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Drogue, sexe, alcool et solitude au cœur de la "Fête de trop" d'Eddy de Pretto

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09 sept. 2022 à 04:32Temps de lecture3 min
Par Sébastien Ministru

C’est bien d’aller désarchiver de vieilles chansons et de les décortiquer à la lumière du jour. Mais c’est bien aussi d’écouter des chansons du jour pour prendre le pouls du langage d’aujourd’hui, de l’évolution de la langue. Et avec Eddy de Pretto, on est gâtés parce qu’il a une écriture hyper-contemporaine – très intéressante - qu’il sert avec une voix et une diction qui le situent quelque part entre Stromae et Claude Nougaro.

" Fête de trop " est la description par un jeune garçon (et tout porte à croire qu’il s’agit d’Eddy de Pretto lui-même qui a 26 ans) d’une fin de soirée où il fait le bilan de ce qui s’est passé, en se disant que c’était la " fête de trop ". Que maintenant, c’est fini, on ne l’y reprendra plus :

 

" Tu sais ce soir, j'ai vu tous les joyaux de la pop 
J'ai même bu à outrances toute l’absinthe de tes potes 
J'ai côtoyé de rares nymphes, pris des rails en avance 
Dans des salles bien trop noires sans lueur d’élégance 
D'avantage j'ai serré mes mâchoires lamentables 
Et zélé des amants, des garçons de passage 
Que j'ai tenté d'approcher mais que ma mascarade 
A fait fuir lentement par sa froideur maussade 
Alors j'ai rempli ma panse avec de vives urgences 
Autant vives que ivres sur la piste de danse 
J'ai ajusté mes pansements pour que mes saignements 
Soient beaucoup moins apparents sur la piste d'argent. " 

 

Il y a véritablement quelque chose d’aventureux et de passionnant dans ce texte qui parle de la sexualité de la jeunesse d’aujourd’hui et qui, parce qu’il est écrit par quelqu’un de trop jeune, dit encore plus sur le sexe qu’il ne voudrait dire. C’est comme le Nouvel Évangile : il faut lui pardonner car il ne sait pas ce qu’il dit… Le texte des chansons échappe parfois à celui ou à celle qui les chante. Ici, c’est un festival… 

 

" J’ai serré mes mâchoires lamentables. Et zélé des amants, des garçons de passage ". On est clairement dans un plan drague homo (Eddy de Pretto est homo), avec utilisation d’un néologisme : le verbe " zéler ". " J’ai zélé des amants " qui voudrait dire : " j’ai hélé des amants avec zèle ". Avec effronterie, sans gêne. C’est donc un garçon qui, dans des fêtes, drague d’autres garçons dans un environnement plutôt sexe. " Dans des salles bien trop noires sans lueur d’élégance " fait référence à ce qu’on appelle, dans la géographie du plaisir homosexuel, les backrooms, des pièces sombres et très noires où l’on pratique le sexe sur place. La citation à la pratique du sexe débridé - et risqué - et à la fellation entre hommes est présente dans la phrase " J’ai même bu à outrance toute l’absinthe de tes potes ". L’absinthe ayant parfois une couleur blanchâtre et – surtout – étant une substance réputée dangereuse (comme le sperme).

 

Eddy de Pretto évoque une homosexualité juvénile qui aime la défonce : " J’ai pris des rails en avance ". C’est-à-dire prendre de la coke avant de sortir. Une homosexualité d’aujourd’hui post-gay – c’est-à-dire qui n’exclut aucun plaisir physique, y compris celui de la bisexualité. Bisexualité qui est présente dans l’histoire lorsque le personnage dit : " J’ai côtoyé de rares nymphes " - sachant que la nymphe n’est pas seulement une divinité féminine, mais aussi - précision anatomique - l’autre nom des petites lèvres, dans le repli de la vulve des filles.

Drogue, sexe - d’inspiration pornographique (" J'ai même glissé ma langue dans des bouches saliveuses. Dans de tout petits angles où l'on voit qu'les muqueuses "), alcool (" J'ai rempli ma panse avec de vives urgences. Autant vives que ivres sur la piste de danse ") et solitude (" Puis là je suis rentré bel et bien les mains nues ").  

 

" Fête de trop " s’inscrit dans une actualité littéraire qui compte déjà des textes comme " En finir avec Eddy Bellegueule " d’Édouard Louis.

 

Quant à Eddy de Pretto, sachez qu’il sort son premier album au mois de mars, qu’il s’appelle " Cure " et qu’on n’a pas fini de parler de son écriture.

 

Écoutez "Fête de trop" d'Eddy de Pretto :

 

 

Eddy de Pretto - Fête de trop (Clip Officiel)

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