RTBFPasser au contenu

Jupiler Pro League

Dino Arslanagic: "Le noyau C du Standard, c'était horrible…"

Dino Arslanagic: "Le noyau C du Standard, c'était horrible…"
25 janv. 2019 à 06:005 min
Par Erik Libois

Il est l’un des colosses d’une défense de l’Antwerp qui taille des croupières aux attaquants de l’élite. Membre de la massive ex-classe rouche du Bosuil, il évoque son coach-dentiste, la hantise des Play-Offs 2, les guerriers, le rêve de côtoyer CR7 et le marquage individuel. Mais aussi le clubman Totti, du plastique sur les chaussettes, le modèle Vidic et les " salopards ". Et surtout les mathématiques. Dino Arslanagic passe " Sur le Gril ".

Devant Sinan Bolat, roi des clean-sheets, il a pris pour principal plaisir dans la vie… de garder le zéro derrière. 3e avec l’Antwerp au moment de recevoir le Standard, le Belgo-Bosniaque (de père bosniaque et de mère mouscronnoise) ne s) ne s’étonne qu’à moitié de la position actuelle du Great Old. " On n’a rien volé : si on est si bien classé, c’est qu’on le mérite " explique Dino Arslanagic, du haut de son mètre nonante-trois. " Et je n’ai pas peur d’un écroulement dans les prochaines semaines ; on a retenu la leçon de la saison passée, on a les Play-Off 1 en tête. De toute façon les Play-offs 2, c’est trop horrible… " Dieumerci Mbokani pourrait en parler : avec le Standard à l’époque, il avait refusé de les disputer.

À la tête de l’armada anversoise, il y a forcément Laszlo Bölöni, le coach à la formation de dentiste aux méthodes si particulières… " Le coach a fait de nous des guerriers, il sait trouver les mots pour nous piquer dans notre ego. Au Standard, il disait qu’il voulait des ‘salopards’ ? Je ne l’ai pas entendu dire ça ici, mais ses méthodes fonctionnent. Il a fait de nous une machine physique : je n’ai jamais autant couru en préparation, et ça paie aujourd’hui. Ce sont les méthodes à la dure. Avec notre marquage individuel sur tout le terrain, on dit parfois qu’il nous fait pratiquer un football à l’ancienne. Mais moi ça me va, vu les résultats qu’on fait ! "

Sclessin-bis

Pour accueillir le Standard ce vendredi dans le blizzard anversois (" Certains équipiers entourent leurs chaussettes de plastique pour garder la chaleur, moi je mets juste des gants et je me couvre… "), l’Antwerp secoue ses fondamentaux : à l’image des couleurs du club, le Great Old s’est fortement teinté d’ex-Rouches depuis son retour au sein de l’élite (D’Onofrio, Bölöni, Runje, Bolat, Van Damme, Mbokani, Yatabaré, Arslanagic). Au point que l’Antwerp est surnommé le Standard-bis. " Cette semaine, je ne me suis pas fait charrier par mes potes de Sclessin Lestienne, Mpoku et Oulare. C’était surtout lors du match aller… et ils auront soif de revanche après notre succès à Sclessin. Le Standard a beaucoup de qualités individuelles et aussi un très bon entraîneur, il reste sur une belle série de victoires. Ça va être un gros match. Qui de l’Antwerp ou du Standard a le plus de chances d’être champion ? Joker. Mais je ne vois pas en quoi un titre de l’Antwerp serait si débile : avec le système des play-offs, tout est possible… "

 Au point que Lucien D’Onofrio a avancé l’objectif de ramener à Anvers un titre dans les 5 années… " Le joueur de rêve que je demanderais à Lucien de transférer pour réaliser ça ? Ronaldo ou Messi… mais je ne connais pas son compte en banque " rigole le défenseur. " Le joueur dont je m’inspire, c’est Vidic, pour sa sérénité, sa rigueur et son agressivité. Avec le temps, j’ai appris à défendre avec plus de vice, j’ai mes petites ficelles… mais je ne vais rien vous dire. Avec le VAR il faut faire plus attention, mais ça vaut aussi pour les avants qui simulaient tout le temps. Je suis un mec qui défend dur, j’aime les duels et sur un terrain, je n’ai plus d’amis. Je ne suis pas un ‘assassin’ (sic), je ne vais jamais blesser quelqu’un volontairement. Mais quand j’ai affronté mon copain Mpoku avec le Standard contre le Chievo Vérone, je l’ai dézingué tout le match. Polo me disait : ‘Dino arrête, on est copains !’ Je lui répondais : ‘Laisse-moi tranquille, laisse-moi tranquille !’ Mais après le match, on s’est pris dans les bras... "

