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Duel inédit en Hongrie: quel candidat d’opposition pour croiser le fer avec Viktor Orban ?

Viktor Orban, Peter Marki-Zay et Klára Dobrev
10 oct. 2021 à 10:02Temps de lecture3 min
Par Jean-François Herbecq

C’est une première absolue et rocambolesque pour la politique hongroise. L’opposition pour une fois unie contre Viktor Orban désigne celui ou celle qui va affronter le Premier ministre souverainiste aux législatives de l’an prochain. Ces primaires d’opposition se déroulent en deux tours : le premier, émaillé de retards dus à d’étranges incidents informatiques et le mauvais score du favori, l’écologiste Gergely Karácsony, et le second débutant ce dimanche.

Le nom du candidat de l’opposition sera connu le 17 octobre. Restent en lice deux prétendants. Tout d’abord un candidat indépendant conservateur économiste de formation sans beaucoup d’expérience politique : Peter Marki-Zay, sans doute le mieux placé pour battre Viktor Orban en raison de sa popularité surtout en province et dans les milieux de droite. Face à lui, une fervente europhile de centre gauche : Klára Dobrev, qui dispose d’un solide appareil politique de sa Coalition démocratique mais qui part avec un sérieux handicap en la personne de son époux, ancien Premier ministre socialiste qui fait figure d’épouvantail en raison de son bilan catastrophique.

L’un des deux affrontera donc Viktor Orban en avril 2022. Portraits de ces challengers avec leurs points forts et les points faibles.

Une eurodéputée expérimentée, mais avec un boulet

Klara Dobrev, 49 ans, est issue du principal parti d’opposition, Coalition démocratique (DK). Elle a le soutien du petit parti libéral. Elle a créé la surprise au premier tour de ces primaires en arrivant largement en tête avec 35% des voix.

Klara Dobrev en conférence de presse

Cette sociale-démocrate, si elle réussit son pari, sera la première femme à diriger la Hongrie. Elle présente un profil crédible comme gouvernante. Son expérience politique est réelle : élue au Parlement européen, dont elle est l’une des vice-présidentes depuis 2019, elle a aussi fait partie du gouvernement hongrois dans les années 2000.

Née à Sofia d’un père bulgare, elle parle la langue de ce pays, le russe, l’anglais et l’allemand. Avocate de profession, elle est proeuropéenne et salue la liberté d’expression dont elle jouit à Bruxelles, tandis que les médias pro gouvernementaux hongrois ne l’ont jamais invitée à débattre.

Son point faible, c’est sa popularité : elle est mariée à l’ex-Premier ministre Ferenc Gyurcsany, devenu une personnalité clivante en Hongrie après un scandale en 2006. Il avait menti, et surtout reconnu par inadvertance ce mensonge, sur l’état réel de l’économie du pays. Un micro reste branché avait permis de diffuser ses propos en a fait la cible régulière des attaques du camp Orban… Cette alliance, toute privée soit elle, est régulièrement utilisée contre elle pour la discréditer comme marionnette de l’ancien Premier ministre. 

Parmi ses propositions, Klara Dobrev souhaite réécrire la Constitution, que Viktor Orban a profondément modifiée à son avantage ces dernières années.

La surprise : un conservateur rassembleur mais hors parti

L’outsider total se nomme Péter Márki-Zay. Candidat indépendant, il ne peut s’appuyer sur l’appareil d’un parti mais il a l’ambition chevillée au corps. Au premier tour, personne ne croyait dans ses chances de passer au second. Mais il a fait mieux que le candidat du Jobbik, l’ancienne extrême droite qui s’est recentrée : il décroche une solide troisième place. De plus il bénéficie à présent de l’appui du petit parti d’opposition Momentum, à l’électorat jeune et urbain et, surtout ce vendredi, du désistement surprise du second, pourtant favori, le maire écologiste de Budapest Gergely Karácsony.

Le maire de Budapest Gergely Karacsony adoube Peter Marki-Zay

Egalement âgé de 49 ans, Péter Márki-Zay a ravi la mairie de sa ville natale de Hodmezovasarhely en 2018, bastion pendant des décennies du parti au pouvoir Fidesz. Il présente un profil conservateur, catholique pratiquant, père de 7 enfants, ancré dans la province, susceptible d’attirer les voix des électeurs du Jobbik : bref il est rassembleur tant à gauche que dans le terreau conservateur acquis en général à Viktor Orban.

Lui qui se disait prêt à se désister en faveur du maire de Budapest, bénéficie à présent de l’appui de Gergely Karacsony.

Ancien partisan d’Orban, Péter Marki-Zay a vécu cinq ans aux Etats-Unis et au Canada, et dit s’être détourné du Fidesz en raison de son autoritarisme et de la corruption.

Mais son irruption surprise dans ces primaires se déroule sans appui financier ni soutien de l’appareil d’un parti, ce qui ne l’a pas empêché de réunir 20% des suffrages au premier tour.

L’homme se voit aussi reprocher certaines déclarations à l’emporte-pièce comparables à la rhétorique d’un Trump ou d’un Bolsonaro. La presse hongroise rapporte ce florilège étonnant dans lequel il promet la prison à ses adversaires du Fidesz, prône le rétablissement de la milice interdite de l’extrême droite, ou la grève jusqu’au boutiste… sans parler des dérapages sexistes, anti-gays, ainsi que ses sorties en faveur d’une éducation stricte à base de châtiments corporels.

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