Bientôt à table

Du terroir avec du bon goût dedans: farines et huiles "made in Manhay"

04 déc. 2021 à 13:35Temps de lecture4 min
Par Sophie Moens

Le Moulin de Lafosse

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Le Moulin à eau d'Odeigne

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En ces temps moroses, que diriez-vous d’une jolie balade gourmande dans nos terroirs ? Cap sur la Province de Luxembourg à Manhay. Amateurs de farines et d’huiles locales, préparez les papilles ! Découverte en compagnie de Marianne Périlleux du magazine les "Ambassadeurs" au micro de "Bientôt à Table !"

Plantons le décor : Manhay, au cœur de la haute Ardenne, au nord de la province de Luxembourg, à une heure à peine de Bruxelles ! 7000 hectares de forêts vous y attendent pour une halte gourmande, mais pas que, puisque cette région se targue d’être un véritable " paradis vert " : les sportifs par exemple (vététistes et randonneurs) y trouvent des terrains de jeux formidables, les familles aussi, grâce au parc Chlorophylle situé à Dochamps, l’un des villages de la commune, il s’agit d’un parc alliant le côté ludique et récréatif des parcs en pleine nature à une approche didactique et même artistique. Mais revenons à nos moutons, ou plutôt, à nos moulins, car il y en a plusieurs, des moulins à eau actionnés par le flux d’un cours d’eau : l’Aisne, affluent de l’Ourthe, à commencer par le Moulin de Lafosse situé sur la bien nommée Route du Moulin de Lafosse à Manhay…

Un vénérable moulin…

"En réalité, explique Marianne, il n’est pas si vieux que cela, il date de 1925, même si on sait qu’il y avait au même emplacement un moulin beaucoup plus ancien, on en signale l’existence dès le 14e siècle." Moulin qui sera plusieurs fois détruit et reconstruit au fil du temps pour disparaître complètement, ravagé par un incendie. Le renouveau du Moulin de Lafosse est intimement lié à la passion de deux hommes. Joseph Hubert, tout d’abord, né en 1867, originaire de Lamormenil, c’est donc un enfant du pays, véritable meunier d’exception, qui mettra toute son ingéniosité et son talent au service du moulin ; suite à l’incendie, il le rénove avec une structure de poutres d’acier et de béton coffré – nouveauté de l’époque !- et d’un système de rails courbes, fixés au plafond, pour soulever les meules en cas de besoin (il faut en effet parfois les nettoyer pour leur donner plus de mordant et donc produire une meilleure mouture). Ce mécanisme en fait un moulin tout à fait particulier. Le second, dans une époque plus proche de nous, c’est Olivier Meessen, ingénieur industriel de formation, qui a repris le moulin en 2016 avec sa petite famille pour y produire farines et huiles, c’est d’ailleurs par la production d’huiles végétales qu’il a relancé l’activité du moulin qui cessa ses activités de meunerie dans les années 50.

De la bonne huile locale première pression à froid !

Vous l’imaginez, point d’oliviers dans notre province du Luxembourg mais des fleurs de colza (dont on reconnaît d’ailleurs) les champs jaune vif à la belle saison. "L’huile de colza, qui est un oléagineux local, c’est le produit phare du Moulin de Lafosse, précise Marianne, mais il y en a aussi deux autres, c’est l’huile de cameline et l’huile de chanvre : car oui, on peut faire de l’huile alimentaire avec le chanvre ! La cameline, elle, qui est de la même famille que le colza, les brassicacées, est une plante plus ancienne, oubliée même, cultivée pourtant depuis 3000 ans en Europe. Particularité de ces huiles végétales moins connues : elles sont riches en Oméga 3 et en Oméga 6, l’huile de cameline en particulier est excellente pour la santé, protégeant des maladies cardiovasculaires. Sur le plan gustatif, elle est forte au premier abord, mais en réalité d’une belle rondeur dans un second temps, elle vous fera penser à l’asperge, à l’amande aussi. L’huile de chanvre, elle, de couleur vert foncé, évoque plutôt la noisette et l’herbe fraîchement coupée ! Qu’ont-elles en commun ces deux huiles ? "De devoir être utilisées à froid, insiste Marianne, elles vont agrémenter à merveille vos salades, vos plats de légumes, mais ne résistant pas à la chaleur, elles ne conviennent pas pour la cuisson, sauf si vous les versez au dernier moment, lors du dressage, sur une préparation tiède ou chaude !" Des huiles pressées à froid par une presse à huile moderne, mais la roue du moulin y est pour quelque chose, puisqu’elle produit de l’électricité, et c’est cette électricité qui fait fonctionner la petite presse à huile. Depuis 2019, en plus des huiles végétales, et cette fois avec les meules du moulin, le Moulin de Lafosse produit aussi des farines de froment, d’épeautre et de sarrasin, les graines étant fournies par des agriculteurs locaux et bio. Un moulin qui se visite sur demande et qui est libre d’accès, pour la vente directe des huiles et farines, tous les vendredis.

De la farine vous en voulez encore ? Filez au moulin d’Odeigne !

Là aussi, c’est une belle histoire, puisque ce très ancien moulin, vieux de 500 ans lui, a été repris il y a cinq ans par une jeune Bruxelloise Fanny Dumont et son compagnon. Plus qu’une reprise d’activité, la jeune femme y a même créé une Fondation : la Ferme artistique, une fondation privée créée – à la fois- pour sauvegarder le moulin à farine actif depuis le 15e siècle, et pour en faire un lieu vivant axé sur la paysannerie, l’artisanat et l’art du spectacle, puisque Fanny, passionnée de voltige acrobatique, donne aussi dans le hangar du moulin des cours de trapèze volant (sur réservations) ! C’est avec Odon, le précédent meunier, que Fanny a tout appris. Le Moulin d’Odeigne raconte donc aussi l’histoire d’une transmission, celle d’un savoir-faire ancestral, transmis de génération en génération, pour produire aujourd’hui divers types de farines artisanales de froment, épeautre, seigle, sarrasin, blé ancien et petit épeautre, avec des projets plein la tête : celui de continuer à restaurer le moulin (ils ont d’ailleurs lancé dans ce sens un crowdfunding au printemps dernier qui leur a apporté quelque 35.000 euros, preuve que le moulin fédère aussi toute une communauté autour de lui) et surtout, de lancer un atelier de boulangerie avec un autre partenaire, Axel Colin, artisan boulanger ! A savoir aussi que le Moulin d’Odeigne propose des journées d’initiation à la boulangerie et au levain une fois par mois et que la vente directe vous est proposée les mercredis, jeudi et samedis.

Ne manquez donc pas Les Ambassadeurs tous les samedis 13h35, sur la Une !

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