RTBFPasser au contenu

Musique - Accueil

Dour 2017, c'est "diversité, amour et découvertes"

Dour 2017, c'est "diversité, amour et découvertes"
24 mai 2017 à 13:18 - mise à jour 24 mai 2017 à 13:186 min
Par Flora Eveno

Dans moins de deux mois, le Dour Festival prend ses quartiers d’été pour proposer aux heureux mélomanes une exploration des genres musicaux.

 

Du 12 au 16 juillet, c’est le Dour Festival, un festival moderne qui vit avec son temps et qui parie sur l'avenir. Cette année, en plus d'une programmation incroyable (les amateurs de hip-hop s'évanouissent déjà) plusieurs nouveautés sont au programme : comme "La Caverne", une nouvelle scène pleine de guitares. Pour l’édition 2017, 50 artistes belges viendront se faire les porte-étendards d’une musique en pleine ébullition. A l’approche de la 29ème édition, nous avons rencontré Alex Stevens et Mathieu Fonsny, les deux programmateurs du festival, on a causé des nouveautés, de la scène belge, de la professionnalisation de la musique belge et de la recette du succès. 

 

 

Flora : Quelles sont les nouveautés de cette édition 2017 ?

Mathieu : Il y a un petit changement, c'est la nouvelle scène La Caverne, qui est née d’une fusion des guitares qu’on pouvait trouver dans le Labo, dans la Petite Maison dans la Prairie et dans la Cannibale [ndlr : le noms des différentes scènes de Dour]. On a fusionné tous ces moments de guitares et on les a compactés […]. On a voulu ouvrir la Cannibale à du rock dur mais aussi d’autres types de rock.

 

Après dans les autres nouveautés on a aussi fait un travail sur l’accueil des festivaliers, pour ceux qui ne veulent pas camper. On propose des alternatives au camping, qui vont des petits cabanons de deux personnes à des hôtels un peu éphémères pour 4 à 14 personnes. Le modèle camping est toujours très cool mais certains ont besoin de plus de confort.

 

Flora : Si vous pouviez donner trois qualificatifs à cette édition ?

Mathieu : C’est toujours pareil c’est découverte, parce que le festival est quand même basé sur la découverte. Et c’est peut-être un peu arrogant mais je dirais aussi avant-garde…

 

Alex : Donc c’est équilibre, découverte et grands noms, parce qu’on a aussi une grosse affiche.  On va dire… diversité, amour et découvertes. Punchline ! (rires)

 

Aujourd’hui on a des groupes belges têtes d’affiche internationales. 

Alex Stevens, programmateur du Dour Festival

Caballero et Roméo Elvis dans "Bruxelles Arrive"
Caballero et Roméo Elvis dans "Bruxelles Arrive" © Tous droits réservés

 

Flora : Depuis quelques mois, on remarque que les médias, surtout à l’étranger parlent de l'émulation de la scène belge. Même si en Belgique ça fait plusieurs années que ça se prépare. Vous à Dour vous programmez 50 groupes belges cette année, est-ce que c’est une confirmation et un message à l’international ?

Mathieu : Bien-sûr, avec Dour on a une arme, c’est un festival où il y a potentiellement 45.000 ou 50.000 personnes par jour, alors autant se servir de cette arme pour exposer notre patrimoine. En dub on a une journée belge, le soir en découvertes sur le Labo on programme plein de Belges… Y a aussi le hip-hop belge… On a envie d’exposer ces gens, de les faire découvrir à nos festivaliers et il y aussi une multitude de pros, des programmateurs étrangers ou responsables de salles à l’étranger qu’on invite au festival, des tourneurs ou des gens de labels. Plus de 20% de notre programmation est belge donc l’idée c’est…

Alex : … d’être un tremplin vers l’international. Aussi bien auprès du public que des pros, y a un travail qui est fait. C’est une bonne opportunité pour les groupes de s’ouvrir vers l’international. Ça ouvre des opportunités, il y a du concret. Par exemple, on est dans une fédération de festivals européens qui s’appelle De Concert !, et tous les ans chaque festival propose deux groupes coups de cœur, à la fin ceux qui sont sélectionnés se retrouvent sur une compilation. Cette année on a proposé Roméo Elvis. L’année passée, on a choisi La Jungle qui a fait un beau parcours dans pas mal de lieux et festivals en France. On est vraiment fiers. Moi ça fait une dizaine d’années que je programme à Dour et je remarque que maintenant c’est difficile pour les groupes plus jeunes parce que le niveau a beaucoup monté. Avant on programmait des groupes qui n’avaient pas le niveau de jouer à Dour, c’était pas encore assez professionnel. Maintenant le niveau de professionnalisation est beaucoup plus haut. Le niveau global a vraiment augmenté […]. Ça a été le cas avec la scène rock et maintenant il y a la même chose qui est en train de se produire avec le hip-hop et la scène rock bruxelloise avec les BRNS, les Robbing Millions.

