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Elections et extrême droite en Italie : le racisme caché

Italie : une société en proie au racisme?

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Il s’appelait Alika Ogochukwu. Il avait 39 ans, et il venait du Nigéria. Avec sa famille, il habitait ans une petite localité des Marches, à San Severino, pas très loin de la mer. Alika Ogochukwu était arrivé en Italie il y a plusieurs années. Pour vivre, comme beaucoup d’étrangers en situation irrégulière, il était vendeur de rue, vendeur à la sauvette de petits articles qu’il proposait aux passants.

Alika Ogochukwu passait une grande partie de la journée à travailler sur les trottoirs d’une ville voisine, plus touristique, plus grande : Civitanova.

Jusqu’au jour fatal du 29 juin dernier. Un homme se jette sur lui, me met à terre, et l’étrangle pendant plusieurs minutes. Une vidéo du drame, tournée par une passante, montre une mise à mort en direct… Autour, personne n’intervient, tout au plus entend-on des appels au meurtrier au tout début de la scène, pour qu’il arrête.

Quelques minutes plus tard, Alika décède.

Le meurtrier est arrêté, il souffrirait de problèmes psychologiques.

Mais la question reste posée : pourquoi personne n’est intervenu ?

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"Il ne rentrera plus à la maison"

"Je n’étais pas là quand c’est arrivé. Et j’ai vu cette vidéo… Et ça fait vraiment mal. Je pense tout le temps à ça." Charity Oriakhy laisse couler ses larmes. "Mon mari était vraiment une bonne personne… Quelqu’un de tranquille… Et un jour quelqu’un a décidé de le rayer de ce monde."

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Elle nous reçoit dans son appartement de San Severino, à une cinquantaine de kilomètres de Civitanova. Ici, elle ne vit plus désormais qu’avec son fils de 8 ans, sa sœur et sa nièce. Le regard perdu, elle nous montre les photos de leur mariage, ici dans les Marches il y a quatre ans. Des époux souriants, à qui l’avenir ouvrait ses bras. "Il est venu d’Afrique jusqu’ici pour trouver une vie meilleure. Et malheureusement, il ne rentrera plus à la maison."

"Je ne pense pas que ce drame soit un acte raciste", explique Francesco Mantella, avocat de Charity. "C’est de la violence. Mais cela a amené beaucoup de monde à s’interroger sur soi, sur les gens, sur l’Italie – est-elle raciste ? Une partie du pays est-elle raciste ? – Et surtout, sur les rapports entre la population italienne et la population étrangère, essentiellement de couleur."

Ne pas en parler

Alika faisait partie de ses étrangers illégaux, qui ont tout quitté pour arriver dans cette région d’Italie. Il allait souvent vendre ses petits articles à Civitanova. Corso Umberto I, le quartier de bord de mer, se réveille vers 16h. Ce qui reste du drame : un bouquet de fleurs en plastique., au pied d’un arbre, sur les lieux du meurtre ; Un drame que la plupart ici veulent simplement oublier.

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La plupart refusent d’en parler. Certains estiment qu’on en parle trop, ou mal : non, disent-ils, cela ne montre en aucun cas que le racisme existe dans cette petite ville touristique, avec ses plages et son vieux quartier historique perché sur une colline. Peu osent avancer que cet acte montre que le racisme existe en Italie, et que l’indifférence tue. Une femme sud américaine nous explique cependant : "Les Italiens ne veulent pas en parler, parce que nous sommes une autre race, nous ne sommes pas Italiens. Moi, j’ai déjà ressenti le racisme".

"Affirmer que cet homicide est lié à la haine raciste, c’est instrumentaliser un fait dont nous n’aurions jamais pu imaginer un jour parler dans notre ville", déclarait dans la presse le maire de droite de Civitanova, Fabrizio Ciarapica.

"Je me suis souvent demandée si la victime était un Italien bien habillé, en veston cravate, elle aurait été sauvée. Je pense que oui, explique quant à elle Laura Boldrini, ex-présidente du Parlement italien et candidate pour la région de Toscane aux élections législatives. "Il faut garder à l’esprit que cela fait des années que la droite alimente le racisme ; parce qu’elle parle des migrants comme s’ils étaient uniquement des assassins, des violeurs. Et à la fin, les gens ont intégré cette narration, et ils ont peur des migrants."

"Ce qui se passe ici, c’est un épisode qui démontre de façon claire le racisme comme il se manifeste aujourd’hui en Italie, estime quant à elle Guia Gilardoni, chercheuse à l’Université catholique de Milan, spécialiste des migrations, dans le sens que nier le racisme fait partie du racisme italien. Et cela est l’une de ses grandes forces. Parce que dans notre pays, c’est très compliqué de voir le racisme existant de le reconnaître, et cela est une difficulté qui se note aussi dans les institutions. Et tant que nous ne serons pas en mesure de reconnaître le racisme, pas seulement quand il est visible, comme dans ce cas-ci, mais dans ses formes plus subtiles, nous ne pourrons pas le combattre."

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