Week-end Première

Devenir logopède, c'est voler au secours de nos démocraties

Toute ma vie j'ai rêvé d'être logopède

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

31 oct. 2022 à 16:48Temps de lecture4 min
Par La Première

Winston Churchill, Lewis Caroll, Charles Darwin, Newton ou encore Albert Einstein ont en commun d’avoir souffert de troubles de la parole ou de l’apprentissage, et s’ils s’en sont quand même bien sortis, on peut aujourd’hui compter sur un métier pour affronter ces troubles : celui de logopède. On l’explore avec Olivier Marchal, sociologue et directeur de la Cité des Métiers de Charleroi.

Trois appellations pour un métier vraiment spécial 

Orthophoniste en France, logopède en Belgique, et même logopédiste en Suisse, ces différentes appellations nous en apprennent plus qu’on ne le croit. Car avec ortho phonè tendant au redressement des sons, et de l’autre logos paeidia prônant l’éducation de la parole, c’est deux pans d’un même métier, l’approche mécanique et l’approche communicationnelle qui s’articulent avec pour cœur, cette langue, ces sons, ces codes indispensables à l’être humain et au bon fonctionnement des sociétés humaines. 
 
Comme on sait que près de 10% de la population mondiale souffrirait de dyslexie, et que 8% seraient atteintes de troubles d’apprentissage. Comme on cerne de mieux en mieux leurs causes génétiques, culturelles, et familiales, Il est, bonne nouvelle, désormais possible d’amener des individus en mal ou en perte de langage, dans le sillage de la communication, grâce à ce métier vraiment pas comme les autres.

Un métier très moderne, au parfum de démocratie  

Si le passé, l’Histoire ancienne en parle peu c’est tout simplement parce que la faible maitrise de la langue, a longtemps été considérée comme une infirmité, une punition divine, de la débilité, mais surtout comme un marqueur d’une position sociale. 
 
On a bien Hippocrate qui dédie une page entière à ces troubles, en 377 avant notre ère. On a bien Aristote, que certain qualifiait de piètre orateur un peu bègue, et qui se cherche des excuses. Mais la vérité c’est qu’en gros l’Histoire et les sociétés prédémocratiques s’en sont fichu royalement, sauf quand ça concernait les rois, comme Louis II dit le Bègue, ou encore Georges d’Angleterre. 

 

Les métiers naissent souvent d’évolutions technico-scientifiques. Dans le cas du métier de logopède, c’est différent. Car deux révolutions philosophiques et sociologiques seront nécessaire à son éclosion :

  • L’avènement de la Démocratie. La parole étant l’art supérieur par excellence, durant des siècles l’idée que toutes et tous puissent y accéder, voir exceller, demeura tabou, indécent voir dangereux pour les classes dominantes et les pouvoirs en place.
  • Le seconde révolution, aussi simple et déroutant que cela puisse paraitre, tient en l’invention progressive de l’enfant. Car avant le XVIIIe siècle l’enfant n’existe pas en tant que tel. Il travaille, contribue, la société ne lui réservant pas de temps pour lui. Comme nous le faisons aujourd’hui avec l’enfance. Sauf dans les portions les plus aisées de la Société. Dès lors, aucun espace-temps ne vient rendre possible, pensable et utile de détecter et corriger d’éventuelles troubles d’apprentissage pour tous.

Et c’est avec le célèbre le docteur Itard, début 1800, que l’orthophonie va émerger. Docteur à qui l’on doit la fascinante tentative de faire accéder à la parole, le jeune Victor de l’Aveyron, retrouvé en forêt à l’âge 9 ans, entièrement sauvage, dont François Truffaut fit en 1970 un film passionnant.

Logopèdes : faiseurs de miracles !

Exercé par 98% de femmes et dans des structures aussi variées que l’Hôpital, les Maisons de retraites, des Centres spécialisés, ou en Cabinet libéral, les logopèdes vont traiter les troubles de l’apprentissage du langage oral, écrit et du code mathématique, et pas uniquement durant l’enfance puisqu’une part émergente aujourd’hui réside dans la prise en charge des conséquences liées au vieillissement et spécialement des maladies d’Alzheimer ou de Parkinson.

Les logopèdes vont également s’attaquer aux troubles liés à un handicap. Démutiser un enfant sourd ; faire accéder à la parole des personnes atteinte d’autisme profond ; ou encore enseigner la voix œsophagienne pour les personnes ayant perdu l’usage de leurs cordes vocales, font partie de leur quotidien.

Sans oublier les troubles de la communication et de la fluence, dont le redouté bégaiement. Et le tout, à travers des bilans, des tests, et au travers de jeux.

Aldo Murillo / Getty Images

Sans parole, pas de vie

Pour résumer la beauté de ce métier, on peut imaginer l’émotion de voir un petit garçon mal né, culturellement sous équipé, gavé d’écran, naitre par l’entremise du travail logopédique, à la langue et s’ouvrir ainsi aux relations humaines.

Il faut imaginer le combat et la joie de ramener une personne à la vie sociale en le ramenant à la parole. Après un accident, un coma, un traumatisme.

Imaginer aussi, enfin et surtout, les défis que représentent ces personnes de plus en plus nombreuses à souffrir des maux de la vieillesse qui en les privant de mémoire, les privent aussi progressivement de la parole et des bénéfices médico-psychologiques des interactions humaines.

Autant d’enjeux majeurs, qui font assurément du métier de logopède une fonction aussi vitale pour les individus que pour nos démocraties.

Pour en savoir où se former n’hésitez pas à vous connecter à Miti, la plateforme d’orientation en ligne entièrement gratuite de la Wallonie et de Bruxelles, ou bien vous rendre avec ou sans rendez-vous, dans vos Carrefours et Cités des Métiers préférées : Bruxelles, Charleroi, Liège et Namur.

Articles recommandés pour vous