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Elever des ânes en montagne, le défi d'une jeune Italienne

Elever des ânes en montagne, le défi d'une jeune Italienne
02 juil. 2020 à 15:002 min
Par RTBF TENDANCE avec AFP

"C'est un travail fatiguant, prenant, mais il me plaît. J'ai choisi cette vie : c'est ici que je veux être, entourée par la nature et les animaux", explique-t-elle.

Des pâturages, des bois et une grande bâtisse qu'elle entend transformer en ferme-auberge : nous sommes à Alpe Bedolo, à 813 mètres d'altitude, sur la commune lombarde de Schignano dans le nord du pays.

Beatrice, Silvana, Giulia, Tom et Jerry

La jeune femme a un diplôme de cuisinière mais l'appel de la montagne a été plus fort.

"Je me suis lancée l'année dernière, j'ai commencé avec deux petites ânesses. Je n'avais ni terrain, ni étable alors je me suis fait prêter un pré par un ami", raconte-t-elle. "La situation m'a, depuis, un peu échappé", rit-elle, alors que son troupeau compte désormais une vingtaine d'ânes - dont quinze ânesses gravides--, une dizaine de vaches, cinq veaux et cinq génisses.

Beatrice, Silvana, Giulia, Tom et Jerry... tous ont des noms. La plupart paissent à Alpe Bedolo, un alpage qu'elle a pu obtenir il y a quelques mois à l'issue d'un appel d'offres.

Vanessa Pduzzi avec ses vaches à Alpe Bedolo, sur la commune de Schignano, le 25 juin 2020.
Vanessa Pduzzi avec ses vaches à Alpe Bedolo, sur la commune de Schignano, le 25 juin 2020. Miguel MEDINA - AFP

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"J'ai cette passion depuis toute petite. Mes grands-parents, qui avaient une auberge, avaient des vaches laitières, ils faisaient du beurre, du fromage". Et "enfant, je suivais mon père qui emmenait ses vaches dans les alpages", se souvient-elle.

"Au début, mon père n'a pas été très heureux de mon choix parce qu'il a toujours fait ce métier et sait qu'il est difficile" mais il s'est, depuis, fait à l'idée et "m'aide, me donne des conseils".

Ses journées débutent tôt : dès 6h30, elle vient voir ses bêtes, vérifie qu'elles vont bien, leur donne de l'eau.

"Ce n'est pas une promenade de santé. Il faut parfois appeler le vétérinaire, aider les animaux à mettre bas."

"Quand les gens de mon âge se préparent le samedi soir pour aller prendre un apéro, moi je me prépare pour aller à l'étable. Mais c'est ainsi. Cela ne me pèse pas de venir ici le samedi, le dimanche, à Noël ou au Jour de l'An",  ajoute-t-elle.

Vanessa Pduzzi avec ses vaches à Alpe Bedolo, sur la commune de Schignano, le 25 juin 2020.
Vanessa Pduzzi avec ses vaches à Alpe Bedolo, sur la commune de Schignano, le 25 juin 2020. Miguel MEDINA - AFP

"Ici, je me sens comme une déesse !"

La nature est la seule chose dont elle a besoin : "Rien que le fait d'aller faire les courses à Côme me fatigue. Le bruit, les voitures, le smog... Si je peux éviter, j'évite. Ici, je me sens comme une déesse !".

Pour le moment, elle vend des animaux et de la viande. Mais, dès que cela sera possible, elle traira ses vaches et ânesses et fabriquera des fromages. "Le lait d'ânesse est très prisé, il est le plus similaire au lait maternel et convient très bien aux personnes intolérantes" aux autres laits, note Vanessa, short en jeans et bandeau coloré dans les cheveux.

Parallèlement, elle mène, avec son compagnon de 34 ans, les travaux de restauration du bâtiment qui accueillera la ferme-auberge. "Cela prend du temps tout en s'occupant des animaux. Mais cela ne m'effraie pas", assure-t-elle. Son compagnon, qui travaille dans la construction, l'aide un peu financièrement en attendant que la ferme soit rentable.

Un âne et une vache à la ferme de Vanessa Peduzzi à Alpe Bedolo, sur la commune de Schignano, le 25 juin 2020.
Un âne et une vache à la ferme de Vanessa Peduzzi à Alpe Bedolo, sur la commune de Schignano, le 25 juin 2020. Miguel MEDINA - AFP

Le retour en grâce des métiers de la terre

Selon Jacopo Fontaneto, du principal syndicat agricole italien, la Coldiretti, après une période d'abandon des montagnes, "on assiste ces 10-20 dernières années à un beau retour des jeunes".

Le nombre d'agriculteurs de moins de 35 ans a augmenté de 12% en 5 ans, selon des données de 2019. Un tiers sont des femmes.

Les métiers de la terre sont "une voie du futur pour les jeunes instruits" et non plus une voie de garage pour ceux qui ont du mal à l'école, note le syndicat agricole, en soulignant que huit Italiens sur dix seraient ainsi heureux que leur enfant fasse ce métier.

Mais "ce n'est pas facile de faire un tel choix. A 20-30 ans, on pense souvent à autre chose, à s'amuser, à sortir", note M. Fontaneto. La vie, dans les alpages notamment, est "une vie de sacrifices", assure-t-il, même si on est entouré de "la compagnie la plus belle dont on puisse rêver".

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