Energie

Economiser de l’argent grâce aux eaux usées

Quelques mètres des 1900 km d’égouts bruxellois !

© Jean-Christophe Willems

11 sept. 2022 à 06:30 - mise à jour 11 sept. 2022 à 19:20Temps de lecture3 min
Par Jean-Christophe Willems

Dans les sous-sols de la Région bruxelloise, on trouve un véritable dédale de 1900 km de galeries. Les égouts constituent une intéressante source d’énergie peu exploitée. Car la température des eaux usées est relativement constante, oscillant aux alentours de 13-14 degrés.

D’où l’intérêt d’utiliser les calories perdues à d’autres fins, comme celle d’alimenter une pompe à chaleur par exemple. C’est ce qui se passe à Uccle où une portion d’égouts amène de l’énergie à 15.000 mètres carrés de bâtiments de l’administration communale.

De l’eau pour chauffer de l’eau

Sur une portion rénovée de 120 mètres, Vivaqua a installé des kilomètres de flexibles dans lesquels circule de l’eau de chauffage. Les échangeurs thermiques se réchauffent ou se refroidissent au contact de l’eau usée se trouvant dans la cunette, sorte de rigole au fond de l’égout. L’eau du circulateur est ainsi envoyée à la pompe à chaleur du bâtiment qui le chauffe ou le refroidit, en fonction des besoins.

Les 120 m d’égouts équipés fournissent une puissance de 120 kW et le rendement est de presque 5. Ce qui signifie que chaque calorie prélevée en restitue 5, ce qui est énorme.

Et même si la capacité est insuffisante pour l’ensemble du bâtiment, le système qui vient en appoint des chaudières et climatiseurs traditionnels permet d’économiser 20.000 euros par an sur la facture énergétique de la commune. "Cela fonctionne un peu comme une voiture hybride", explique Olivier Broers, directeur des études et des investissements chez Vivaqua.

"Lorsque les besoins en énergie sont faibles, les pompes à chaleur sont suffisantes mais dès que la température s’élève ou baisse trop, les systèmes traditionnels s’enclenchent. Avec la riothermie, nous produisons un quart des besoins en énergie du bâtiment. Et comme l’expérience est probante, nous avons des demandes pour d’autres communes et entreprises. Mais nous n’en installerons que lors de rénovations de tronçons, avec des sections d’égouts suffisamment larges."

Même principe, à domicile

Un serpentin de cuivre réchauffant l’eau froide
Un serpentin de cuivre réchauffant l’eau froide Jean-Christophe Willems

Utiliser les calories des eaux usées chez soi est également possible. On trouve de nombreux systèmes de récupération d’énergie en vente pour quelques centaines d’euros. Il s’agit souvent d’un tuyau de cuivre, enroulé en spirale autour du conduit d’évacuation des eaux de la douche.

Dans le cuivre, l’eau de ville arrive en direction du boiler et du mitigeur de la douche. Sur son long chemin, elle est progressivement réchauffée par celle qui s’évacue. Sur une section de 2 mètres de haut, l’eau peut ainsi augmenter sa température de 12 degrés, ce qui facilitera le travail du chauffe-eau. Nous avons constaté son efficacité dans une maison passive, qui avait été pensée dès le départ pour accueillir un tel système.
Car si le rendement est correct, à défaut d’être spectaculaire, les écueils sont nombreux. Il faut un tuyau d’évacuation assez long et parfaitement vertical, ce qui implique un espace suffisant sous la douche.

Il faut aussi prendre des douches continues pour que l’échange de chaleur soit optimal. Et puis, même si c’est moins vrai dans les habitations familiales, le risque de développement de la bactérie Legionella n’est pas nul.

La Flandre a ainsi interdit ce genre d’installation dans les lieux à risque (hôpitaux, maisons de repos, …). Néanmoins, les gains en énergie peuvent aller jusqu’à 45%, d’après l’étude du Centre Scientifique et Technique de la Construction. 

Mais attention, ce gain ne concerne que l’énergie utilisée pour l’eau chaude de la douche concernée. L’impact sur la facture globale d’énergie sera donc limité, sauf si on dispose déjà d’une maison passive, où les seules dépenses en énergie se limitent au chauffage de l’eau. Cela ne concerne malheureusement pas encore grand monde actuellement.

Sujet du JT - 11/09/2022

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