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Belgique

Elke Sleurs - Philippe Mettens: le bras de fer continue

Elke Sleurs - Philippe Mettens: le bras de fer continue
18 avr. 2015 à 09:213 min
Par Aline Glaudot

Philippe Mettens : "Je postulerai certainement"

Pour ceux qui n’auraient pas suivi l’actualité pendant la trêve Pascale, Philippe Mettens s’est vu signifier, par la ministre responsable, Elke Sleurs, la fin de son mandat de patron de la politique scientifique.

Raison officielle : dans un souci d’économies, le gouvernement veut réformer la politique scientifique en intégrant une partie de cette compétence au sein d’un ministère ainsi qu’en laissant plus d’autonomie aux établissements scientifiques fédéraux tels que les musées.

Quelques heures après l’annonce de la fin de son mandat, le Moniteur belge publiait un appel à candidature pour le poste de directeur de Belspo avec une mission : mettre en œuvre la politique de réforme du gouvernement. Philippe Mettens annonce qu’il sera candidat : "Je postulerai très certainement."

Pour préparer la suppression de Belspo ?

"Je vous ai répondu qu’il me paraissait indispensable que la communauté scientifique et les industriels se mobilisent par rapport à cette question, c’est-à-dire valider la pertinence de notre institution. Par ailleurs, je pourrais éventuellement être celui qui mettra en œuvre une réforme, mais une réforme qui serait plus cosmétique que celle que veut mettre en place le gouvernement."

Comment voulez-vous qu’Elke Sleurs accepte votre candidature après tout ce qui s’est passé ?

"Peut-être pourrait-elle me rencontrer, me parler d’avantage. Je ne doute pas que cette dame ait envie de faire des choses utiles et positives pour la recherche, mais elle ne me convaincra pas que la réforme qu’elle veut mettre en œuvre est positive pour la recherche scientifique. Si elle veut effectivement, comme on l’a écrit dans la déclaration gouvernementale, améliorer l’efficacité de la recherche, si c’est vraiment ça qu’elle veut, alors je suis prêt à l’aider à faire ça."

"Elke Sleurs préparait mon éviction depuis des mois"

Philippe Mettens est persuadé que cette réforme participe de la volonté de la N-VA de démembrer le pays ou en tous cas de tout ce qui fait le lien entre les communautés, comme le sont les institutions culturelles fédérales ou les programmes de recherche qui associent les universités des deux côtés de la frontière linguistique. Il est, par ailleurs, persuadé que son éviction du poste de directeur de Belspo était programmée de longue date par la N-VA.

"Je peux démontrer que la ministre Sleurs se prépare depuis très longtemps à mon éviction. J’ai des documents qui m’ont été transmis de manière anonyme, qui montrent que cela fait des mois que des avocats sont en train de préparer mon éviction. Il s’agit de prestations d’avocats qui montrent effectivement que depuis le mois de décembre Elke Sleurs s’intéressait beaucoup à moi."

"Rik Torfs est un menteur"

Rik Torfs, le recteur de la KUL, avait épinglé Philippe Mettens lors d’une émission à la VRT dans laquelle il reprochait au patron de Belspo d’avoir financé plus de programmes francophones que néerlandophones. Défenseur de la politique de réforme d’Elke Sleurs, Rik Torfs expliquait également que 90% de la recherche est aujourd’hui régionalisée et qu’il était logique de poursuivre en ce sens. "Faux" répond Philippe Mettens : "Je pense que Monsieur Torfs ne peut pas se tromper, donc il ment. Quand il dit que 90% de la recherche est déjà régionalisée, c’est un mensonge. Il suffit de voir les statistiques officielles qui sont transmises à Eurostat et qui permettent de voir que le fédéral représente 44% des crédits publics. Ça veut dire qu’un euro sur 2 investi dans la recherche vient du fédéral. Mais ce n’est pas le seul mensonge qu’il a commis, puisqu’il parle aussi de Belspo comme étant une association aux mains des francophones et des socialistes. Alors oui, voilà effectivement deux bonnes raisons de me tuer et deux bonnes raisons de tuer la politique scientifique. Peut-être a-t-il expliqué là ce qu’ils avaient effectivement derrière la tête."

Soyons clairs, vous avez été viré à cause de votre étiquette ?

"Je ne doute pas qu’il puisse y avoir un lien entre le fait que je sois francophone et un peu socialiste dans l’interprétation de ce qui s’est passé."

"C’est aux chercheurs et aux industriels à prendre la main"

L’annonce de la disparition de Belspo suscite, on l’a déjà écrit, l’inquiétude des chercheurs. Une pétition intitulée "Save Belspo" a recueilli près de 17 000 signatures et devrait être remise dans les jours qui viennent au Premier ministre, Charles Michel (MR). En attendant Philippe Mettens poursuit son combat contre cette réforme.

"Ce que je fais maintenant, c’est continuer à expliquer aux chercheurs et aux industriels que si je ne suis plus en capacité de le faire, c’est à eux de prendre la main parce qu’un jour il sera trop tard. Ce n’est pas une question personnelle, c’est une question qui me parait fondamentale. C’est à eux d’aller dire au Premier ministre : "S’il vous plait écoutez-nous ". Vous savez qu’il y a un Prix Nobel comme François Englert qui s’est exprimé de manière très explicite. On ne peut pas mépriser l’avis de tous ces gens (ceux qui ont signé cette pétition) et en particulier celui de François Englert. Alors je dis au gouvernement : écoutez-les avant de décider."

G. Lauwerys

Le Grand Oral - Philippe Mettens

samedi 18 avril 2015

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Le bras de fer Sleurs/Mettens

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