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Cinéma

Documentaire : “Big in China”, les aventures du curieux George

Documentaire : “Big in China”, les aventures du curieux George
17 mai 2022 à 06:362 min
Par Adrien Corbeel

Depuis 2009, le cinéaste québécois Dominic Gagnon pratique ce qu'il appelle le "used-footage" : errant sur les plateformes à la YouTube, il y compile des extraits de vidéos réalisés par d'autres pour créer ses documentaires.

Collecteur de pièces rares et surtout méconnues, le réalisateur s'attarde sur les vidéastes qui ne rencontrent pas forcément le succès, comme Georges, un Français immigré en Chine, dont il a fait le protagoniste de "Big in China, Georges and the Vision Machines". Pendant 10 ans, celui-ci a produit depuis la région de Changsha dans le Wuhan plus de 2000 vidéos, dans lesquelles il prodigue divers conseils, réalise quelques farces juvéniles, mais surtout livre sans ambages son opinion sur son pays d'adoption.

La caméra tournée vers lui, armé d'un selfie-stick, le Français déverse sa colère à sa petite communauté d'abonnés, auxquels se joignent souvent des "haters" qui lui reprochent notamment de critiquer la Chine alors qu'il est un étranger. Mais la haine des internautes ne ralentit pas Georges, qui n'aime rien de mieux que de railler ceux qui se moquent de lui. Utilisant YouTube comme un exutoire de toutes ses frustrations, le vidéaste livre chacune de ses pensées sans aucun filtre, ce qui lui attire de multiples ennuis avec les autorités chinoises. Être la cible d'un régime liberticide ne fait cependant pas de lui un fin analyste. Ses logorrhées verbales débordent de clichés, de sa paranoïa, mais aussi, au fur et à mesure que les années passent, d'une haine profonde de la culture chinoise.

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Exubérant et juvénile, Georges n'a de cesse de se moquer de la servilité de ce peuple qu'il a décidé de rejoindre, mais pour lequel il ne semble avoir que dégoût. Inutile de le dire, ses propos sont fréquemment inconfortables. Difficile d'aimer un tel personnage, d'autant plus qu'il est (de son propre aveu) agaçant dans ses maniérismes et ses singeries. Qu'il s'exprime pendant presque tout le film dans un anglais approximatif avec un accent français à couper au couteau n'arrange rien. Après 77 minutes de morceaux de Georges ininterrompus, la question se pose évidemment : pourquoi mettre en avant à un tel personnage ? Pourquoi amplifier une voix comme la sienne plutôt qu'une autre ? Difficile à la vision du film de savoir quels sentiments nourrit Dominic Gagnon vis-à-vis de cet homme dont il a regardé des centaines d'heures de vidéo, même si son choix n'est a priori pas motivé par une complète adhésion à ses propos.

Il y a quelque chose d'absurde dans l'acte de consacrer tout un long-métrage à un vidéaste peu connu et qui ne gagne pas vraiment à être connu. On devine dans la démarche du réalisateur une passion pour certains recoins désertés d'internet où la paranoïa s’exprime, avec ou sans public. Le résultat est fréquemment aliénant, mais il est également plutôt fascinant. Portrait ambigu d'un quidam fait d'un patchwork d'autoportraits réalisé par celui-ci, "Big in China, Georges and the Vision Machines" interroge, avec sa parenté compliquée, notre conception de l'auteur. C'est aussi une drôle de rencontre entre la salle de cinéma et les récits alternatifs qui naissent sur internet (et souvent y disparaissent).

Le film est à découvrir au cinéma Nova le 19 mai à 20h (en présence du réalisateur), le 26 mai à 22h, le 5 juin à 18h et le 26 juin à 19h. 

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