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Chroniques

Ecolo contraint de jouer en défense

Les coulisses du pouvoir

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20 juin 2022 à 07:15 - mise à jour 20 juin 2022 à 11:10Temps de lecture2 min
Par Bertrand Henne

La Belgique s’engage à doubler son budget défense d’ici 2035. Ecolo qui s’y est longtemps opposé est contraint de manger son pain vert. Même si les écologistes ont pu imposer une série de conditions, ils sont, comme en Allemagne, contraints de tourner le dos à leur passé pacifiste et anti-atlantiste.

L’armée est de retour

L’armée, cette mal aimée, cette variable d’ajustement des budgets est de retour. Elle est de retour parce que la guerre est de retour en Europe. Tous les États européens se réarment, parfois dans une certaine panique, comme en Allemagne. Le budget de la défense va passer de quelque 1.1% du PIB (soit 4.2 milliards d’euros par an) a près de 2% près de 8 milliards. La moitié de ce réinvestissement était déjà actée avant la guerre, via le plan "Star" décidé par la Vivaldi dans son accord de gouvernement.

Puis, la guerre en Ukraine a forcé le gouvernement à gonfler l’enveloppe une première fois en mars. Ce week-end la deuxième rallonge concerne la période de 2030 à 2035. Pour la Belgique et pour l’Europe il y a un momentum géostratégique. Un conseil européen le 23 où il faudra se prononcer sur la candidature de l’Ukraine à l’Union Européenne, et un sommet de l’Otan le 29. Pour la Belgique c’est donc une question de crédibilité et de solidarité avec ses alliés.

Un engagement peu engagé

Dans la lettre que l’ambassadeur Belge à l’OTAN va remettre aux alliés, la Belgique affiche son “intention d’aller vers les 2% du PIB” en 2035. Une intention c’est déjà ce qu’avait affiché la Belgique sous Elio di Rupo en 2014. C’est ce qu’ont très vite souligné les Verts. C’est donc leur tour de déshabiller sur twitter un accord dont l’encre n’était pas encore sèche. “C’est une redite de l’intention d’avancer dans la direction d’un réinvestissement. La loi de programmation militaire n’ira pas au-delà du 1,54% du PIB en 2030.

D’après Ecolo la Vivaldi aurait donc ripoliné la façade, mais guère plus. Les verts insistent beaucoup sur les 6 conditions qui accompagnent cette intention. Parmi celles-ci : l’engagement que les moyens de la transition ne soient pas affectés, des retombées économiques plus importantes, une intégration européenne plus poussée.

Est-ce que cet accord est donc vide comme le sous-entendent les verts ? Il est évident que cet accord contient de nombreuses portes de sorties. Si le contexte géostratégique change, il n’est pas du tout certain que ces 2% soient confirmés. Les écologistes insistent beaucoup là-dessus depuis deux jours : pas de chèque en Blanc.

Ecolo et le principe de réalité

Le chèque ne sera pas blanc mais il sera malgré tout très salé. Quoique disent les verts les milliards d’euros dépensés dans notre défense ne pourront être consacrés à d’autres politiques, quelles soient sociales ou environnementales. Les verts sont contraints de tourner le dos à leur pacifisme fondateur. A la manière des verts allemands, ils ont accepté l’injonction de l’OTAN, une injonction qu’ils combattaient farouchement depuis des décennies. La rapidité des verts à réduire la portée de cet accord cache mal le tournant qu’ils ont pris en quelques semaines. Après la prolongation du nucléaire, Ecolo vient de tourner le dos à un deuxième pilier fondateur de son histoire : le pacifisme hérité de mai 1968, des luttes du Larzac et de la crise des Euromissiles des années 80.

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