Dino Arslanagic

Destin… ou pas

Passé par les bancs de l’école au Futurosport (" J’aimais bien les mathématiques mais on n’était que 5 élèves en classe… et tous des footeux, vous imaginez comme on travaillait " – rires), Arslanagic constate la progression du Great Old. " On a des supporters fantastiques, mêmes en Play-Offs 2 la saison passée, il étaient là. L’année passée, on avait une équipe athlétique : cette saison, on joue plus au foot avec des joueurs comme Mbokani et Refaelov. Mbokani a mis du temps à l’allumage, mais il a retrouvé son niveau : à l’époque où il jouait à Anderlecht, je disais déjà que c’était l’attaquant le plus fort que j’ai jamais affronté. Et Rafa est un super gars, humble, travailleur et talentueux : qu’il soit resté un an sur le banc à Bruges m’étonne mais Leko avait sûrement ses raisons. Nous, on est ravis de le récupérer : le coup franc qu’il nous a mis le week-end passé, on l’avait répété en stage et il l’avait déjà fait en match amical. "

Formé à Mouscron, expatrié au LOSC, il a découvert le professionnalisme au Standard, sous Mircea Rednic… qui l’avait qualifié de " futur Diable Rouge ". " Je ne me souviens pas qu’il ait dit ça… " fait semblant de croire le grand Dino. " Aujourd’hui, je bosse pour l’Antwerp et je ne me projette pas plus loin, on verra ce qui viendra. La présence de Mechele dans le noyau de l’Equipe Nationale ? Tant mieux pour lui : moi, je ne fais pas de comparaison. Brandon et moi, on formait l’axe derrière en Espoirs, mais si je dois comparer le destin de chacun, je dois aussi évoquer Michy, Thorgan ou Carrasco… mais aussi d’autres qui ont complètement disparu de la circulation. Il faut de la chance dans une carrière. Et j’ai aussi un passeport bosniaque… Qui je choisirais en priorité ? Je ne réponds pas… À refaire, je changerais peut-être certains choix de carrière, mais on ne revient pas en arrière… "

Noyau C

Car la fin du séjour de Dino à Sclessin rime avec " noyau C ", une voie de garage qui occupa son quotidien durant 4 longs mois. En tant qu’ultime transfert de l’époque D’Onofrio, il fit les frais, comme d’autres, du changement de direction. " C’est l’épisode le plus horrible depuis que je joue au football. Tu te changes au vestiaire avec les autres, mais tu vas t’entraîner à part et tu ne joues aucun match : t’es là… mais t’es pas là. J’étais payé, mais à ce moment, l’argent n’a plus d’importance : tu veux jouer mais tu ne peux pas… Le monde du foot est un business, il faut savoir faire confiance aux bonnes personnes, mais tu ne sais jamais. Un jour, tu peux aussi être trahi et te faire mitonner… "

Ce qui, forcément, dénoue quelque peu les liens affectifs… " J’ai tout appris à Mouscron, puis le Standard est devenu mon club de cœur. Mais si je joue ici 10 ans, ce sera peut-être l’Antwerp mon club de cœur… Il y a 2 ou 3 clubs où je voudrais ne jamais signer, mais je ne vais pas les citer : si un jour, je n’ai aucune offre… à part de ces clubs-là, je fais quoi ? L’affaire Defour a fait du bruit mais c’était aussi le capitaine du Standard, et on connaît la rivalité entre les 2 clubs… Je comprends les supporters, en même temps le foot est devenu notre métier. J’admire des club-men comme Totti ou Deschacht… mais ils ne jouaient pas non plus pour des cacahuètes ! Le vrai clubman, c’est celui qui jure fidélité alors qu’il peut gagner plus ailleurs… "

On ne saurait mieux dire…

" Sur le Gril ", un rendez-vous hebdomadaire d’Erik Libois à retrouver sur Vivacité le vendredi soir à 20h10, le samedi soir à 22h10 et le dimanche vers 16h30. Et le lundi en télé dans La Tribune.

Articles recommandés pour vous