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Droit à l'avortement : en Italie, la région du Piémont va verser 400.000€ à des associations pro-vie

Une manifestation du groupe "Non una di meno" à Turin, en Italie, le 1er juin 2021.

© AFP

19 oct. 2022 à 14:08Temps de lecture4 min
Par Caroline Bordecq, correspondante en Italie pour Les Grenades

Dissuader les femmes d’interrompre leur grossesse en leur offrant un soutien financier, c’est l’objectif de la région du Piémont, en Italie du Nord. Pour cela, 400.000€ de fonds publics seront versés à des associations pro-vie (qui se désignent elles-mêmes de cette façon et qui défendent le droit à la vie dès la conception, qui s’opposent donc à l’avortement).

L'objectif est d’accompagner les femmes dans leur décision et organiser le soutien économique, pendant 18 mois, de celles ayant renoncé à avorter. Ce soutien pourra passer par une aide pour payer le loyer, des factures ou encore des produits pour le bébé. Une mesure portée par le conseiller régional Maurizio Marrone, membre du parti de droite radicale Fratelli d’Italia mené par Giorgia Meloni, qui devrait bientôt être nommée Première ministre italienne.

"D’un point de vue culturel, le fait que la région préfère la naissance à l’interruption de grossesse, c’est un message important", se réjouit Claudio Larocca, président de la branche piémontaise de l’association pro-vie Mouvement pour la vie qui pourra bénéficier de cette subvention. Mais dans la pratique, "cela ne changera pas grand-chose", explique-t-il.

En effet, depuis 1994 l’association propose déjà ce type d’accompagnement pour les femmes qui renoncent à l’avortement. La différence étant que jusqu’à présent elle ne pouvait compter que sur des fonds privés.

"Une fausse bonté patriarcale"

Pour le collectif turinois Più di 194 voci, un réseau rassemblant une quarantaine d’associations pour la défense du droit à l’IVG, il s’agit d’"une fausse bonté patriarcale. [...] Cette mesure construit une structure [...], constituée à 99% d’associations intégristes anti-avortement, à côté d'institutions publiques dévaluées et non-soutenues par un renforcement de personnel. En outre, 10% du fonds sera consacré à la publicité du fonds lui-même, et les associations anti-avortement pourront utiliser le logo de la région sans aucun contrôle", peut-on lire sur Facebook.

A quelques kilomètres de Turin, à Alexandrie, Silvia Bello, une activiste du collectif féministe Non Una Di Meno, regrette également que cet argent ne soit pas plutôt utilisé pour "renforcer les plannings familiaux ou les services sociaux vers qui les femmes se tournent quand elles sont en difficulté".

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De son côté, Martina Avanza, maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne qui a investigué sur les groupes et militant·es anti-avortement en Italie, remet en perspective : cette mesure n’a rien de nouveau. Entre 2010 et 2015, la Lombardie, une région voisine du Piémont, alors gouvernée par le parti de droite Forza Italia, avait mis en place un fonds similaire permettant d’octroyer entre 100€ et 200€ par mois pendant 18 mois aux femmes enceintes qui renonçaient à l’IVG. "Le fonds a finalement été démantelé par la Ligue [un parti d’extrême droite, NDLR] parce que les rapports montraient que la très grande majorité des femmes qui en profitaient étaient migrantes. Ce qui ne convenait pas à ce parti", explique-t-elle.

"Attaquer les droits"

Pour Martina Avanza, la mesure mise en place par la région du Piémont est davantage symbolique car les "400.000€ vont très vite s’écouler", explique-t-elle. Mais elle n’en reste pas moins importante. Selon la chercheuse, ces organisations pro-vie tiennent à être "reconnues comme des partenaires parmi tant d’autres qui s’occupent de la grossesse et de l’IVG. Elles deviennent ainsi institutionnelles et acceptables. Tout le monde est d’accord pour dire que si une femme ne veut pas avorter, elle doit pouvoir le faire". Il s’agit d’une méthode "stratégiquement plus intelligente pour attaquer les droits", continue la chercheuse.

La région prévoit la possibilité d’ouvrir des guichets de ces associations - déjà présentes physiquement dans certains hôpitaux - au sein des plannings familiaux publics. "Si cela devient banal de les avoir dans les plannings familiaux, on peut imaginer qu’un jour elles puissent mener les entretiens en vue d’une IVG, par exemple", avertit la chercheuse.

Ce fonds, accordé par le Piémont aux associations pro-vie, s’inscrit donc dans une politique plus globale ayant pour effet de limiter l’accès à l’avortement. En 2020, par exemple, la région avait déjà émis une circulaire interdisant les IVG médicamenteuses dans les plannings familiaux publics, limité aux hôpitaux l’accès est plus lent et compliqué, et insistant sur l’intervention d’associations notamment pro-vie dans les structures hospitalières.

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Dans une interview accordée à l’association pro-vie Pro vita & Famiglia, le conseiller piémontais Maurizio Marrone confiait son ambition de faire de cette région du Nord une cheffe de file des politiques pro-vie. Un pari en passe d’être gagné puisqu’elle en a déjà inspiré d’autres dans le pays.

Plus au sud, la région de la Ligurie va examiner une loi prévoyant des guichets pro-vie dans tous les lieux où sont pratiquées les IVG. Au niveau national, lors de sa campagne Giorgia Meloni avait répété ne pas vouloir supprimer le droit à l’IVG mais s’était, elle aussi, concentrée sur la nécessité de donner des alternatives aux femmes qui veulent avorter pour des raisons économiques.

Et en Belgique ?

En Belgique aussi des mouvements pro-vie sont présents sur le territoire. L’un d’entre eux, l’association Marche pour la vie, fortement opposée à l’avortement, la gestation pour autrui et à l’euthanasie, organise chaque année des manifestations dans les rues de Bruxelles, dont la dernière date du mois d’avril.

Le droit à l’IVG en Italie et en Belgique

Le droit à l'IVG en Italie et en Belgique

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