Elections au Niger : une première transition démocratique malgré les violences

Elections au Niger : une première transition démocratique malgré les violences

© SOULEYMANE AG ANARA - AFP

27 déc. 2020 à 15:12 - mise à jour 27 déc. 2020 à 15:12Temps de lecture3 min
Par W. Fayoumi, avec agences

C’est jour de vote pour les Nigériens ce dimanche, une élection présidentielle qui doit marquer la première transition démocratique entre deux présidents élus, depuis l’indépendance de ce pays en 1960. Ce scrutin présidentiel se déroule par ailleurs en même temps qu’un scrutin législatif. 7,4 millions d’électeurs sont appelés aux urnes (sur 23 millions d’habitants) et ont commencé à voter vers 9h.

Habitués aux coups d’Etat, les Nigériens vont écrire donc une page de leur histoire, alors que leur pays, habitué des coups d’Etat est en proie à des attaques jihadistes récurrentes. C’est d’ailleurs ce qu’a déclaré après avoir voté à l’hôtel de ville de Niamey, la capitale, le président sortant, Mahamadou Issoufou : "C’est un jour spécial pour le Niger qui va connaître pour la première fois de son histoire une alternance démocratique", a-t-il souligné. A 68 ans, ce dernier a décidé de ne pas se représenter à l’issue de ses deux mandats de cinq ans chacun, autorisés par la Constitution ; une décision à l’opposé de plusieurs autres dirigeants du continent.

Le grand favori du scrutin est le ministre de l’Intérieur et le bras droit du président sortant, Mohamed Bazoum, 60 ans. "C’est une grande fierté que cette date du 27 décembre ait été respectée", a déclaré ce dernier après avoir voté. Mohamed Bouzoum vise un succès dès le premier tour à ce scrutin présidentiel. 30 autres candidats sont en lice pour ce scrutin.

Le programme de Mohamed Bazoum, qui bénéficie de la machine électorale de son parti et de l’Etat, met l’accent sur la sécurité et l’éducation, notamment pour les jeunes filles, dans ce pays qui détient le record mondial de fécondité (7,6 enfants par femme).

"Un pays à la dérive"

Malgré cette première historique, la présidentielle suscite "peu d’engouement" parmi la population, estime certains observateurs, notamment en raison de l’absence de renouvellement de la classe politique. Deux anciens présidents (Mahamane Ousmane et Salou Djibo) et deux anciens Premiers ministres (Seini Oumarou et Albadé Abouba) figurent parmi les candidats, pour une moyenne d’âge de plus de 60 ans, dans un pays où la population est très jeune.

Alors que le président Issoufou voit le Niger comme un "modèle de démocratie en Afrique", le militant de la société civile Moussa Tchangari dénonce une "démocrature". "Le retrait de M. Issoufou est simplement le respect de la norme. Il y a d’autres normes à respecter pour être démocratique : les libertés et les droits ne sont pas respectés. Nous, activistes, nous avons fait des séjours en prison et les manifestations sont souvent interdites", ajoute Moussa Tchangari.

"Nous sommes dans un pays à la dérive, ça ne va pas au niveau sécuritaire, des libertés, du développement social, du système de santé, de l’éducation, de la corruption", affirme-t-il.

Un des principaux défis du prochain président sera de ramener la paix. Deux attaques meurtrières ont été perpétrées à l’approche du scrutin, une (7 soldats tués le 21 décembre) dans l’ouest où sévit régulièrement l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), et une autre dans l’est, revendiquée par les jihadistes nigérians de Boko Haram (34 morts le 12 décembre).

Les attaques incessantes des groupes jihadistes ont fait des centaines de morts depuis 2010, et fait fuir de leurs foyers des centaines de milliers de personnes (300 000 réfugiés et déplacés dans l’est, près du Nigeria, 160 000 dans l’ouest, près du Mali et du Burkina).

Les premières estimations pour la présidentielle sont attendues lundi, et les résultats espérés mercredi ou jeudi, selon une source à la commission électorale. Un second tour de la présidentielle, si nécessaire, est prévu le 20 février.
 

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