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Les éclaireurs

Dysosmobacter welbionis : la bactérie qui ne sent pas bon !

02 oct. 2021 à 16:00Temps de lecture5 min
Par Fabienne Vande Meerssche / Sarah Poucet

Ce samedi 2 octobre 2021, Fabienne Vande Meerssche (@fvandemeerssche) reçoit dans LES ÉCLAIREURS : Patrice Cani, directeur de recherches FNRS, chercheur WELBIO, Docteur en Sciences biomédicales – physiologie et nutrition, Laboratoire Métabolisme & Nutrition UCLouvain/Louvain Drug Research Institute, Vinciane Gaussin, Directrice générale de WELBIOEmilie Moens de Hase, doctorante WELBIO à l’UCLouvain/Louvain Drug Researche Institute.

DIFFUSION : samedi 2 octobre 2021 à 17h08’

REDIFFUSION : dimanche 3 octobre 2021 à 23h08’

La découverte

L’équipe de chercheur.e.s dirigée par  Patrice Cani, au Laboratoire Métabolisme et Nutrition, au Louvain Drug Research Institute (LDRI), a découvert une nouvelle bactérie dans l'intestin, et lui a donné un nom : Dysosmobacter welbionis.  "Welbionis " fait référence à WELBIO,  l’organisme wallon qui a soutenu cette recherche ; " Dysosmo " (qui sent mauvais, en grec) et bacter (bactérie), soit littéralement " la bactérie qui ne sent pas bon " ! En effet, lors de sa culture, cette nouvelle bactérie dégage une odeur particulière. Mais son intérêt pour la santé humaine dépasse largement ce désagrément : en effet, Dysosmobacter welbionis a le potentiel d'agir de façon positive sur l’obésité, le diabète de type 2, l’inflammation (et sur les troubles cardio-vasculaires corrélés au surpoids et au diabète) !  

UCLouvain

Cette bactérie, présente chez 70% de la population, est pratiquement inexistante chez les personnes obèses ou souffrant d’un diabète de type 2. Tiphaine Le Roy et Emilie Moens de Hase ont étudié l’action de Dysosmobacter welbionis dans et sur l’organisme. Les souris traitées avec D. welbionis sont partiellement protégées contre l’obésité ; elles présentent une glycémie et une tolérance au glucose améliorées (et une plus faible résistance à l’insuline).

Les travaux de Tiphaine Le Roy et Emilie Moens de Hase montrent que D. welbionis augmente le nombre de mitochondries (qui, dans les cellules, brûlent les graisses) diminuant ainsi la masse grasse, le poids, le taux de sucre dans le sang, et possède des effets anti-inflammatoires importants. Elle produit aussi du butyrate, une molécule notamment connue pour diminuer les risques de cancer du côlon. Les effets potentiels de cette bactérie dépassent largement le champ des maladies métaboliques et ouvrent des perspectives pour la lutte contre d’autres maladies, notamment les cancers.

Ces effets positifs sur la santé ne sont pas sans rappeler certains bienfaits d'Akkermansia muciniphila. L’équipe de Patrice Cani, au Louvain Drug Research Institute (LDRI) va donc tenter, chez la souris, de combiner les deux bactéries pour déterminer si leurs effets sur l’organisme s’en voient augmentés. 

Pour en savoir davantage, consultez ici l’article issu de la découverte de la Dysosmobacter welbionis publié dans le journal scientifique Gut, spécialisé en gastro-entérologie.

Découvrez en vidéo les différentes étapes de ce projet de recherche

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Patrice Cani

Patrice Cani

Patrice Cani est directeur de recherches FNRS- depuis le 1er octobre 2021- et chercheur WELBIO. Il enseigne à la Faculté des Sciences biomédicales et Pharmaceutiques de l’UCLouvain ainsi qu’à l’Imperial College of London et est professeur invité à l’Université Paul Sabatier de Toulouse.  

Détenteur d’un graduat en Diététique, d’un master en Sciences Biomédicales (Nutrition humaine) et d’un DEA en Sciences de la santé, il est Docteur en Sciences Biomédicales (2005).  Patrice Cani dirige une équipe de recherche en Métabolisme et Nutrition, au Louvain Drug Research Institute (LDRI). Ses principaux domaines de recherche portent sur l’influence des bactéries intestinales sur l’obésité, le diabète de type 2, les troubles cardio-métaboliques et le cancer.

