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Guerre en Ukraine

Devant le Parlement belge, le Président Zelensky compare Marioupol à Ypres et évoque les diamants russes qui ont plus de valeur que la paix

31 mars 2022 à 08:44 - mise à jour 31 mars 2022 à 14:018 min
Par Jean-François Noulet

Volodymyr Zelensky, le Président ukrainien, s’est adressé aux députés de la Chambre ce jeudi après-midi, au début de la traditionnelle séance plénière, dès 14h15.

La séance a débuté par une introduction de la Présidente de la Chambre, Éliane Tillieux. Deux musiciennes polonaises, une violoncelliste et une violoniste ont ensuite interprété l’hymne national ukrainien. Volodymyr Zelensky a alors la parole. Le Premier ministre belge, Alexander De Croo, a ponctué cette intervention.

Des représentants de l’ambassade ukrainienne étaient présents en tribune.

Outre les députés de la Chambre, l’hémicycle accueillait aussi les membres du Sénat, les présidents et présidentes des parlements ainsi que les ministres-présidents des régions et des communautés qui ont été invités à s’associer à cette séance.

La Chambre accueille pour la première fois un président d’un pays en guerre

La Présidente de la Chambre, Eliane Tillieux (PS) a pris la parole en début de séance. "Nous accueillons pour la première fois au Parlement belge le président d’un pays en guerre", indique-t-elle d’emblée, souhaitant la bienvenue au Président Zelensky, apparu sur l’écran de visioconférence.

L’occasion pour la Présidente de la Chambre de condamner l’attaque de l’Ukraine par la Russie. "La Fédération de Russie a lancé, le 24 février dernier, une offensive inacceptable", souligne Eliane Tillieux.

Elle revient ensuite sur l’implication de la Belgique et de ses citoyens dans l’accueil des réfugiés ukrainiens.

Eliane Tillieux rappelle aussi le rôle joué par l’OTAN dans le contexte actuel.

L’hymne national ukrainien a ensuite été interprété au violon et violoncelle par deux musiciennes polonaises.

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Volodymyr Zelensky, compare la bataille de Marioupol à celle d’Ypres en 1915 et demande une zone d’exclusion aérienne

Après l’hymne international ukrainien, le Président Volodymyr Zelensky, vêtu de son désormais habituel t-shirt kaki, prend la parole, sur les écrans installés dans l’hémicycle de la Chambre.

Il rappelle que "cela fait huit ans que l’Ukraine est en guerre et 36 jours que la Fédération de Russie a envahi" le pays. "Beaucoup de personnes ne croyaient pas que nous aurions pu tenir aussi longtemps". "Nous avons tenu en défendant nos libertés", ajoute-t-il.

Volodymyr Zelensky évoque alors le siège de Marioupol, au sud de l’Ukraine, "l’une des villes qui avait des perspectives économiques importantes", dont "80% ont été détruits et où de nombreux habitants sont morts""Cela fait plus de quatre semaines que Marioupol est bloquée. Il n’y a rien, pas d’eau, pas de nourriture, pas de médicaments, pas de vie", déclare le président ukrainien. "Pourtant, Marioupol ne tombe pas", ajoute-t-il.

Et le président ukrainien d’expliquer que les Russes ne permettent pas l’évacuation des civils, empêchent l’utilisation de couloirs humanitaires. Marioupol est "aujourd’hui l’un des plus endroits les plus horribles en Europe, l’enfer sur terre, la catastrophe, mais personne n’a suffisamment de détermination pour nous aider à arrêter la catastrophe", constate le Président Ukrainien.

Le Président ukrainien s’adresse alors aux Européens. "Qu’espèrent les défenseurs de Marioupol et les défenseurs des autres villes et villages où il y a des batailles pas moins terrible que la bataille que vous avez connue à Ypres ?", demande-t-il, ajoutant que "peut-être même que ce qui se passe aujourd’hui à Marioupol est pire (qu’à Ypres) ?" Ce qu’ils attendent, a précisé Volodymyr Zelensky, c’est la mise en œuvre "d’une zone d’exclusion aérienne". "On a l’impression que les Européens n’ont pas suffisamment de courage pour le faire", poursuit-il, "alors que l’Ukraine a déjà donné des milliers de vies pour défendre la sécurité en Europe".

