Tarmac

Documentaire : "Kai, l’autostoppeur à la hachette" ou quand la course au buzz nous fait oublier l’essentiel

© Capture d'écran. D.R.

Cette semaine chez Tarmac, on a regardé le documentaire "Kai, l’autostoppeur à la hachette", un documentaire autour d’un fait divers survenu en 2013 aux Etats-Unis. Mais au-delà d’une histoire de fait divers comme il peut y en avoir plein, cette histoire raconte aussi un certain mal de la société : celui de notre appétence pour le buzz. Une appétence tellement forte qu’elle va parfois jusqu’à aveugler les professionnels les plus aguerris.

L’histoire de Kai, c’est celle d’un jeune nomade, belle gueule, un esprit libre un peu vagabond qui va là ou sa liberté le mène. Un jour, alors qu’il a été pris en stop, il est témoin d’une agression d’une jeune femme. Elle est en train de se faire étrangler alors Kai, ni une, ni deux, vole à sa rescousse. L’agresseur ne voulant pas cesser d’étrangler la femme, Kai prend sa hachette et assène plusieurs coups violents à l’agresseur. Le vagabond devient alors le sauveur du jour.

Et ce jour-là, une équipe de journaliste est sur place. Elle parvient à récolter le témoignage du sauveur du jour. Il crève l’écran. Et quand il raconte son geste il dit : "Smash, Smash, Smash" en décrivant l’action de fracasser la tête de l’agresseur.

Une phrase qui va devenir virale. Des centaines de mêmes, de parodies, de musiques, de GIF ont été faites en reprenant cette phrase.

Le journaliste rentre chez lui et upload la vidéo sur Youtube. On est en 2013, à l’époque l’univers réseaux sociaux c’est principalement Youtube et Facebook. En quelques heures, l’interview de Kai devient virale. 9 ans plus tard, à ce jour, elle a été vue 3,6 millions de fois.

Et à l’époque, la viralité de cette vidéo va affoler les appétits des médias de divertissements et de l’info. Grandes boîtes de productions, talk show, info… Tous veulent s’arracher la nouvelle "sensation du web" et tirer avantage du buzz. Il faut retrouver ce baroudeur coûte que coûte.

Un fait divers qui en cache un autre

Et c’est précisément cette folie médiatique, cette course au buzz aveuglée par l’appât du gain qui est au cœur de l’histoire de ce qui devait être à la base un simple fait divers.

Car dans cette course folle, les professionnels aguerris ont oublié de vérifier le background de Kai. Il est un peu étrange, mais on s’en accommode. Il voyageait avec une hachette en stop, mais qu’importe, on ne pose la question… Après tout il a sauvé la fille d’une femme.

Pourtant, trois mois après son interview, son apparition dans un grand talk-show à l’américaine… Kai est recherché pour le meurtre d’un septuagénaire.

Et c’est en ça que le documentaire est particulièrement bien ficelé. Parce qu’il va au-delà du simple fait divers et nous dit quelque chose de nous, de notre société. On comprend alors comment une machine à créer la célébrité peut se mettre en place, comment le buzz peut être exploité de toute part et comment on peut rapidement être aveuglé par la création de cette célébrité. 

Ce fait-divers raconte aussi les débuts de ce qu'on considère comme "les phénomènes internet". Comment ces phénomènes deviennent des histoires à raconter, comment les pépites du web deviennent alors des sujets à couvrir et des contenus à développer. 

Tous les bons ingrédients d’un contenu "True crimes"

Les contenus "true crimes" et documentaires sur les faits divers rencontrent généralement beaucoup de succès. Que ce soit en format séries, documentaires, podcast, aucune plateforme ne semble faire l’impasse sur ce genre de format.

Mais quels sont les bons ingrédients d’un bon format "True crimes" ? Cela reste quelque peu subjectif mais disons qu’il faut des personnages atypiques. Il y a un intérêt à vouloir comprendre comment l’humain peut-il passer à l’acte et tuer quelqu’un de sa propre espèce. Comment le cerveau humain peut-il en venir à avoir un côté si sombre ?

Le suspense est également un ingrédient clé pour tenir en haleine l’audience. Cela tient également à la force des témoignages recoupés, la famille de la victime, les amis du criminel, les enquêteurs, les journalistes…

On ajoutera qu’un "bon" contenu crime est aussi un contenu capable d’aller plus loin que le fait divers en lui-même et de dire quelque chose de notre société.

Et assurément, le documentaire "Kai, l’autostoppeur à la hachette" réunit tous ses ingrédients.

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