Belgique

E-commerce : "la spécialité belge c’est de se mettre la tête dans le sable"

La question du jour

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08 févr. 2022 à 18:05Temps de lecture2 min
Par Arnaud Ruyssen

Quelle doit être l’attitude de la Belgique face à l’e-commerce ? Le dilemme est cruel. Accepter de rentrer dans le jeu des géants de l’e-commerce et détricoter nos protections sociales pour faciliter la création d’emplois de mauvaise qualité ? Ou alors refuser de revoir nos modèles d’organisation et se voir inondés de produits qui viennent concurrencer nos commerces, tout en générant de l’emploi et de l’activité économique de l’autre côté de nos frontières ?

Pour l’économiste Nicolas Van Zeebroeck, professeur à la Solvay Brussels School : "la spécialité belge en matière d’économie numérique, c’est de ne pas se prononcer… d’attendre et de voir ce qui se passe. C’était déjà le cas avec Uber à Bruxelles où l’on s’est mis la tête dans le sable et avec l’e-commerce c’est pareil : on n’a pas voulu légiférer sur ces questions, on a laissé les acteurs se débrouiller dans le cadre de la concertation sociale et le résultat c’est que les grandes plateformes d’e-commerce ont été s’installer chez nos voisins. Du coup on perd nos emplois locaux dans les petits commerces de proximité et on ne gagne pas non plus les jobs de l’e-commerce."

Mais est-il pour autant possible de construire un modèle vertueux de développement de l’e-commerce chez nous ? Pour Nicolas Van Zeebroeck "il y a peut-être une voie médiane qui proposerait aux acteurs de l’e-commerce un modèle économiquement rentable mais qui soit plus respectueux de l’environnement, qui protège mieux le travailleur et qui, du coup, permet aux entreprises de garder leurs travailleurs sur le long terme, d’éviter les burn-out… Il faut oser être innovant et pionnier en la matière et construire une vraie politique en la matière au niveau fédéral".

Un choix de société

Derrière cela, il y a un vrai débat de société. Le consommateur veut-il absolument recevoir son colis dans les 24 heures ? (ce qui implique le travail de nuit) ou bien est-il prêt à accepter un délai de 48 ou 72 heures ? Veut-il que ce colis arrive directement chez lui ? Ou bien est-il prêt à aller jusqu’à des points relais pour le récupérer ? (ce qui a des conséquences sur le nombre de camionnettes sur les routes).

Au-delà de l’idée un peu anachronique et irréaliste d’un pays sans e-commerce, il y avait sans doute, chez Paul Magnette, l’idée de jeter un pavé dans la mare pour alimenter ce débat-là.

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