Mathieu : Les Mountain Bike.

Alex : Oui, les It It Anita qui bougent aussi. C’est bien, ça tire les groupes vers le haut. On voit qu’il y a des artistes qui maintenant arrivent à avoir de vraies carrières internationales comme Selah Sue ou Stromae. Il y a dix ans ça n’existait pas, les stars ce n’étaient que des anglo-saxons, Anglais et Américains. Aujourd’hui on a des groupes belges têtes d’affiche internationales.

 

On est à une époque où les gens fusionnent les genres musicaux. Tout le monde peut collaborer avec tout le monde très vite, on est à une époque où les styles se mixent. 


Mathieu Fonsny, programmateur du Dour Festival

Flora : Est-ce que c’est une question de génération ou c’est parce que les groupes abordent autrement la musique ?

Alex : Il y a un changement de mentalité.

Mathieu : C’est la conjonction de plein de choses, on est à une époque où les gens fusionnent les genres musicaux. Tout le monde peut collaborer avec tout le monde très vite, on est à une époque où les styles se mixent. On ne sait plus très bien si on écoute du hip-hop, de la musique électronique, du world, du rock… […] C’est pour ça qu’on peut plus vite être écoutés et appréciés, parce qu’on peut toucher plusieurs familles. Et puis y a peut-être aussi un truc de conjoncture, dans le hip-hop belge il y a par exemple Caballero, JeanJass, Hamza, Damso, Roméo Elvis, au même moment au même endroit, ils participent à une mouvance belge globale. Il y a la même chose côté garage rock avec BRNS, Mountain Bike, Cocaine Piss, It It Anita. Il y a plus de résonance du coup. La Belgique a toujours été assez riche dans son histoire musicale à la base, avec des dEUS, Soulwax, ça intéresse les gens de voir ce qu’il se passe chez nous.

 

Flora : Donc pour la suite, il y a déjà l’édition 2017 qui doit avoir lieu mais après, il se passe quoi pour Dour ?

Alex : L’année prochaine est une année charnière parce qu’on a 30 ans. Il va falloir qu’on prévoit quelques surprises. Avant je disais "Non le concept est là il faut pas le changer" mais en fait c’est pas ça que les gens attendent, ils veulent de la nouveauté, comme quand on a passé la scène DJ en plein air avec une super production. Il faut marquer les esprits. Il faut qu’on continue à être créatifs tout en ne changeant pas. Pour moi ne pas changer c’est continuer à explorer les sous-genres pas exploités par les autres festivals, c’est ça qui nous excite et qui a fait l’histoire de Dour. Dans les années 90, on a mis du hip-hop et de l’electro dans un festival de rock alors que ça se faisait pas. Maintenant on doit essayer de trouver d’autres sous-genres. La musique évolue, il y a des cycles, il faut essayer de les comprendre et les inclure dans la programmation. Ça fait partie de l’ADN du festival, on peut pas supprimer des scènes et garder que les grands noms, on veut garder cette diversité et exploitation des sous-genres.

 

Prendre des risques ça nous aide à nous stabiliser sur le long terme. 

 

Alex Stevens, programmateur du Dour Festival

Dour 2017
Dour 2017 © Tous droits réservés

Flora : Le public se renouvelle mais beaucoup de festivaliers restent aussi d’année en année, c’est quoi la recette ?

Alex : C’est vrai qu’il faut donner au public quelques têtes d’affiche, cette année par exemple tout le monde attendait Die Antwoord, on les a mis. Mais des fois il y a des plateaux qui sont trop faciles à faire.

Mathieu : C’est une combinaison des deux.

Alex : Voilà, il ne faut pas que ça, c’est un équilibre. L’équilibre c’est les petits, les grands dans les différents styles musicaux, entre les évidences et ce qui l’est moins. Il faut un peu de tout. Les plateaux sur lesquels on prend le plus de risques aujourd’hui c’est au Labo, ce sont les têtes d’affiche qu’on construit pour plus tard. […] Nous, on met Salut c’est cool à Dour à 20 heures en main stage avec 30.000 personnes, peu de festivals le font. Mais nous on les a accompagnés dès le début, on s’est créé notre propre tête d’affiche. Pareil avec Flume à l’époque, qui est devenue tête d’affiche par la suite, c’est un pari qu’on a fait. Prendre des risques ça nous aide à nous stabiliser sur le long terme et ça nous permet d’écrire notre propre histoire.

 

Interview réalisée le lundi 22 mai.

 

Retrouvez la programmation sur le site du Festival

 

Articles recommandés pour vous