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Droit de suite : pourquoi la crise au Yémen ne mobilise-t-elle pas les occidentaux ?

Droit de suite

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16 août 2022 à 07:03 - mise à jour 16 août 2022 à 12:24Temps de lecture2 min
Par A.T. sur base d'une interview de Waoub Fayoumi

La population yéménite paie le prix fort d’un conflit qui dure depuis 7 ans. Plus de 400.000 ont été tuées et près de 80% de la population est en situation de quasi-famine. Malgré cette situation alarmante, les médias occidentaux évoquent très peu ce conflit. Comment expliquer ce désintérêt ? François Burgat, chercheur émérite au CNRS, analyse.

Depuis avril, une trêve est en cours au Yémen entre les forces loyalistes soutenues par l’Arabie saoudite et les rebelles houthis au nord, proches de l’Iran.

François Burgat, chercheur émérite au CNRS et ancien directeur du centre d’archéologie et sciences sociales de Sanaa, explique dans l’émission Droit de suite : " Cette trêve est une bonne nouvelle, mais il ne faut pas masquer le fait que cette trêve n’a pas mis un terme à ce qui est peut-être la forme la plus violente du conflit au Yémen qui est l’embargo aérien, maritime et terrestre contre toute la partie détenue par les Houthis. "

Avant de nuancer : " Néanmoins, l’arrêt des combats au sol dans le sanctuaire de Mahret qui est restée aux mains du gouvernement et qui est l’endroit où on produit le pétrole, et ça, ce n’est pas rien. Ça ne permet pas à la jambe politique de la crise de faire véritablement un pas vers une porte de sortie. Pour l’instant, on ne l’entrevoit pas. "

Soutien des occidentaux

Les Emiratis sont soutenus par les occidentaux en raison du clientélisme, poursuit François Burgat : " Les monarchies pétrolières sont d’excellents clients des industries notamment en armement. Mais surtout : la guerre au Yémen est labellisée chez les occidentaux comme une guerre anti-iranienne. Donc, le consensus qui permet à la crise de durer, c’est le consensus qui permet à la coalition de continuer à assoiffer et affamer le Yémen. Elle prend appui sur le front qui veut affaiblir l’Iran."

Plus les conflits durent, plus les problèmes s’enlisent ", ajoute Monia Belkhir, responsable terrain chez MSF, " La pauvreté de la population est flagrante. La monnaie a perdu 70% de sa valeur depuis le début du conflit. Le prix des denrées augmente. Au niveau des infrastructures, c’est une catastrophe. "

Pourquoi la crise au Yémen ne mobilise-t-elle ni les opinions publiques, ni les gouvernements occidentaux ? "La réponse souligne le cynisme extrême des occidentaux et du reste du monde. Les Yéménites ont la politesse de mourir en silence dans leur montagne, ils n’alimentent pas de politiques migratoires. Les Européens n’ont pas peur de la crise yéménite : ils n’ont pas peur de se faire envahir par les Yéménites", conclut François Burgat.

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