Economie

Économie : vente des tours de télécommunications mobiles, nouveau business lucratif ?

Le câblo-opérateur flamand Telenet a annoncé aujourd’hui, via un communiqué de presse, la vente de ses tours de télécommunications mobiles à DigitalBridge, une société d’investissement américaine spécialisée dans les infrastructures numériques, pour un montant total de 745 millions d’euros.

Pour cela, TowerCo, une nouvelle filiale directe de Telenet Group Holding SA sera créée. Cette dernière détiendra l’ensemble de l’infrastructure passive et des actifs de tours de l’opérateur. C’est cette filiale que DigitalBridge acquerra à la fin du processus de vente.

Quelles sont les raisons qui poussent Telenet, et les autres opérateurs, à vendre leurs tours? Quels sont les avantages et inconvénients d’une telle transaction ?

Un business déjà bien présent

En réalité, la vente de tours de télécommunications ne date pas d’hier. En effet, déjà dans les années 2010, les opérateurs américains T-Mobile, AT&T et Verizon se lançaient dans les ventes.

Outre-Atlantique, selon Reuters, seuls 10% des sites sont encore entièrement ou partiellement détenus par des opérateurs mobiles, contre 66% en Europe. Une différence de taille révélant deux marchés bien différents. Cependant, la situation se débloque et les transactions se sont récemment accélérées sur le Vieux Continent.

En janvier 2021, le groupe espagnol Telefonica, un géant des télécoms, a révélé la vente pour 7,7 milliards d’euros de sa filiale de tours de télécommunications, Telxius, en Europe et en Amérique latine à American Tower Corporation.

Un mois plus tard, le groupe français Orange, autre leader du secteur en Europe et en Afrique, crée TOTEM, sa propre TowerCo (entreprise qui possède les tours). Cette dernière gère environ 25.000 sites français et espagnols du groupe.

En octobre 2021, Cellnex Telecom, qui possède 130.000 sites à travers l’Europe, a annoncé le closing du rachat de 100% de Hivory à Altice France et Starlight Holdco pour 5,2 milliards d’euros. Pour rappel, Hivory gère 10.500 sites, essentiellement utilisés par l’opérateur français de téléphonie mobile SFR.

Au moins trois opérateurs français, filiales de Bouygues, Altice et Iliad ont vendu, en totalité ou en partie, leurs tours de télécommunications. En Belgique, Telenet est le premier acteur télécoms à réaliser une telle opération.

Vendre, mais pourquoi ?

Selon Telenet, il est essentiel de garder un contrôle total et une flexibilité sur la partie dite active des tours de télécommunications (c’est-à-dire les antennes et l’équipement radio), mais les structures en acier dites "passives", en elles-mêmes, n’ont pas d’importance stratégique. En effet, l’équipement sur les tours reste la propriété de l’opérateur, ce sont bien les tours et les mâts qui sont en vente.

"Nous nous sommes alors tournés vers le marché et avons constaté que ces tours étaient très populaires du côté des investisseurs. Au cours du processus de vente, nous avons constaté qu’un large éventail d’investisseurs étaient intéressés par celles-ci et c’était le processus qui s’est avéré très compétitif. Cela nous a permis de les monétiser à un prix très intéressant, bien supérieur à ce que le marché attendait, compte tenu du contexte belge spécifique", explique l’opérateur.

Il faut également rappeler que Telenet a plusieurs grands projets pour les années à venir, tels que le partenariat de transformation du réseau avec Fluvius, l’achat du spectre nécessaire pour la 5G et la construction de ce nouveau réseau. Les recettes de la vente seront utiles pour réaliser ces chantiers.

"Au final, nous avons décidé de procéder effectivement à la vente, compte tenu du prix attractif et des projets d’investissements stratégiques qui nous attendent, dont le projet du réseau du futur avec Fluvius et la mise aux enchères des licences de spectre mobile", indique l’opérateur malinois.

En choisissant de vendre, l’opérateur réalise aussi de belles économies sur l’entretien des sites. D’après Zone Bourse, la maintenance du réseau et la surveillance des infrastructures représenteraient 20% des coûts des opérateurs européens.

En résumé, vendre ces tours permet de dégager des sommes importantes tout en se débarrassant de leur maintenance.

Avantages pour l’acheteur

Selon Zone Bourse, la plupart des acheteurs sont des fonds d’investissement. Ces derniers sont séduits par la dimension sûre, peu risquée et rentable de l’actif. Les opérateurs, à qui appartiennent les équipements actifs installés sur les tours, deviennent alors client des acheteurs. Ces derniers perçoivent en contrepartie des revenus locatifs pour l’utilisation des infrastructures qui désormais leur appartiennent.

Dans ce cas, en vendant ses tours, Telenet deviendra client de DigitalBridge via la filiale TowerCo.

Pas de risques selon Telenet

Pour l’opérateur flamand, pas de risques à l’horizon, car la gestion du réseau reste entre ses mains. De plus, la revente de tours de télécommunications est devenue une activité courante dans le secteur. En effet, des précédents existent et ils démontrent un certain succès de ce genre d’opération. Pour préparer l'avenir, Telenet a conclu un partenariat avec DigitalBridge pour rester client et continuer à utiliser les structures.

"Nous avons conclu un accord de partenariat à long terme avec DigitalBridge qui couvre une période initiale de 15 ans et deux renouvellements de dix ans chacun. Ce partenariat est bien équilibré et renforce la capacité de Telenet à construire des sites supplémentaires. Au niveau des opérations journalières, TowerCo prendra soin de toutes les activités liées à l’infrastructure passive comme le suivi des baux, la maintenance etc. Ce qui est important pour nous en tant qu’opérateur mobile, c’est d’avoir une flexibilité au niveau de la gestion de notre réseau mobile, ce que nous conservons. Finalement, l’activité des tours est un business model bien connu et fréquemment utilisé en Europe", conclut Telenet.

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