RTBFPasser au contenu

Le mug

Elle se faisait passer pour une victime des attentats : Alexandre Kauffmann enquête sur "La mythomane du Bataclan"

Le Bataclan, théâtre du drame
25 mai 2021 à 07:31 - mise à jour 25 mai 2021 à 07:313 min
Par RTBF La Première

Elle s’appelle Florence, elle a la quarantaine. Son meilleur ami Greg est une des victimes des attentats du Bataclan, le 15 novembre 2015. Elle se rapproche d’une association de victimes, y créer des liens, prend de plus en plus de responsabilités, manifeste, témoigne, et fini même par toucher des indemnités après avoir été reconnue comme victime. Sauf que toute son histoire est fausse. Car Florence est mythomane, et elle a tout inventé. Pourquoi ? Comment ? C’est ce qu’a tenté de comprendre le romancier-reporter Alexandre Kauffmann dans son livre La mythomane du Bataclan aux éd. de la Goutte d’or.

Personne n’a oublié le soir du 15 novembre 2015. Les attentats de Paris nous ont profondément marqués. Qui pourrait croire que des individus ont tiré profit de l’horreur et du chagrin des victimes en montant des impostures parfois très poussées ? C’est pourtant bien ce qu’a fait Florence, qui se démarque parmi la vingtaine d’impostures recensées suite à ces attentats. Alexandre Kauffmann explique pourquoi il a choisi le cas de Florence parmi tant d’autres.

Ce cas se détachait vraiment par le nombre de rebondissements, de mises en abîme. Mais aussi par la longévité de cette imposture, et le parcours tellement invraisemblable que si on l’avait mis dans un roman ou dans une fiction, on nous aurait dit que c’était totalement impossible, pas crédible.

Le journaliste, également romancier, ne s’attendait pas à découvrir tant de rebondissements dans le récit de cette femme. Après une année d’enquête, où il a été plus loin que ne l’a fait la Justice française, il a réussi à dépeindre le portrait de cette mythomane maladive, au récit bien ficelé.

Tout démarre sur Facebook, lorsque Florence rejoint un groupe d’entraide de victimes. Hyperactive sur les réseaux sociaux, très emphatique, elle se fait une place dans l’association. Très vite, sa voix prend de l’importance, elle donne des interviews, rencontre des élus, organise même le retour à Paris des Eagles of Death Metal, le groupe qui jouait sur la scène du Bataclan ce soir-là.

Florence construit un univers entier, avec une kyrielle de faux comptes Facebook qui donnent du crédit à ses mensonges. Lorsque le groupe d’entraide devient une vraie association, Life for Paris, elle y obtient un poste clé, et en devient salariée. C’est à ce moment que les mensonges sur internet se concrétisent dans la vie réelle.

La mascarade prend de l’ampleur, elle porte plainte contre Salah Abdeslam, seul terroriste encore en vie, pour tentative d’assassinat. Elle remet à la police une fausse place de concert censée prouver qu’elle était bien sûr place lors de l’assaut. Cette plainte lui permet de prétendre aux aides de l’État.

Veut-elle vraiment profiter financièrement de la situation, est-elle en train de préparer une machination pour extorquer le fonds d’aide aux victimes ? Alexandre Kauffmann est intimement convaincu que non.

Je pense qu’au départ, elle cherche surtout à se trouver des amis. Elle est très seule. Elle n’a pas préparé l’idée de prendre de l’argent. Elle veut simplement trouver un groupe d’amis.

Mais à force de duperies, la vérité va petit à petit s’afficher aux yeux de toutes et tous. La police enquête, prévient Life for Paris et demande à ses membres de faire comme si de rien n’était, de continuer à faire semblant de la croire.

Florence finira par être rattrapée par la Justice, et à être condamnée à 4 ans de prison ferme pour escroquerie. Alexandre Kauffmann pense qu’elle a expressément fait déraper son mensonge pour se faire coincer, en prenant de plus en plus de risques, et en allant de plus en plus loin. Trop loin.

Pour son livre, Kauffmann a eu accès aux discussions privées des victimes piégées par Florence, aux pièces judiciaires, pour livrer une enquête poussée et précise, et brosser le portrait d’une femme très seule. Cette véritable investigation est donc à découvrir dans son livre La mythomane du Bataclan actuellement en librairie.

Articles recommandés pour vous