 

Zelensky compare Marioupol à Ypres

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Les "diamants russes parfois vendus à Anvers"

Le Président ukrainien évoque alors les intérêts économiques en jeu. Les habitants de Marioupol "pensent-ils à l’argent et aux revenus des compagnies ? Je ne le pense pas", déclare-t-il. Pour eux, "c’est la liberté qui est très importante", ajoute-t-il

Par contre, "il existe ceux pour qui les diamants russes, parfois vendus à Anvers sont plus importants, ceux pour qui accepter les bateaux russes dans leurs ports et le revenu de ces bateaux est plus important que notre lutte", regrette Volodymyr Zelensky.

Le Président ukrainien évoque alors "les Européens simples". "Nous voyons comment ils nous soutiennent dans notre lutte", poursuit-il, et "ils savent à quel point les armements que nous attendons de l’Europe sont importants". "Nos militaires ont droit à cette aide, ils sont dignes de cette aide", ajoute Volodymyr Zelensky. "Ils sont aussi dignes de savoir que l’Ukraine va un jour devenir membre de l’Union européenne, parce que si les défenseurs de Marioupol perdent, il n’y aura plus d’Union européenne forte, parce que la tyrannie viendra vous prendre ce dont vous êtes fiers, nous ne vous le souhaitons pas", continue le Président ukrainien, "Marioupol était la base de la dignité européenne".

Volodymyr Zelensky, reconnaissant envers la Belgique, "l’un des premiers pays" à avoir donné de l’aide, qui "a déjà accepté sur sa terre plus de 30.000 Ukrainiens, demande à ce pays, "au cœur de l’Europe", de "devenir un exemple pour faire plus, pour aider à faire reculer les Russes et faire revenir la paix". Tout cela, "la paix" a, pour le Président ukrainien, "plus de valeur que les diamants russes, que les bateaux russes, que les accords avec la Russie, que le pétrole et le gaz russe".

Zelensky parle des diamants russes au port d'Anvers

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Pour Alexander De Croo, il n’y aura pas de zone d’exclusion aérienne

En réponse à l’allocution du Président ukrainien, le Premier ministre belge salue la lutte que mène l’Ukraine non seulement pour sa "survie", mais aussi "pour la pérennité de nos valeurs communes de liberté et de démocratie".

Alexandre De Croo dit "entendre" le "message" et comprendre la "frustration". "Vous plaidez depuis le début de cette guerre pour que l’OTAN impose une zone d’exclusion aérienne", reconnaît le Premier ministre belge, s’adressant au Président ukrainien. "Mais disons-le sans détour : cela signifierait abattre des avions russes et enclencher ainsi une escalade qui pourrait faire basculer toute l’Europe", avertit Alexander De Croo. "Il y aurait encore plus de victimes, la guerre s’étendrait et nous éloignerait d’autant plus d’une solution", ajoute-t-il. "L’OTAN n’est pas partie prenante à ce conflit. Elle ne doit pas le devenir", poursuit Alexander De Croo. "Je sais que ce n’est pas la réponse que vous avez envie d’entendre, mais je pense que vous comprenez cet argument", adresse-t-il à Volodymyr Zelensky.

Cela n’empêche pas la Belgique de choisir un camp : soutien politique "en infligeant des coûts économiques élevés à la Russie", soutien diplomatique, soutien militaire, accueil de réfugiés sont autant d’exemples donnés par Alexander De Croo. "Les sanctions sont efficaces et, ne nous y trompons pas, elles dureront encore longtemps", ajoute-t-il.

Alors que le Président ukrainien, lors du dernier sommet de l’OTAN a sollicité un soutien militaire supplémentaire, Alexander De Croo confirme que "l’armée belge a commandé de nouvelles armes pour l’Ukraine".

Le Président Zelensky l’a rappelé aujourd’hui. L’Ukraine souhaite devenir membre de l’Union européenne. A cela, Alexander De Croo répond que "l’Europe commettrait une terrible erreur si elle faisait attendre l’Ukraine jusqu’au processus formel d’adhésion à l’Union européenne", car ce processus est "long et exigeant".

Alexander De Croo préconise "une solution plus rapide et plus directe", "une intégration économique accélérée de l’Ukraine et de l’Europe". Il s’agirait de "commercer", "investir" et de "donner le droit aux Ukrainiens de devenir pleinement Européens et de participer à des programmes comme Erasmus".

Pour Alexander De Croo, alors que "Vladimir Poutine veut anéantir" la puissance économique de l’Ukraine, "l’Europe sera à l’avant-garde de la reconstruction de l’Ukraine, avec un plan Marshall européen pour l’Ukraine", à condition que "cette barbarie cesse au plus vite".

