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Belgique

Elio Di Rupo sur les pensions: "Nous n'avons pas la lampe d'Aladin"

Elio Di Rupo sur les pensions: "nous n'avons pas la lampe d'Aladin"
14 févr. 2012 à 16:50 - mise à jour 14 févr. 2012 à 18:27Temps de lecture5 min
Par Julien Vlassenbroeck

Le Premier ministre n’en démord pas, les réformes engagées "sont nécessaires pour le futur de notre sécurité sociale et la soutenabilité de nos pensions. Elles sont nécessaires pour stimuler notre économie et garantir la compétitivité de nos entreprises".

Les discussions entre gouvernement et partenaires sociaux ont connu des avancées, à tout le moins du côté du secteur privé. Les discussions avec le secteur public sont toujours en cours ont précisé les représentants du gouvernement lors d’une conférence de presse ce mardi soir.

Dans les grandes lignes, on ne touche pas à l’âge de la pension légale, on ne touche pas au revenu des deux millions de pensionnés mais les réformes seront entreprises essentiellement sur les pensions anticipées. C’est à tout le moins la manière dont le Premier ministre lui-même a présenté les choses.

Et pour convaincre que les réformes des pensions actuellement entreprises sont indispensables, Elio Di Rupo a livré quelques chiffres.

L'espérance de vie a nettement augmenté depuis la création du système de pensions

"Tous les ans, l’espérance de vie augmente de deux mois", a-t-il précisé. Dès lors, "les chiffres parlent d’eux-mêmes", estime le chef de gouvernement. 

"Notre système de pensions date des années soixante", a-t-il rappelé. Or, à cette époque, l’espérance de vie était de 62 ans pour un homme et 67 ans pour une femme.

Aujourd’hui, elle est de 77 ans pour un homme et de 83 ans pour une femme. Se basant sur ces données, le Premier ministre avance qu’il ne faut pas avoir fait de grandes études universitaires pour comprendre que "le système doit évoluer" pour garantir sa soutenabilité. "C’est en ce sens qu’agit ce gouvernement", estime le Montois.

Un autre chiffre soulevé par le locataire du seize, rue de la Loi est celui du taux d’emploi des 55-59 ans.  "La moyenne des 27 pays européens est de 61%", soulève-t-il. "Aux Pays-Bas, il est de 70% et en Allemagne de 72%. Nous nous sommes à 53%", a-t-il fait remarquer.

"Une question de bon sens"

"Je veux bien faire toutes les équations du monde", a ironisé le Premier ministre. Mais en prenant les deux éléments exposés lors de sa conférence de presse, il juge qu’il est "normal que le gouvernement procède aux réformes structurelles qui s’imposent". "C’est une question de bon sens", considère le Premier ministre, "des mesures doivent impérativement être prises pour faire en sorte que, progressivement, chaque personne qui a entre 50 et 60 ans travaille plus longtemps qu’aujourd’hui" et "contribue plus longtemps au financement de notre sécurité sociale".

En conséquence, le gouvernement demande (du privé, les discussions avec le secteur public sont toujours en cours) "non pas une révolution mais une translation" par rapport à la situation de base. "Il faut bouger", résume-t-il.

"Si on en le fait pas, les jeunes d’aujourd’hui devraient payer des sommes insupportables pour garantir un niveau accpetable de sécurité sociale ou alors on n’aura tout simplement plus de sécurité sociale efficace pour tout le monde", a averti l’ancien président du PS.

"Si quelqu’un a la lampe d’Aladin, il n’a qu’à nous la donner, on va l’utiliser", a plaisanté Elio Di Rupo. "Mais en attendant, on doit faire face à la situation", a-t-il conclu.

Les mesures maintenues mais avec des aménagements

Les grands lignes de la réforme décidée par le gouvernement à la fin de l'année dernière ont été maintenues mais certains aménagements ont été concédés pour les rendre socialement et humainement supportables, ont indiqué lors de la même conférence de presse les ministre des Pensions, de l'Emploi et des Finances, Vincent van Quickenborne (Open Vld), Monica De Coninck (sp.a) et Steven Vanackere (CD&V) qui accompagnaient Elio Di rupo.

Le principe de base de la réforme des pensions est d'augmenter progressivement d'ici 2016 l'âge minimum de la pension anticipée à 62 ans avec 40 ans de carrière.

Le gouvernement a accepté trois mesures transitoires. La première vise ceux qui sont aujourd'hui au seuil de la pension anticipée, la deuxième vise à respecter les choix qui ont été faits par le passé et la troisième concerne les périodes assimilées.

Respecter les choix de vie faits par le passé

En ce qui concerne ceux qui sont au seuil de la pension, il a été convenu qu'ils devront travailler deux ans de plus que ce qui est actuellement prévu. Ainsi, quelqu'un qui aura 60 ans en 2012 et 34 ans de carrière doit dans le système actuel travailler jusqu'à 61 ans. 

Avec la réforme, il devrait travailler jusqu'à 65 ans soit 4 ans de plus. Grâce à la mesure transitoire, il ne devra travailler que jusqu'à 63 ans, a indiqué Vincent Van Quickenborne.

Le gouvernement a aussi prévu de respecter les choix de vie qui ont été faits par le passé.

Celui qui a introduit une demande de pension anticipée ou de crédit-temps avant le 28 novembre 2011 bénéficiera de l'ancienne règle. Une procédure précise sera mise au point pour éviter qu'on puisse antidater la demande.

La troisième mesure transitoire concerne les périodes assimilées. Il s'agit notamment de conditions particulières en cas de restructuration ou d'entreprise en difficultés, pour les professions pénibles, les travailleurs invalides et les travailleurs qui ont travaillé une partie de leur carrière la nuit ou qui sont malades.

Des demandes du patronat prises en compte

Enfin quelques mesures concernent aussi les pensions complémentaires. L'une est relative aux très hautes pensions. L'autre vise à permettre que les systèmes des pensions internes existants puissent être maintenus. Toutefois, tous les nouveaux systèmes devront être externes. Cette dernière mesure concerne surtout les PME.

Ces deux derniers points répondent à des demandes du patronat.

Quant à l'effet budgétaire de cette réforme, il sera plus étalé dans le temps mais à terme il sera le même que ce qui avait été prévu, a insisté le Premier ministre.

Les réformes du marché du travail

En ce qui concerne le marché du travail, le gouvernement a aussi accepté quelques aménagements. Ceux-ci concernent l'allocation d'insertion, le régime de chômage avec complément d'entreprise (prépension), les crédits-temps et les fins de carrière.

La réforme prévoit que l'allocation d'insertion qui remplacera l'allocation d'attente sera limitée à 3 ans. Après concertation avec les partenaires sociaux, il a été convenu qu'elle pourra être prolongée jusqu'à 5 ans pour les personnes à problèmes.

Maintien de la prépension à 58 ans pour les métiers pénibles

Pour le régime de chômage avec complément d'entreprise (prépension), après discussions avec les partenaires sociaux, il a notamment été convenu qu'il sera encore possible de partir à la prépension à partir de 56 ans si on a une carrière de 40 ans. Le gouvernement a aussi décidé de maintenir la possibilité de prépension à 58 ans avec 35 ans de carrière pour les métiers pénibles.

Le crédit-temps en fin de carrière est maintenu à partir de 55 ans.

Après concertation avec les partenaires sociaux, il a été convenu que la possibilité de crédit-temps sera aussi possible à partir de 50 ans pour les métiers lourds et les travailleurs du bâtiments, pour les entreprises en restructuration ou en difficulté.

Julien Vlassenbroek avec Belga

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