Cyclisme

Edito : Lance Armstrong est fascinant et ça m'énerve !

Edito : Lance Armstrong est fascinant. Et ça m'énerve !

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01 juin 2020 à 05:14Temps de lecture2 min
Par Benjamin Deceuninck

Juillet 1969. Armstrong marche sur la lune. Juillet 1999. Avec Armstrong, le cyclisme marche sur la tête. Armstrong lance ses festivités. Sept ans de domination du tour de France sans partage.

En juillet 99, je réalise justement mon stage à la RTBF. Nous sommes un an après l’affaire Festina. Les coureurs font de grandes déclarations. C’est un nouveau départ et on a envie d’y croire. Et je tombe dans le panneau. Mon premier sujet "qui passera à la télé" sera donc consacré à la défense de Lance Armstrong.

Reprenant quelques avis de spécialistes en biomécanique, je démontre fièrement que la transformation de l’Américain est surtout dans son mode de "pédalage". Sa fréquence, plus souple, plus rapide, impeccable, implacable, est due principalement au travail. Son travail. J’étais devenu sans m’en rendre compte son avocat, face aux premiers sceptiques. On ne le saura que quelques années plus tard, ils avaient raison. Mais même si ça m’a servi de leçon, après tout un stage c’est pour apprendre, je m’en veux toujours un peu. Comment ai-je pu être aussi aveugle ? Ou fasciné, peut-être.


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Car il faut bien le dire, le Texan est fascinant. Encore maintenant. Le gars a été reconnu coupable et il a fini par avouer, contraint. Il a fait des aveux à la télé chez Oprah Winfrey. Où il a menti, encore.

Et le revoilà star d’un documentaire où il avoue fièrement que finalement, il s’est dopé dès ses 21 ans. L’avantage (pour lui) de ces mensonges successifs, c’est que cela offre des rebondissements. Il l’a compris et s’en sert pour encore occuper le terrain. Pour certainement monnayer ses aveux. Faux ou vrais. On verra au prochain épisode. C’est lui le boss. C’est lui qui écrit le scénario de sa propre série. Et ça marche.

On regarde, on en parle, on en reparle encore. Fascinant. L’attirance pour les badguys ? Depuis plus de 20 ans, Armstrong a joué le bon, la brute et le truand.  Il est les trois à la fois. Et il le sait. Ils sont encore des millions à l’adorer, lui le héros de la lutte contre le cancer. Lui, le plus grand tricheur de l’histoire du sport. Pas le seul, non. Mais sans doute le plus cynique, le plus organisé.

En regardant la bande annonce du documentaire sur ESPN où lui et ses anciens équipiers sourient à l’évocation de leur tricherie d’antan, je me suis senti mal à l’aise. Je me suis demandé comment on pouvait encore leur donner la parole. Si les médias devaient organiser la repentance d’un menteur compulsif. Si on devait encore en parler.

J’étais un peu énervé, persuadé qu’il fallait arrêter de lui faire de la publicité. Et je suis tombé dans le panneau. J’ai écrit ceci. Il est trop fort pour nous. Fascinant.

 

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