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D’une ado révoltée à la révolte de la jeunesse : retour sur le phénomène Greta Thunberg

Fridays For Future Holds Large Scale Climate Strike March
08 nov. 2021 à 15:546 min
Par Johanna Bouquet

S’il y a un visage mondialement connu du mouvement des jeunes pour le climat c’est bien celui de Greta Thunberg. Elle a commencé à protester contre l’inaction face au changement climatique seule. Rien qu’elle et une pancarte. Au final, ce sont des centaines de milliers de jeunes qui ont marché pour le climat à travers le monde, mettant ainsi les dirigeants face à leurs responsabilités.

Cette semaine encore, la jeune activiste est à Glasgow à la COP26 et hurle aux leaders politiques de faire autre chose que du "blablabla". Mais comment expliquer le phénomène Greta Thunberg ? Retour sur la naissance du soulèvement d’une jeunesse.

Me, myself et ma pancarte

Il ne faut pas toujours une armée pour s’engager dans une guerre. En tout cas, pas nécessairement quand on s’appelle Greta Thunberg. La jeune suédoise a 15 ans quand elle décide de se rendre devant le parlement de son pays avec comme seule arme ça pancarte sur laquelle est inscrit "grève scolaire pour le climat".

On est à la fin du mois d’août en 2018, ce jour-là c’est le jour de la rentrée scolaire. Greta Thunberg indique qu’elle n’ira pas à l’école jusqu’aux prochaines élections prévues en septembre. Cet été-là, la Suède a dû faire face à une forte canicule et aux feux de forêts les plus importants de son histoire.

L’image de cette jeune fille, seule mais déterminée s’imprime dans les esprits. Les médias internationaux s’emparent de cette histoire mais de là à pressentir que nous sommes à l’aube d’un phénomène, on n’y est pas encore.

Climate Demonstration In Lausanne

Pourtant, il y a des signes qui ne trompent pas. Devant le parlement suédois, ils seront bientôt des centaines, puis des milliers à se joindre à Greta Thunberg. Quand sonne la reprise des cours, il n’est pas question d’en rester là pour la jeune activiste.

La "grève scolaire pour le climat" va bel et bien continuer avec le mouvement "Fridays for future". L’idée ? Faire l’école buissonnière tous les vendredis pour manifester dans les rues en faveur du climat et demander inlassablement aux leaders politiques de cesser l’inaction. Le mouvement prend et s’étend à travers le monde : en Belgique mais aussi en France, à Chypre, en Angleterre ou même encore en Australie, des milliers de jeunes brossent les cours et manifestent.

Les jeunes ont peur pour leur avenir et comptent bien le faire savoir.

Le mouvement a un retentissement médiatique international. Le phénomène Greta Thunberg est lancé. Trois ans après cette première démonstration, la jeunesse est toujours dans la rue et exige toujours que les politiques se mettent à l’action. A Bruxelles, par exemple, il y a quelques semaines, près de 40.000 personnes défilaient pour le climat.

Et au lancement de la COP26, le 31 octobre dernier, ils étaient encore nombreux à marcher, marcher et encore marcher dans la capitale européenne. Parmi les jeunes que nous avons rencontrés sur place, ils sont nombreux à nous avoir confié que leur engagement remonte justement à cette période de 2018-2019, lorsque les marches pour le climat ont fait défiler les kilomètres sur la planète.

Ces marches, elles ne feront que s’étendre partout dans le monde, jusqu’à ce que la crise du coronavirus qui mettra sur pause les marches des Fridays for Future. Si certains croyaient que la jeunesse était désabusée, ils sont forcés de se rendre compte qu’elle est bien réveillée. Comme l’écrit le prestigieux Time Magazine "à cause d’elle, des centaines de milliers jeunes "Greta", du Liban au Libéria, ont brossé les cours pour conduire leurs pairs à des protestations pour le climat".

Parler cru, parler vrai, parler clair

C’est l’un des autres aspects qui peuvent expliquer le phénomène ou l'"effet' Greta Thunberg. Elle s’exprime clairement, se base sur des faits et n’use pas de fioritures. Les mots choisis sont simples, crus et mettent directement ceux à qui elle s’adresse – les politiques – en porte à faux. C’est d’ailleurs l’un des éléments qui est le plus souvent souligné quand on se demande comment Greta Thunberg est devenue LA figure d’une jeunesse révoltée.

