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"Donne tes 16 ans" de Charles Aznavour, une chanson qui pourrait faire polémique si elle sortait aujourd'hui

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" Donne tes 16 ans " est une chanson qui date de 1963 ! Mais il suffit de déplacer une chanson d’une époque à une autre pour comprendre qu’elle veut toujours dire la même chose mais qu’on ne pourrait peut-être plus la chanter sans provoquer des polémiques. Et comme notre époque est une époque fabrique à polémiques, si elle sortait aujourd’hui, " Donne tes 16 ans " pourrait immédiatement se faire crucifier sur Facebook et sur Twitter.

Écoutons plutôt : " Viens donne tes seize ans. Au bonheur qui prend forme. Pour que ton coeur d'enfant. Peu à peu se transforme. Viens n'hésite pas. Mets ta main. Dans ma main. Tendrement. Et donne tes seize ans. "

 

Tout d’abord, il faut préciser que le narrateur connaît le droit et choisit sa proie puisqu’il n’est pas dans l’illégalité. En 1963, la majorité sexuelle en France est fixée à 15 ans, à ne pas confondre avec la majorité civile qui, elle, est fixée à 21 ans. Le problème c’est que lorsqu’il chante cette chanson, on a du mal à imaginer un garçon de 17 ans. Et si l’on confond le narrateur au chanteur, quand il crée ce titre, Aznavour a 39 ans. Un homme de 39 ans qui séduit une jeune fille de 16 ans, on mettra ça sur le compte du syndrome Lolita. Mais ce qui est interpellant pour nos oreilles de 2018, c’est le vocabulaire utilisé.

" Donne tes 16 ans au bonheur qui prend forme ". Il y a ici un double sens sur le mot " forme ". Ce qui prend forme, ce n’est pas seulement le bonheur (comme il est dit), mais aussi le corps de la jeune fille qui prend des formes. Et d’ailleurs, il semble nous donner raison en poursuivant : " pour que ton cœur d’enfant, peu à peu, se transforme ". Une fois de plus, on n’évoque pas que le cœur d’enfant qui se transforme, mais on laisse planer l’idée qu’il y a aussi un corps d’enfant qui se transforme. Ce qui se promène dans le sous-texte, c'est quand même cette espèce de gourmandise à décrire le coeur, le corps, la forme, les formes... 

 

" Viens donne tes seize ans. Aux amours éternelles. C'est le plus beau printemps. De la vie qui t'appelle. Viens au creux de moi. Mets ta joue sur ma joue. Tendrement. Et donne tes seize ans. "

"Le plus beau printemps de la vie qui t'appelle", c'est une façon un peu drageuse mais jolie pour dire : donne-moi ta virginité.

"Viens au creux de moi" : ici aussi, il est question de corps et d'emboîter les corps...

"Viens donne tes seize ans. À ta fureur de vivre" est une référence au culte de l'adolescence avec une citation au film avec James Dean : "La fureur de vivre" (qui date de 1955).

"Le chemin des amants est le seul qu'il faut suivre. Viens donne ton coeur. Mon amour. A l'amour. Qui attend. Pour prendre tes seize ans." Ici, encore, le mot "prendre" est utilisé comme un sous-entendu sexuel...

 

Dans " Donne tes 16 ans ", on entend que le point de vue du narrateur. Jamais la jeune fille ne s'exprime devant cette insistance qui pourrait correspondre à ce qu'on appelle aujourd'hui le "droit d'être importunée", mais ça pourrait correspondre aussi à un plan drague déplacé... Et d'ailleurs, on pense que la chanson est passée comme une lettre à la poste en 1963, ce qui n'est pas tout à fait vrai... La chanson a choqué certaines personnes à l'époque, et Aznavour en parle encore...

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Écoutez ce qu'il disait chez Nagui - c'est un extrait de " La Bande Originale " sur France Inter :

https://www.franceinter.fr/emissions/la-bande-originale/la-bande-originale-27-novembre-2017

Écoutez " Donne tes 16 ans " de Charles Aznavour :

Charles Aznavour - Donne tes seize ans - 1963

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"Donne tes 16 ans" de Charles Aznavour

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