Belgique

Doel 3 s’éteint ce vendredi : comment se passe le démantèlement d’un réacteur nucléaire ?

L'invité dans l'actu est Vincent Massaut

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21 sept. 2022 à 09:19Temps de lecture2 min
Par Estelle De Houck sur base de l'invité dans l'Actu de Sophie Brems

Le 23 septembre, pour la première fois en Belgique, un réacteur nucléaire s’arrêtera de fonctionner définitivement. Conformément à la loi de sortie du nucléaire votée en 2003, Doel 3 s’éteindra après 40 ans de service. Un chantier à plusieurs milliards qui devrait encore durer des années. Alors, comment se passe le démantèlement d’un réacteur nucléaire ? Vincent Massaut, directeur adjoint business développement et support au Centre de recherche nucléaire de Mol, répond à nos questions.

Stopper un tel réacteur nucléaire est loin d’être un simple geste. Si l’arrêt en soi est assez rapide, le démantèlement se déroule en plusieurs étapes :

  1. Décharger le combustible contenu par le réacteur : il s’agit de la première étape, après l’arrêt du réacteur. "Ce sont des barres de combustible — on appelle ça des assemblages — qu’on décharge et qu’on va mettre dans une piscine de refroidissement qui est également dans la centrale", note Vincent Massaut. Cela peut prendre de quelques semaines à quelques mois ;
  2. Refroidir le combustible et faire un grand nettoyage : pendant trois à cinq ans, le combustible va refroidir dans une piscine, avant de le stocker pour un plus long terme. "Pendant, on ne peut pas entamer de trop grands travaux de démantèlement, le combustible étant toujours là", note l’expert. Cela n’empêche toutefois pas de faire quelques activités : comme le tri de certains composants dont on ne se sert plus ou encore la décontamination du circuit primaire. "C’est donc une période où on peut finaliser et nettoyer un peu l’ensemble de la centrale" ;
  3. Le démantèlement : "On commence à démonter, découper des éléments, etc. Et là, on ne revient jamais plus en arrière puisqu’on enlève des parties du réacteur" ;
  4. Le monitoring : "Une fois qu’on a fini tout ça, il faut quand même prouver qu’on a retiré tout ce qui était radioactif, toute la radioactivité. On doit donc mesurer, on fait toute une série d’inspections avec l’Agence fédérale de contrôle nucléaire. On est sous la surveillance de ces agences pour voir qu’il ne reste rien et qu’on a rendu le site dans son état original, un état où on peut faire autre chose que de l’énergie nucléaire, un état où ça peut redevenir un site industriel normal";

Comme l’explique Vincent Massaut, cela prend généralement entre 10 et 14 ans pour finaliser le démantèlement d’une centrale.

A noter que la semaine dernière, la ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden (CD&V) a fait une ultime demande de report de démantèlement de Doel 3 à l’Agence fédérale de Contrôle nucléaire (AFCN).

Certes, le débat est politique mais techniquement, est-ce que Doel 3 pourrait être prolongé ? Pourrait-on finalement la remettre en route si on entame ce démantèlement ? "C’est une question à laquelle je ne peux malheureusement pas répondre parce que ça dépend vraiment des aspects de sûreté", explique Vincent Massaut.

C’est l’Agence fédérale qui donne le blessing, qui donne le fiat pour pouvoir continuer à travailler ou pas

"L’Agence fédérale de contrôle nucléaire va donc regarder si les conditions de sûreté sont garanties, et ceci sur la base d’un dossier de sûreté qui devra être introduit par Electrabel. C’est donc Electrabel, l’opérateur lui-même, qui doit faire son analyse de sûreté et la présenter à l’Agence fédérale. Et c’est l’Agence fédérale qui donne le blessing, qui donne le fiat pour pouvoir continuer à travailler ou pas."

Vous l’aurez compris, si l’on veut garder Doel 3 sous cloche, il faudra que ce soit avant l’opération de démantèlement, avant la troisième opération. Cela peut donc arriver dans l’ordre de trois à cinq ans, estime Vincent Massaut.

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