat : quelles leçons doit-il tirer de l'élection présidentielle ?

Elections 2022 : analyse réélection E. Macron – avec Pierre Mathiot

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

24 avr. 2022 à 20:37 - mise à jour 25 avr. 2022 à 08:10Temps de lecture4 min
Par Daniel Fontaine

La nette victoire d’Emmanuel Macron ce dimanche n’annonce pas pour autant un second quinquennat de tout repos. La campagne électorale n’est d’ailleurs pas vraiment terminée, puisque des élections législatives cruciales se tiendront dans quelques semaines, au mois de juin.

Avec le politologue Pierre Mathiot, directeur de l’Institut d’études politiques de Lille, nous tirons les sept leçons de cette présidentielle pour les semaines et les mois qui viennent.

1. Emmanuel Macron et Marine Le Pen, tous les deux vainqueurs

Le président sortant et la cheffe du Rassemblement National peuvent tous les deux avoir des motifs de satisfaction au lendemain de cette élection présidentielle.

"Si on se souvient que les sondages au soir du premier tour donnaient un écart de 52-48, il est évident qu’Emmanuel Macron faisait grise mine à ce moment-là. Terminer au-dessus de 58%, c’est un bon résultat. C’est la première fois qu’un président sortant, hors cohabitation, est réélu. C’est une bonne nouvelle pour Emmanuel Macron. C’est vrai aussi que pour Marine Le Pen : son score n’est pas si mauvais, elle gagne sept points par rapport à 2017.

Le bémol, pour tous les deux, c’est que l’abstention est élevée, la deuxième plus haute de l’histoire de la cinquième république, à laquelle il faut ajouter les votes blancs et nuls. Cela signifie que la base de légitimité d’Emmanuel Macron est plus réduite qu’en 2017 : il est passé de 20,7 millions de voix à 17,5 millions. Il aura perdu trois millions de voix, alors que Marine Le Pen fait deux millions de voix de plus qu’en 2017. C’est le record historique de l’extrême-droite dans un scrutin en France."

2. Une usure du pouvoir, surtout ressentie à gauche

"L’usure du pouvoir est réelle. Mais Emmanuel Macron l’a assez bien gérée et contrebalancée. Ce qui lui est reproché, c’est son bilan : les électeurs de gauche qui lui avaient fait confiance en 2017 considèrent que son bilan est celui d’un président de droite libérale. Il est probable que les trois millions d’électeurs qu’il a perdus soient des électeurs de gauche."

3. La priorité immédiate : s’assurer une majorité parlementaire en juin

"Son premier défi, ce seront les élections législatives. Le président Macron réélu n’aura réellement les cartes en mains et la capacité à agir sur les politiques publiques que s’il obtient une majorité absolue aux législatives les 12 et 19 juin.

Il va dans un premier temps mettre en place un gouvernement de transition. Après la publication du résultat officiel mercredi, le Premier ministre Jean Castex va expédier les affaires courantes. Il est probable qu’il va présenter sa démission et qu’un autre Premier ministre soit nommé, dans l’attente des élections législatives.

En 2017, le parti qu’il avait créé, La République en Marche, avait remporté la majorité absolue seul. On peut faire l’hypothèse que ce ne sera plus le cas."

4. Le risque d’un embrasement social

"En dehors de la guerre en Ukraine, l’agenda d’Emmanuel Macron sera totalement subordonné à la manière dont les élections vont se dérouler pour lui. Ensuite seulement il pourra dérouler son programme et lancer des chantiers, dont certains seront assez risqués, notamment les retraites. Il va très vite y avoir un troisième tour social. Les Français qui avaient voté Mélenchon sont frustrés du résultat. A mon avis, des mouvements sociaux vont éclater avant même les législatives."

5. La promesse d’un tournant écologique

Emmanuel Macron avait promis de mettre l’écologie au cœur de son mandat s’il était réélu. "La première question sera de voir qui sera son Premier ministre. Aura-t-il un portefeuille lié aux questions écologiques ? Va-t-il trouver l’oiseau rare qui sera crédible aux yeux des écolos ? Les électeurs de Yannick Jadot (le candidat d’Europe Écologie Les Verts) ont très largement voté Macron. Mais il est probable qu’ils ne voteront pas pour les candidats d’En Marche et de la majorité présidentielle. Y aura-t-il une opération de greenwashing ? Il faudra voir dans les deux ou trois années qui viennent si au-delà des propos, une politique verte va se mettre en place."

6. L’urgence : le soutien au pouvoir d’achat des Français

"Cela ne se fera pas par une baisse de la TVA comme Marine Le Pen l’avait promis. Il va probablement proposer des chèques énergie ou autre pour accompagner l’inflation et la crise liée à la guerre en Ukraine. Il serait logique qu’il le fasse avant les législatives pour donner des signaux positifs à l’électorat.

Quitte à creuser le déficit, à la mode "quoi qu’il en coûte" à la mode ukrainienne, après le "quoi qu’il en coûte" à la mode Covid. En début de mandat, vous pouvez vous le permettre. Ensuite, il s’agira probablement de resserrer les cordons de la bourse. Il faudra attendre la rentrée de septembre pour engager les chantiers difficiles de ce quinquennat, en particulier autour de la question des retraites."

7. A l’étranger, l’Europe et l’Ukraine resteront en tête de liste

"Normalement, il va d’abord se rendre en Allemagne. Je prends le pari qu’ensuite, il pourrait aller jusqu’à Kiev. Assez vite, il va incarner la figure d’un président européen. Lors du débat, de façon courageuse, il a assumé fortement ses positions proeuropéennes face à Marine Le Pen, alors que l’on sait bien que, dans le contexte actuel, les Français ne sont tellement proeuropéens. C’est son credo. Il va continuer à incarner une présidence dynamique du Conseil européen jusqu’au mitan de l’année 2022. De ce point de vue, ça ne va pas changer de ce qu’il a fait depuis cinq ans."

Emmanuel Macron fête sa victoire ce dimanche soir.
Emmanuel Macron fête sa victoire ce dimanche soir. COEX / AFP

Sur le même sujet

Investi pour un second mandat, Emmanuel Macron promet d'agir pour la France et pour la planète

Monde Europe

France : la cérémonie d'investiture d'Emmanuel Macron aura lieu ce samedi 7 mai

Monde

Articles recommandés pour vous