Drame de Bracquegnies

Drame de Bracquegnies : l’avocat de Paolo F. remet en cause la signalisation du carnaval, "c’était totalement involontaire"

Drame de Bracquegnies : l’avocat de Paolo F. remet en cause la signalisation du carnaval, "c’était totalement involontaire"

© BELGA/LEFOUR

22 mars 2022 à 15:32 - mise à jour 24 mars 2022 à 13:55Temps de lecture4 min
Par X.L avec Alain Dremiere

Involontaire. C’est le mot le plus souvent mis en avant par Frank Discepoli, avocat de Paolo F., qui a provoqué le décès de 6 personnes et blessé des dizaines d’autres dimanche au carnaval de Bracquegnies, en fonçant sur un groupe de gilles et suiveurs lors du ramassage. Pour lui, il s’agit d’un accident, et l’avocat relève qu’il n’y avait aucune signalisation qui aurait permis à son client de se rendre compte qu’il allait débouler en plein carnaval.

Paolo F. 34 ans, a été inculpé durant la nuit de lundi à mardi d’homicide involontaire et coups et blessures involontaires dans le contexte d’un accident de la route. Il n’y a pas de contestation de sa participation des faits.

Requalification

Ces faits ne sont plus qualifiés de meurtre par la juge d’instruction : "La juge d’instruction a pris son temps pour interroger mon client", a expliqué l’avocat sur le plateau de VivaCité. "Elle voulait un maximum d’informations, tant des témoignages que des rapports techniques, lui permettant de constater qu’à l’heure actuelle il n’y avait aucun élément lui permettant de dire qu’il y avait une volonté de la part de mon client de commettre ces faits, c’était totalement involontaire".

Selon Frank Discepoli, Paolo F. "émerge petit à petit et se rend compte petit à petit de l’ampleur du drame, il était complètement coupé du monde extérieur et n’avait même pas conscience de l’ampleur du drame et des dégâts, c’est-à-dire qu’il se demandait même si parmi les victimes il n’y avait pas des membres de sa famille ou de ses amis. Petit à petit, au fur et à mesure où l’enquête avançait, on lui faisait part qu’il y avait de plus de décès, de plus en plus de blessés, et toutes ses pensées vont à toutes ces personnes qui, et on peut le comprendre, ont du ressentiment voire de la haine à son égard, et c’est totalement compréhensible. Maintenant il faut quand même savoir qu’on est dans un cadre totalement involontaire".

La version des faits du chauffeur est "absolument banale", selon l’avocat : "On a quelqu’un qui travaille la nuit, parce qu’il est livreur, qui prend chaque jour cette route, plus ou moins à cette heure-là, et ce jour-là alors qu’il n’y a aucune signalisation, il n’y a rien qui annonce qu’il va se retrouver face à un mur de personnes. Alors, certes, il roulait à une vitesse excessive de 80, 90 km/h, mais même à une vitesse de 50, les dégâts auraient été fort importants", estime-t-il.

La signalisation

Signalisation. L’autre mot-clé de la défense est lâché, même s’il ne nie pas une "imprudence" de son client : "il reconnaît qu’il était en train de parler au convoyeur au moment de l’accident… et quelques secondes après, il me dit je suis face à un mur, je ne comprends même pas ce que j’ai en face de moi. Et puis là, en quelques secondes, il est face à un drame, même pour lui, à l’intérieur de son véhicule, les vitres explosent, il y a deux personnes qui sont entrées dans l’habitacle il ne s’en est même pas rendu compte, il y avait une personne à côté de lui, le pare-brise a explosé, lui-même était rempli de sang car sa tête était venue heurter le pare-brise, il ne voyait rien, il entendait des hurlements, il entendait des coups sur son véhicule, il n’imaginait même pas à ce moment-là qu’il se retrouvait dans un carnaval "

Le fait qu’il ne se soit pas arrêté, et ait au contraire poursuivi sa route ? "Ne sachant pas très bien où il en était, sur quelques secondes il a dû prendre une décision et sa première décision, ça a été de vouloir quitter cette foule, tout simplement, selon l’avocat. Et donc il a continué à vitesse bien plus modérée. Le dossier révèle qu’il a vraiment " pilé " pour arrêter., il a vraiment enfoncé ses freins pour arrêter, et puis il a voulu quitter cette foule, et c’est la raison pour laquelle il s’est arrêté quelques centaines de mètres plus loin".

"On ne peut pas ignorer le carnaval" mais…

Mais comment expliquer qu’il ignorait que le carnaval avait lieu, lui qui habitait à quelques centaines de mètres ?

"On ne peut pas ignorer le carnaval, mais si je vous dis le carnaval de X ou Y, vous ne pouvez pas savoir que tel dimanche à telle heure, il y aura un attroupement pareil, dans telle rue, d’autant de personnes."

Et de pointer à nouveau le manque de signalisation : "Mon client me fait état que le groupe n’était pas signalé. Il n’a pas vu de signalisation, il n’a pas vu de détournement, il n’a pas vu de panneau indicateur de quoi que ce soit".

Et de préciser : "Avec ou sans signalement, mon client reconnaît son imprudence, mais il est vrai que son attention n’a pas été attirée, sur la route, pas sur les bas-côtés, pas sur les trottoirs, d’une présence d’une série de personnes. On peut refaire les faire choses 1000 fois, et redécouper en 1000 secondes, et se dire, il aurait dû voir, il aurait dû savoir, il avait une visibilité, il n’en avait pas, ça s’est passé comme ça".

Exprime-t-il des regrets ? "Même si c’est involontaire, c’est par son fait, il en est conscient. Il ne se le pardonne pas, ne se le pardonnera vraisemblablement jamais, c’est en tout cas l’émotion qu’il a laissé passer à la juge d’instruction" selon son avocat.

Pour lui, ce n’est pas un drame de la vitesse, "c’est le drame de l’imprudence. À nouveau je crains que si la vitesse avait été respectée, le drame se soit également produit, parce qu’il n’a eu conscience qu’il avait un mur de personnes devant lui, véritablement qu’au dernier moment. Et quand vous avez une cynétique avec un véhicule qui fait près de deux tonnes, vous avez un drame qui était totalement inévitable".

La qualification est donc passée de meurtre à homicide involontaire pour le moment : "on ne comprendrait pas qu’il en soit autrement car si tel n’était pas le cas, ça voudrait dire que ce monsieur a voulu et accepté de tuer des gens, ce qui est pour lui, évidemment inacceptable".

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