Patrice Cani est membre de l’Académie royale de Belgique et de l’Académie royale de médecine de Belgique. Il est aussi membre fondateur de la Belgian Nutrition Society. Ses nombreux travaux et articles ont obtenu plusieurs prix et sont régulièrement cités. Il fait partie des " Highly cited researchers ", un groupe de chercheurs reconnus pour leurs performances de recherches et les nombreuses citations de leurs travaux partout dans le monde.

Lors d’une précédente recherche, Patrice Cani a découvert une bactérie intestinale aux propriétés intéressantes : Akkermansia muciniphila. Elle renforce notamment la barrière intestinale et diminue le gain de poids. Après des années d’étude, cette bactérie va désormais être commercialisée puisque l’Autorité européenne de sécurité des aliments a récemment donné son accord pour la mise sur le marché du produit. Ce complément alimentaire sera proposé en 2022 par la société A-mansia Biotech dont Patrice Cani est le co-fondateur et conseiller scientifique.

Vinciane Gaussin

Vinciane Gaussin

Vinciane Gaussin est directrice générale de WELBIO, l’organisme wallon de soutien à la recherche fondamentale dans les sciences de la vie. Bio-ingénieure de formation, Vinciane Gaussin a obtenu un doctorat en Biochimie à l’UCLouvain et a réalisé un post-doctorat au Baylor College of Medicine (Houston-Texas, USA). Elle allie une compétence et une expérience en sciences du vivant dans l’académique, start up et biotech, tant en Belgique qu’aux Etats-Unis.

Consultez le profil Linkedin de Vinciane Gaussin en cliquant ici.

Vinciane Gaussin a été la première directrice de WELBIO (Walloon Excellence in Life Sciences and BIOtechnology) de 2010 à 2015 et est de retour à la Direction générale depuis mars 2021 après plusieurs années passées dans une biotech en Californie. La mission de WELBIO est de soutenir des projets de très haut niveau en recherche fondamentale et d’en valoriser les résultats en applications industrielles. Depuis sa création, WELBIO a déjà soutenu 65 projets de recherche, dont 28 programmes dans des thématiques de santé sont en cours. Les domaines soutenus incluent l’oncologie, l’immunologie & inflammation, les maladies cardio-métaboliques, les neurosciences et la microbiologie & les maladies infectieuses. Trois spin-offs ont été créées en région wallonne, ainsi que plusieurs partenariats industriels.

Pour consulter le rapport annuel 2020, cliquez ici.

WELBIO est intégré au Fonds de la Recherche Fondamentale Stratégique (FRFS), un Fonds associé au FNRS. Les projets en cours sont portés par des chercheurs confirmés, par des chercheurs en début de carrière ou encore par des chercheurs dont le premier projet soutenu par le WELBIO a mené à une valorisation intéressante.

Emilie Moens de Hase

Emilie Moens de Hase

Emilie Moens de Hase est doctorante au Louvain Drug Research Institute (LDRI). Formée en Biochimie, Biologie moléculaire et cellulaire, elle s’est spécialisée en Biotechnologie à l’UCLouvain. Elle a rejoint l’équipe de Patrice Cani fin 2019.

Sa thèse de doctorat s’inscrit dans la continuité du travail de la Dr Tiphaine Le Roy. Celle-ci étudiait depuis trois ans la bactérie D. welbionis et a révélé ses effets bénéfiques au cours de l’obésité et du diabète. Le travail d’Emilie Moens de Hase a permis de confirmer les effets de Dysosmobacter welbionis sur le diabète et l’obésité mais aussi de montrer que si la bactérie n’était pas vivante, elle n’était plus active sur la santé. Cette avancée suggère que la nouvelle bactérie produit des substances intéressantes qui servent de signaux. Précisons que l’équipe a déjà démontré que Akkermansia muciniphila, une autre bactérie intestinale découverte par Patrice Cani, est active sur la santé lorsqu’elle est pasteurisée. Emilie Moens de Hase poursuit sa thèse sur ces aspects de métabolites de la bactérie.

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