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Cyclisme

Eddy Merckx : “Mon coeur me dit Gilbert, ma tête me dit Gaviria…ou Van Aert”

Eddy Merckx : “Mon coeur me dit Gilbert, ma tête me dit Gaviria…ou Van Aert”
07 août 2020 à 05:004 min
Par Rodrigo Beenkens

La 111e édition de Milan-Sanremo sera la plus longue de l’histoire de l’épreuve avec 299 kilomètres à accomplir sur un parcours inédit. La course quittera Milan en direction du Piémont et ne rejoindra le bord de mer qu’à Imperia. Seuls les 36 derniers kilomètres seront identiques aux années précédentes. Le Passo del Turcchino et les Capi seront délaissés et seuls subsisteront la Cipressa et le Poggio, une dernière colline mythifiée par Eddy Merckx. Recordman absolu de victoires (7 en 10 participations), le "Cannibale" nous livre en exclusivité ses impressions.

Milan-Sanremo, la Primavera, au début du mois d’août, qu’est-ce que cela vous inspire ?

(rires) C’est inhabituel, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais je crois qu’avec le Coronavirus, on peut être content que les courses reprennent. Cela change complètement toutes les données. Pour tous les coureurs, c’est un peu l’incertitude. La préparation a été complètement différente des autres années. Avant, on avait Paris-Nice, Tirreno-Adriatico et toutes les courses en Espagne. Aujourd’hui, à part les Strade Bianche, il n’y a aucun point de repère. On verra bien ce que cela donnera samedi.


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La chaleur ne risque-t-elle pas aussi de jouer un rôle important ?

 

Oui, en Italie au mois d’août, on avoisinne parfois les 40 degrés. Cela change certainement les données par rapport au mois de mars.

Il n’y aura que six coureurs par équipe au lei de sept (il y en avait…douze à votre époque !). Qu'est-ce que cela va changer ?

Les premiers pénalisés seront les sprinters. Cela fait un coureur en moins pour boucher les trous, pour tirer le sprint et pour contrôler la course.

Attention à la descente du Colle di Nava

Le parcours change aussi. Plus de Turcchino, plus de Capi. Qu’est-ce que cela pourrait avoir comme effet sur la course ?

Là, en revanche, cela devrait avantager un peu les sprinters mais attention à la descente du Colle di Nava, une nouvelle difficulté sur le parcours. Elle est rapide et étroite et donc dangereuse.

 

Milan-Sanremo est déjà traditionnellement la plus longue course de l’année. Cette fois, avec 299 kilomètres à parcourir, ce sera l’a plus longue édition de la Primavera en 111 ans d’existence. Cela change-t-il quelque chose ?

Non, je ne pense pas. Sept kilomètres en plus ou moins cela ne fera pas de différence, surtout si la course est moins dure. Les coureurs seront moins fatigués sur la fin.

 

A l’exception de la parenthèse Tchmil en 1999, un Belge n’a plus gagné à Sanremo depuis presque 40 ans. Pourquoi ?

Tout simplement parce que ces dernières années il n’y en a pas eu un qui a réussi à sortir du lot. La victoire s’est souvent jouée au sprint et dans ce registre les Belges sont moins performants.

Gilbert doit faire partie d'une échappée

Personne n’ignore que Milan-Sanremo est l’ultime objectif de Philippe Gilbert. La Primavera est le seul monument qui manque à son palmarès. Comment peut-il réaliser son rêve ce samedi d'égaler Rik Van Looy, Eddy Merckx et Roger De Vlaeminck ?

Il faudrait qu’il fasse partie d’une échappée. Dans un sprint massif, ce sera très compliqué avec des coureurs aussi rapide que Gaviria, Démare, Bennett ou Ewan. Dans un petit groupe, on sait que Philippe est un grand finisseur.

 

Croyez-vous qu’il puisse le faire ?

On l’espère. C’est tout le mal que je luis souhaite. Il a vécu en fonction de cet objectif. Il a fait les reconnaissances indispensables. Il y tient à ce Milan-Sanremo.

Van Aert est vraiment impressionnant

Pour son deuxième jour de compétition…de la saison, Wout Van Aert a fait un sacré numéro sur les Routes Blanches samedi dernier. La plus belle chance de victoire belge n’est-ce pas lui ?

D’après ce qu’on a vu sur les Strade Bianche, il est certain que tous les belges, Van Aert est celui qui détient la meilleure condition. Mieux que Van Avermaet. Gilbert a eu des ennuis mécaniques mais Van Aert était vraiment impressionnant.

Van Aert est champion de Belgique contre-la-montre, il peut gagner des sprints massifs, il vole sur les pavés et démontre désormais qu’il peut aussi remporter des courses vallonnées. Ne va-t-il pas devoir faire assez vite des choix ?

Oui, je pense. De toute façon avec la condition qui est la sienne en ce moment il va tout miser sur Milan-Sanremo et s’il gagne ce sera encore différent, ce sera un atout en plus.

A quel point cette victoire est-elle aussi essentielle mentalement ? N'est-ce pas un peu comme un buteur qui marque dès son premier match ? Désormais, Van Aert va rouler en confiance, libéré...

Lui-même ne cache pas qu’il grimpe mieux que jamais. Il est en très grande condition. Quand on voit la puissance avec laquelle il a démarré... Schachmann et Formolo ne sont pas les premiers venus. Bettiol était là et Van Avermaet également. Il les a quand même lâchés à la régulière. Il était vraiment très impressionnant.

Au mois de mars, Mathieu van der Poel faisait figure de favori. Là, maintenant, on parle moins de lui.

Il supporte moins bien la chaleur. Il n’était pas au mieux de sa forme sur les Strade Bianche. Les choses peuvent changer en une semaine. En cas d’arrivée au sprint, c’est un garçon qui a déjà démontré qu’il a une certaine pointe de vitesse. Peut-être pas comme Caleb Ewan, mais c’est un excellent finisseur. Je pense qu’il y a beaucoup de candidats pour samedi.

 

On verra très peu Peter Sagan sur les classiques. S’il est souvent passé très près à Sanremo, il n’a jamais remporté la Primavera. S’il veut gagner une grande course d’un jour cette saison, on se dit que c'est samedi ou jamais ?

(rires) Le problème c’est que ce sera samedi ou jamais pour beaucoup de coureurs.

Alaphilippe viserait plutôt le Tour des Flandres, cela parait un peu irréel

Le vainqueur sortant, Julian Alaphilippe, ne semble pas être dans la même condition que l’an dernier.

Non, il a dit que cela ne l’intéressait pas, qu’il avait déjà gagné. Il a d’autres objectifs. Il vise le Tour des Flandres. (Eddy prend un air sceptique) Cela parait un peu irréel mais avec Alaphilippe on ne sait jamais.

 

Peut-on assister à une suprise samedi ?

Si un coureur est au-dessus du lot, pour autant qu’il soit épargné par la malchance, je pense qu’il peut gagner.

 

Eddy, un petit pronostic pour terminer ? Votre top trois ?

(il éclate de rire et porte sa main sur ses yeux et son front). Oh la la. Je dirais Philippe Gilbert seul devant Gaviria et Van Aert ou van der Poel.

 

Qu’allez-vous faire samedi ?

Je vais regarder Milan-Sanremo à la télévision, ça c’est certain, il n’y a aucun doute.

 

 

 

 

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