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Investigation

Émission spéciale #Investigation sur l’affaire Dutroux : "Ce n’était pas une série télévisée"

27 oct. 2021 à 13:20Temps de lecture4 min
Par Malika Attar

KO. La population belge fixe les écrans de télévision qui rediffusent l’enterrement d’An et d’Eefje, les deux adolescentes retrouvées mortes et enterrées à Jumet, le 3 septembre 1996. Les larmes coulent. Mais pas seulement. Désormais, ce qui résonne aussi c’est le bruit sourd de la colère…

Depuis le mois d’août 1996, on connaît le nom et le visage de l’homme qui détenait emmurées deux enfants, Sabine et Laetitia, dans la cave de sa maison à Marcinelle. Cet homme doit, désormais, aussi répondre des enlèvements et des assassinats de Julie, de Mélissa, d’An et d’Eefje.

L’homme est un récidiviste, libéré anticipativement en 1992 par le ministre de la Justice de l’époque Melchior Wathelet. Il purgeait alors une peine de prison pour… "enlèvements, séquestrations et viols". De quoi susciter l’émoi, voire l’effroi de tous les observateurs.

Depuis le 13 août 1996, Dutroux a donc retrouvé sa place, en prison. Pour le grand public comme pour les victimes et leurs proches, deux hommes incarnent cette victoire : le procureur du Roi de Neufchâteau, Michel Bourlet, et le juge d’instruction Jean-Marc Connerotte. Avec eux, tout semble possible, surtout "une prise en charge sérieuse des dossiers de disparition de nos enfants ", ainsi s’expriment les familles des victimes. Espoir et émotion sont alors les maîtres mots.

C’est dans ce contexte si particulier, que le juge Connerotte participe le 21 septembre 1996 à un "souper spaghetti" à Bertrix. Une soirée organisée en soutien et en présence de deux des victimes, Sabine et Laetitia.

Une erreur flagrante. Le juge sera dessaisi de son dossier, la Cour de cassation estimant que son impartialité n’était plus garantie. L’arrêt, baptisé dans la rue et dans les médias "arrêt spaghetti" tombe le 14 octobre 1996.

Mon drapeau belge ? Je le brûle !

Devant le palais de justice de Bruxelles mais aussi aux quatre coins du pays, c’est l’incompréhension. Les citoyens hurlent au complot, exigent des explications… Les scènes de violence explosent et s’exposent devant les caméras. On se bouscule, on arrête le travail, les jeunes envahissent les rues, une femme seule tient tête aux boucliers des policiers…

Tendre son micro suffit à capter la tension : "Je ne serai plus jamais Belge, quand je rentre je brûle mon drapeau !". Une phrase parmi d’autres…

"Il est vrai qu’une étincelle aurait pu tout faire basculer", explique Eric Loze, journaliste envoyé sur place pour la RTBF. L’étincelle ne jaillira pas car, une fois encore, l’intelligence des parents de victimes va réussir à empêcher toutes les dérives.

Mais ce jour-là, l’incommensurable drame de ces six familles se mue en un drame national, en une affaire d’Etat.

La rue blanche

Le 21 octobre 1996, quand 350.000 personnes défilent dans les rues de Bruxelles, toutes de blanc vêtues, c’est dans le silence et le calme.

Les proches des victimes ont réussi à transformer la tempête de colère en souffle d’espoir : espoir de changements, de réformes pour une justice plus humaine, pour une prise en considération rapide des dossiers de disparition d’enfants, pour que cela n’arrive plus jamais…

Aux larmes des parents qui coulent depuis des mois, se mêlent alors celles des citoyens belges. Le combat devient collectif, le politique ne peut pas, ne peut plus, ignorer cette déferlante.


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Quatre jours après la Marche Blanche, une commission d’enquête parlementaire s’ouvre au Parlement. Son objectif : pointer les lacunes de l’enquête. Une enquête qui n’a pas permis d’arrêter un récidiviste dont le nom était pourtant apparu sur la liste des suspects 15 jours seulement après les premières disparitions, celles de Mélissa et de Julie.

Des gendarmes, des policiers, des magistrats sont soumis à des interrogatoires serrés par les députés. Ces échanges – parfois houleux ou surréalistes – sont retransmis en direct sur les antennes de la RTBF, devant des centaines de milliers de téléspectateurs, parfois jusqu’à l’aube…

Après cela, il n’y aura plus de marche arrière possible. L’affaire atroce qui a coûté la vie à Julie, Mélissa, An et Eefje et qui a marqué au fer rouge Sabine et Laetitia devient l’affaire Dutroux. Une affaire ancrée à jamais dans les pages les plus sombres de l’histoire judiciaire belge comme dans l’inconscient collectif des citoyens.

Une histoire vraie

Il faudra attendre huit ans pour qu’un procès s’ouvre devant la cour d’assises d’Arlon. Il va durer 17 semaines. "Ce que l’on a entendu là-bas était de l’ordre de l’irréel", explique une des douze jurées de ce procès. Irréel encore… et pourtant.

Sabine et Laetitia vont faire face, lors de ce procès, à "leur bourreau". Leur présence et leurs mots sonnent alors comme la plus belle des revanches. Devant la Cour et les jurés, elles décrivent l’innommable… pour elles. Pour celles qui ne sont plus là. Pour que l’on n’oublie jamais que parler de "l’affaire Dutroux" n’est qu’un raccourci aisé. Que cette histoire est d’abord celle de Julie, de Mélissa, d’Eefje, d’An, de Laetitia et de Sabine… Celle d’enfants insouciants…

"Ce n’était pas une série télévisée, conclura Jean-Denis Lejeune le papa de Julie devant la cour d’assises, mais une histoire vraie".

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