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Emmanuel Macron à Kigali : un "discours puissant, avec une signification particulière", selon le président rwandais Paul Kagame

Le président Emmanuel Macron a "reconnu" jeudi à Kigali les responsabilités françaises dans le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, a prononcé "un discours historique d'un point de vue symbolique", mais est resté "flou" sur ces responsabilités, a estimé le chercheur François Graner, membre de l'association Survie.

"Cela a été un moment émouvant, historique et Macron se grandit en faisant un tel discours", a déclaré à l'AFP M. Graner, qui travaille depuis plus de vingt ans sur le rôle de la France au Rwanda et a mené une bataille judiciaire pour obtenir l'accès aux archives relatives à cette période.

"Mais en même temps, le président a utilisé des mots très calibrés pour dédouaner la diplomatie, l'armée, les politiques français, il a réfuté les accusations de complicité et est resté flou sur les agissements inavouables de la France", a-t-il ajouté.

M. Macron s'est rendu jeudi au mémorial du génocide à Kigali pour "reconnaître les responsabilités" de la France et "la part de souffrance qu'elle a infligée au peuple rwandais en faisant trop longtemps prévaloir le silence sur l'examen de la vérité".

Visite très attendue

La visite de M. Macron au Rwanda et ce discours étaient très attendus après plus de 25 ans de relations extrêmement tendues avec Kigali, en raison du rôle controversé de Paris avant, pendant et après le génocide de 1994.

Le président français Emmanuel Macron s’est rendu jeudi au Mémorial du génocide de 1994 à Kigali, temps fort d’une visite au Rwanda destinée à finaliser la réconciliation entre les deux pays, après plus de 25 ans de tensions liées au rôle joué par la France dans cette tragédie.

Emmanuel Macron a estimé que la France avait "un rôle, une histoire et une responsabilité politique" à l'égard du Rwanda mais qu'elle n'avait pas été complice du génocide de 1994.

Discours au mémorial de Gisozi

Le président français a tenu ces propos dans un discours au mémorial Gisozi de Kigali, où sont ensevelis les corps de 250.000 victimes du génocide, qui fit quelque 800.000 morts tutsis et hutus modérés en trois mois.

"Seuls ceux qui ont traversé la nuit peuvent peut-être nous pardonner", a-t-il encore déclaré

Auparavant, il avait visité le musée, où se succèdent panneaux pédagogiques, vidéos de témoignages, vitrines présentant crânes, ossements et habits déchirés et devait déposer une gerbe.

Pas de vraies excuses, selon un des plus importantes associations de soutien aux victimes

Le président d'une des plus importantes associations de soutien aux victimes du génocide des Tutsi en 1994 au Rwanda a regretté jeudi que le président français Emmanuel Macron n'ait pas présenté "clairement des excuses" dans son discours sur le rôle de la France dans le génocide.

"On s'attendait à ce qu'il présente clairement des excuses au nom de l'Etat français. Il ne l'a pas fait. Même demander pardon, il ne l'a pas fait", a déclaré à l'AFP le président d'Ibuka Egide Nkuranga. Toutefois, a-t-il ajouté, le président Macron "a vraiment essayé d'expliquer le génocide, comment ça s'est passé, ce qu'ils n'ont pas fait, leurs responsabilités (...) C'est très important, ça montre qu'il nous comprend.

"Même s'il n'a pas clairement présenté des excuses, on voit quand même que c'est quelque chose qui peut venir après", a-t-il espéré.

Le discours a "plus de valeur que des excuses", selon Paul Kagame

Le discours tenu jeudi par Emmanuel Macron au mémorial du génocide de 1994 à Kigali était un acte d'"immense courage" qui a "plus de valeur que des excuses", a déclaré le président rwandais Paul Kagame lors d'une conférence de presse commune.

 En ouverture de leur conférence de presse commune au palais présidentiel de Kigali, le président Kagame a salué le "discours puissant, avec une signification particulière" de son homologue.  "Ses paroles avaient plus de valeur que des excuses. Elles étaient la vérité", a-t-il déclaré, évoquant un "courage immense" d'Emmanuel Macron. 

Cette visite parle du futur, pas du passé

 "Cette visite parle du futur, pas du passé. La France et le Rwanda vont beaucoup améliorer leurs relations au bénéfice de nos peuples, économiquement, politiquement et dans le domaine de la culture", a-t-il également affirmé. 

 "Mais la relation entre nos deux pays ne sera jamais totalement conventionnelle. Il y a une familiarité particulière qui résulte de la terrible et complexe histoire que nous partageons, pour le meilleur et pour le pire. Nous souhaitons créer une relation forte et durable, fondée sur des priorités qui comptent pour nous deux, France et Rwanda", a-t-il ajouté.

 Emmanuel Macron a annoncé pour sa part la nomination prochaine d'un ambassadeur français au Rwanda, où le poste est vacant depuis 2015. "La normalisation de nos relations ne peut s'engager sans cette étape", alors que la France est actuellement représentée à Kigali par un chargé d'affaires", a déclaré le président français.

Emmanuel Macron est allé plus loin que ses prédécesseurs

Ce discours n'étais pas une demande de pardon, comme l’a fait la Belgique, l’ex-puissance coloniale du Rwanda, dès 2000

Mais Emmanuel Macron est allé plus loin que ses prédécesseurs, en particulier Nicolas Sarkozy, le seul président à s’être rendu à Kigali depuis le génocide de 1994. Il avait alors reconnu de "graves erreurs" et "une forme d’aveuglement" des autorités françaises ayant eu des conséquences "absolument dramatiques".

Ces propos n’avaient pas réussi à normaliser les relations entre Paris et Kigali, qui ont connu depuis d’intenses périodes de tensions.


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Le fossé s’est cependant comblé depuis le début du quinquennat avec une série d’initiatives françaises pour sortir de l’impasse. La dernière d’entre elles a été la sortie en mars d’un rapport d’historiens dirigé par Vincent Duclert consacré au rôle de la France au Rwanda avant et pendant le génocide qui a débuté au lendemain de la mort du président Juvenal Habyarimana lorsque son avion est abattu le 6 avril 1994.

Ce rapport de 1200 pages conclut aux "responsabilités lourdes et accablantes" de la France et à l'"aveuglement" du président socialiste de l’époque François Mitterrand et de son entourage face à la dérive raciste et génocidaire du gouvernement hutu que soutenait alors Paris.

Bases solides

Le président rwandais Paul Kagame a déclaré pouvoir "s’accommoder" de ces conclusions, confirmées ensuite par le rapport d’un cabinet d’avocats demandé par Kigali. "Je pense que, malgré de légères divergences dans leurs conclusions, ces rapports posent des bases solides pour bâtir une meilleure relation entre nos deux pays", a-t-il précisé dans un entretien à Jeune Afrique.

Pour concrétiser cette normalisation, Emmanuel Macron et Paul Kagame, qui tiendront une conférence de presse commune à la mi-journée, devraient annoncer le retour d’un ambassadeur français à Kigali, où le poste est vacant depuis 2015.

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