D’ailleurs, au cours de l’année 2019, alors que les "Fridays for future" se poursuivent, elle rencontre nombre de dirigeants politiques et prononce de nombreux discours qui sont encore aujourd’hui dans la mémoire collective.

C’est le cas notamment en septembre 2019, à peine plus d’un an avant le début de sa protestation solitaire. À l’occasion du Climate Action Summit à New York, elle est invitée à prendre la parole à l’ONU. Son arrivée est très attendue, son voyage sera scruté par les médias. Il se passe en bateau et dure 15 jours. A l’époque, c’est Donald Trump qui est à la tête des Etats-Unis. A peine le pied posé sur le sol américain, elle lui adresse un conseil : "Mon message pour lui c’est juste d’écouter la science, ce qu’il ne fait pas de toute évidence", rappelle le New Tork Times.

Vous avez volé mon enfance et mes rêves avec vos mots vides

Devant l’ONU, elle utilise des mots d’une simplicité redoutable elle demande aux dirigeants : "How dare you ?" (Comment osez-vous ? en français, ndlr).

"Vous avez volé mon enfance et mes rêves avec vos mots vides. Et encore, je fais partie des personnes chanceuses. Les gens souffrent, les gens meurent. L’ensemble de l’écosystème est en train de s’effondrer. Nous sommes au début d’une extinction de masse et la seule chose dont vous parlez c’est d’argent et de l’éternel conte de fées de la croissance économique. Mais comment osez-vous ?"

Sans user de phrases complexes, sans se perdre en analyse de données scientifiques tout en restant très factuelle, c’est là un des secrets de la méthode de Greta que la jeune activiste ne cesse de reproduire à chacune de ses prises de parole.

Et si Greta avait des "superpouvoirs" ?

Et bien peut-être que oui. Greta Thunberg est diagnostiquée autiste Asperger. Une différence qui confère un superpouvoir estime l’activiste. Sur Twitter, elle avait expliqué : "J’ai Asperger et cela signifie que parfois je suis quelque peu différente de la norme. Et — compte tenu des circonstances – être différente, c’est un superpouvoir".

Comme le rappelle le Guardian, Greta Thunberg explique qu’au début elle cachait le fait d’être sur le spectre autistique. Pourquoi ? Parce que, selon elle, "de nombreuses personnes ignorantes continuent de percevoir ce syndrome comme une maladie".

Concrètement comment cela matérialise et en quoi est-ce un point fort ? Les personnes ayant ce syndrome ont des difficultés à interagir socialement et ne perçoivent pas nécessairement les comportements sociaux des gens. Parallèlement, comme l’explique Tony Attwood, expert sur ce syndrome cité par le Guardian, les personnes qui ont Asperger ont cette tendance à parler très directement, sans prendre de gants. Ils ont également un sens aigu "de la justice sociale".

Et, c’est exactement l’atout majeur qui ressort de ces prises de paroles, comme l’expliquent de nombreux experts.

La Greta mania

Depuis le concours d’écriture sur le climat qu’elle a remporté en Suède à l’âge de 15 ans Greta Thunberg est devenue aujourd’hui LA figure de la lutte contre le réchauffement climatique. C’est même carrément une icône. Si elle a débuté son action seule devant le Parlement suédois, aujourd’hui l’engouement médiatique autour de la jeune fille de 18 ans est impressionnant. Chacune de ses prises de parole est scrutée, décortiquée.

Mais il n’y a pas que les médias, le film I am Greta, sorti en octobre 2020 retrace son parcours depuis ses débuts. En 2019, le prestigieux Time magazine nommait Greta Thunberg personnalité de l’année. Aujourd’hui, on ne compte plus les costumes d’Halloween, les images, les memes et autres tweets, vidéos, reportages qui parlent de Greta Thunberg. Différentes fresques murales dans le monde ont été réalisées à son effigie à Bristol ou encore à San Fransisco. Elle a même une statue au sein de l’Université de Westminster en Angleterre.

Bref, personne ne semble pouvoir échapper à la Greta Mania. D’ailleurs, impossible d’ignorer sa présence à la COP26 où sa venue à déclencher un immense engouement. Lorsqu’elle y a pris le micro c’était pour affirmer que ce Sommet sur le climat était un échec et que les politiques n’étaient bons qu’à du "blabla". Si elle n’était pas invitée à s’exprimer au sein de la conférence, telle une "rockstar" comme la qualifie le Washington post elle n’a pas eu besoin d’invitation pour prendre le micro.

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