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Elections sanglantes au Mexique: 36 candidats ont été assassinés

Elections sanglantes au Mexique: 36 candidats ont été assassinés
06 juin 2021 à 17:015 min
Par Esmeralda Labye

95 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes ce dimanche pour renouveler le Parlement. Mais la campagne aura été marquée par un nombre record de candidats assassinés : 36, tous tombés sous les balles des cartels de la drogue.

Les bureaux de vote ont ouvert à 08h00 locales (13h00 GMT). Ils fermeront à 18h00 (23h00 GMT). 95 millions de Mexicains votent pour une nouvelle Chambre des députés, quelque 20.000 postes régionaux, 15 des 32 postes de gouverneur, 30 congrès locaux, 500 députés, et 1926 maires.

Il s’agit d’un test crucial pour AMLO, Andres Manuel Lopez Obrador, le président de gauche, 67 ans, qui tente de conserver le contrôle de la Chambre.


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"L’enjeu n’est ni plus ni moins que l’avenir du Mexique", estime Pamela Star, professeur à l’Université Southern California en soulignant que "les électeurs vont devoir choisir entre deux visions d’avenir pour le Mexique : celle des réformes d’AMLO ou un retour à une politique plus ancienne".

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Pas de menace, une exécution directe

Si les yeux sont tournés vers le Mexique ce n’est pas tant pour les élections, que pour les candidats victimes des cartels de la drogue.

La campagne électorale se déroule dans un climat de violences ininterrompues. Quelque 91 hommes politiques ont été assassinés depuis le début de la campagne en septembre. Parmi eux, 36 étaient des candidats ou en passe d’être nommés, la plupart aspirant à des fonctions municipales.

Bravant le danger, plusieurs marches silencieuses ont été organisées pour rendre hommage aux candidats tombés sous les balles, comme Abel Murrieta Gutiérrez, assassiné le 13 mai 2021, alors qu’il distribuait des tracts dans la rue.

Sous couvert d’anonymat, plusieurs personnes qui le connaissaient lui ont rendu hommage : "C’était une personne très précieuse. J’ai travaillé avec lui. Je suis bouleversée par sa mort, nous sommes tous indignés et c’est pourquoi nous sommes ici." Ou encore : "C’est triste, c’est lamentable, c’est tout un pays qui souffre."

 

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Plus de 750 agressions

On dénombre aussi plus de 750 agressions. Comme celle de Juan Salvador Camacho, un candidat du parti du président Andres Manuel Lopez Obrador. Ses ravisseurs ont même diffusé une vidéo dans laquelle on les voit retirer la corde qu’ils lui avaient mise autour du cou durant huit heures. Il sera libéré lorsque sa famille aura versé une somme de 12.000 euros.

Certes, les assassinats politiques ne sont pas nouveaux. "Déjà à l’époque du parti unique [le PRI, de 1929 à 2000], ​des opposants étaient tués" explique à Ouest-France Paolo Palacios, de l’ONG anti-corruption Transparencia mexicana. ​

"Le paradoxe est qu’aujourd’hui, on trouve une violence accrue avec la multiplication des partis​", renchérit Anel Ortiz, politologue à l’université Ibero de Tijuana. "Le pluralisme a nourri des conflits locaux sur lesquels ont prospéré les cartels de narcotrafiquants. Le morcellement des cartels en subdivisions est aussi un facteur. Les narcos influent là où le contrôle de l’État est faible."


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Depuis 2006, date à laquelle le gouvernement a lancé une vaste opération militaire contre les cartels de la drogue, le sang ne cesse de couler au Mexique.

Vendredi soir, encore René Tovar, candidat à la mairie de Cazones de Herrera, dans l’Etat oriental de Veracruz, a été abattu. Ce crime s’ajoute à l’enlèvement de Marilu Martinez, candidate à la mairie de Cutzamala de Pinzon (Guerrero, sud), et à la disparition de Leonardo Torres, candidat à la mairie de San Francisco de Borja (Chihuahua, nord).

Depuis le lancement fin 2006 par le gouvernement d’une offensive militaire antidrogue controversée, le Mexique dénombre plus de 300.000 assassinats, selon des chiffres officiels, attribués pour la plupart au crime organisé.

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Un scrutin test pour AMLO

AMLO a affirmé que le scrutin se déroulerait en toute sécurité en dépit des tentatives des cartels de peser sur le résultat du scrutin.

Selon des sondages menés par l’institut mexicain Oraculus, son parti au pouvoir pourrait perdre des plumes lors du scrutin, en passant de 333 à 322 sièges. Pour l’opposition, le président gère mal l’épidémie de Covid 19.

Ce pays de 126 millions d’habitants comptabilise près de 229.000 décès. Le taux de mortalité est le quatrième au monde en chiffres absolus.

AFP

5-6 choses à savoir sur le Mexique

1. Le pays est la deuxième économie d’Amérique latine.

Pays hispanophone le plus peuplé avec plus de 126 millions d’habitants, cet Etat montagneux, bordé par l’Atlantique et le Pacifique, pâtit d’une forte activité sismique (plus de 10.000 morts en 1985).

Voisin du Guatemala et du Belize, le Mexique partage aussi plus de 3000 kilomètres de frontière avec les Etats-Unis, que l’ancien président américain Donald Trump avait promis de fermer par un mur pour bloquer l’immigration illégale d’Amérique centrale et l’entrée de drogues.

En 2020, le Mexique, a vu son PIB chuter de 8,2%, selon la Banque mondiale. L’argent envoyé par des Mexicains établis à l’étranger, notamment aux Etats-Unis, a atteint l’année dernière plus de 40 milliards de dollars, contribuant à amortir l’impact économique de la pandémie, dans un pays où plus de la moitié des habitants vivent sous le seuil de pauvreté.

Le Mexique, qui n’a pas limité le tourisme malgré le virus, a été le troisième pays le plus visité au monde l’année dernière, mais le nombre de touristes a chuté de 45%.

2. Le premier président mexicain de gauche

En 2000, l’élection du conservateur Vicente Fox interrompt l’hégémonie du PRI, qui retrouve le pouvoir en 2012.

Andres Manuel Lopez Obrador, élu en 2018, est le premier président mexicain de gauche.

3. Corruption, vols et enlèvements…

A l’heure actuelle, le Mexique est l’un des pays les plus dangereux au monde pour les journalistes avec plus de 100 assassinats depuis 2000.

D’autres homicides relèvent de vols de carburant, enlèvements, extorsions… Parmi les endroits les plus dangereux, la ville balnéaire d’Acapulco, auparavant prisée des touristes.

Le pays souffre aussi d’une corruption endémique, classé 124e au monde par Transparency International.

4. Tourisme et un patrimoine historique très riche

Le Mexique regorge de vestiges de civilisations précolombiennes comme le site maya de Chichén Itzá ou les pyramides de Teotihuacán. Des excavations à Mexico, construites sur des ruines aztèques, permettent régulièrement des découvertes archéologiques.

5. Cinéma, art : ces acteurs et ces peintres sont nés au Mexique

Le pays a donné naissance aux peintres Frida Kahlo et son mari Diego Rivera, ainsi qu’à l’écrivain Octavio Paz, prix Nobel de littérature.

Plusieurs comédiens mexicains ont fait une carrière internationale, comme Salma Hayek, Gael Garcia Bernal et Diego Luna.

Leurs compatriotes Alfonso Cuaron, Guillermo del Toro et Alejandro Gonzales Iñárritu ont remporté l’Oscar du meilleur réalisateur.

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