"Gardez la foi ! Gloire à l’Ukraine et gloire aux héros !", conclut le Premier ministre belge.

 

Réponse d'Alexander de Croo à Volodymyr Zelensky

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Le président Zelensky enchaîne les interventions devant les assemblées et parlements occidentaux

Ces dernières semaines, le président ukrainien s’est adressé à plusieurs reprises, par vidéo, devant diverses assemblées parlementaires occidentales. La semaine dernière, mercredi, il s’exprimait, par visioconférence devant l’Assemblée nationale et le Sénat français. Avant cela, il avait réalisé le même exercice face aux parlementaires italiens, danois et britanniques et suisses, israéliens et allemands. Il s’est aussi adressé au Parlement européen et au Congrès américain.

Lors de ces interventions devant les assemblées parlementaires occidentales, le président ukrainien Zelensky continue de demander aux Etats membres de l’Otan et à l’Union européenne de le soutenir face à l’invasion russe en Ukraine.

Jusqu’à présent, l’Occident a envoyé des armes et de l’aide humanitaire en Ukraine. De lourdes sanctions ont aussi été imposées à la Russie.

Les Etats membres de l’OTAN ont aussi renforcé leur présence aux frontières de l’Alliance atlantique pour défendre ces dernières face à une éventuelle agression russe. C’est notamment dans ce cadre que des militaires belges sont déployés en Roumanie.

En revanche, le président ukrainien qui réclame une zone d’exclusion aérienne en Ukraine ne l’a pas obtenue.

A chaque fois, un discours ciblé et faisant référence à l’histoire du pays

La communication qu’adresse le président ukrainien aux parlementaires occidentaux est bien rodée et adaptée à chaque audience. Volodymyr Zelensky fait ainsi souvent référence à l’histoire du pays.

Devant les parlementaires allemands du Bundestag, il a évoqué le mur de Berlin. A propos de la situation en Ukraine et de la position occidentale, "c’est comme si l’Europe se cachait derrière un nouveau mur qui vient d’être construit", a ainsi déclaré Volodymyr Zelensky. "Monsieur le Chancelier Scholz, abattez ce mur !", a-t-il ajouté, s’inspirant de la demande semblable faite par Reagan à Gorbatchev en 1987 dans un discours prononcé à la porte de Brandebourg, à Berlin.

S’exprimant face aux Américains, le président Ukrainien en a appelé au leadership américain, s’adressant au président Biden. "Vous êtes le dirigeant du pays, de votre grand pays. Je vous souhaite d’être le leader du monde. Etre le leader du monde signifie être leader de la paix", a déclaré ainsi Volodymyr Zelensky.

Devant les parlementaires britanniques, le président ukrainien a fait allusion au discours de Churchill en 1940. "Nous n’abandonnerons pas !", a-t-il déclaré.

Devant les parlementaires israéliens, le président ukrainien évoque la mémoire de la Shoah et Golda Meier, qui a participé à la création de l’Etat d’Israël et qui était originaire de Kiev. "Les Ukrainiens ont fait leur choix, il y a 80 ans : ils ont sauvé les Juifs", a ainsi déclaré Vlodymyr Zelensky. "Peuple d’Israël, vous avez maintenant un tel choix", a-t-il ajouté.

Devant les parlementaires suisses, le président ukrainien s’en est pris aux banques et à Nestlé, multinationale d’origine suisse. "Good food, good life ! C’est le slogan de Nestlé, votre entreprise qui refuse de quitter la Russie", a-t-il ainsi dénoncé.

Des discours travaillés sur le fond et sur la forme

C’est donc une communication travaillée, étudiée que le président ukrainien utilise pour faire passer son message. Le contenu du discours a son importance. La forme est aussi essentielle. "On voit l’expérience de l’acteur. Il a des acquis. Lors de son discours au Parlement européen, il regarde vraiment bien l’œil de la caméra pour donner l’impression aux dirigeants qu’il s’adresse véritablement à eux, alors qu’il est en visioconférence", analyse ainsi Isabelle Châtaignier, professeur en art oratoire à Sciences Po, à Paris, interrogée par la RTBF.

Le "look" du président Zelensky est aussi étudié. Le costume classique des premières apparitions a fait place, la plupart du temps, à un t-shirt kaki. "Ce qui veut vraiment dire qu’effectivement, il est président, mais il se positionne aussi en chef de guerre et en citoyen. Ce visuel fait partie intégrante de la personnalité et cela fonctionne très très bien, notamment sur les réseaux sociaux", décode Isabelle Châtaignier.

 

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