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Deux frères footballeurs quittent l’Ukraine pour rentrer au Luxembourg : ils racontent leur interminable périple

Deux frères footballeurs quittent l’Ukraine pour rentrer au Luxembourg : ils racontent leur interminable périple

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03 mars 2022 à 13:30Temps de lecture9 min
Par Maxime Berger, Sarah Mottard et Gaëtane Vankerkom

Olivier (25 ans) et son petit frère Vincent Thill (22 ans) évoluent au sein du club ukrainien du Vorskla Poltava (D1), à un peu plus de 250 kilomètres de Kiev, la capitale du pays, attaqué par la Russie depuis quelques jours.

Les deux joueurs luxembourgeois ont quitté l’Ukraine avec leur famille. Leur récit est interpellant.

"On n’était pas du tout préparé. Mon frère Olivier l’était un peu plus car deux jours avant que la guerre n’éclate, il a envoyé sa femme et son fils vers leur maison au Luxembourg. De mon côté, je ne m’y attendais pas du tout. Je m’imaginais jouer le week-end, j’étais préparé pour jouer mon match. En fait, je voulais jouer, je ne voulais pas rentrer. Je n’étais peut-être pas totalement conscient de la situation. Dans toute l’Ukraine, on ne pouvait pas imaginer qu’il y aurait vraiment la guerre. Au club, ils n’avaient rien dit, ils n’étaient pas préparés non plus. On nous répondait ‘C’est impossible, restez, n’inventez pas des choses’", introduit Vincent, ancien joueur du FC Metz.

"Tout s’est passé très vite. Tu te fais réveiller par les sirènes jeudi vers 6h du matin et tu dis ‘Punaise, merde… il y a vraiment la guerre maintenant’. Il faut prendre quelques vêtements, tout ce que tu peux et partir le plus vite possible. Vers 9h du matin, on a eu un meeting avec le club. On a dit qu’on préférait rentrer au Luxembourg le plus vite possible. Les Ukrainiens allaient rester vu qu’il n’y avait ‘rien’ à Poltava, mais ils allaient essayer de trouver un mini-van, un bus ou une voiture si les étrangers voulaient partir. On a été au supermarché, on a fait les valises. Le club n’a pas réussi à faire quelque chose pour nous, mais un directeur sportif avait deux voitures et il a dit qu’on pourrait les prendre. Il a dit ‘vous roulez jusqu’à ma maison et là, on vous donne un mini-van et vous irez jusqu’en Hongrie’. On savait que par la Pologne c’était très difficile de passer. Les deux joueurs qui étaient partis avant nous avaient avertis. On a dû changer de chemin trois ou quatre fois. Un pont avait explosé, il y avait des accidents, etc. On est parti jeudi vers 21H30, on a passé toute la journée de vendredi en voiture et samedi, vers 2-3H du matin, on est arrivé à la maison du directeur sportif. Presque trente heures dans la voiture. On a dormi jusqu’à 8h du matin et on a ensuite roulé jusqu’à la frontière hongroise. On espérait juste qu’une bombe n’allait pas tomber sur nous", narre lui Olivier, international luxembourgeois à 39 reprises.

"Il y avait plein de gens sur les routes qui prenaient de l’argent dans les banques, il n’y avait plus rien dans les magasins. Si tu voulais prendre de l’essence, tu devais attendre environ 1H30 et on ne pouvait pas prendre plus de 20 litres. C’était catastrophique. Un chauffeur nous a conduits en mini-van de la maison du directeur sportif vers la frontière. On était dix. Là-bas, ils ne laissaient passer que les voitures ou les bus. Après, on a marché un peu, demandant aux chauffeurs de bus ou de voitures de nous laisser entrer dans leurs véhicules. Les gens avaient peur de nous laisser entrer et la moitié des bus et des voitures étaient remplis. On est resté 7-8 heures à la frontière. On ne voulait pas passer un par un, on voulait rester ensemble. Finalement, on est passé à pied à trois, nous deux et la femme de Vincent, et deux autres joueurs", poursuivent-ils.

"Sur le moment, tu ne penses pas trop... tu veux juste rentrer chez toi"

La situation était ensuite un peu moins complexe. "Après la frontière, je me souviens d’un bus avec des enfants et des femmes qui partait vers l’Italie. Pour aller vers la Hongrie, on a pris le bus et juste après, la famille d’un des joueurs croates est venue avec un van et une voiture. Eux, ils passaient par Budapest pour aller vers la Croatie, ils nous ont emmenés là-bas. Pendant ce temps-là, on était en train de voir avec notre sélection pour qu’ils nous prennent des billets de Budapest jusqu’au Luxembourg. Après tout ça, il n’y a plus eu aucun souci", détaille Olivier.

Les deux frères joueront-ils à nouveau en Ukraine un jour ? Ils l’espèrent. "On est rentré au Luxembourg, tout le monde est en bonne santé. On a eu de la chance car on a eu de bonnes voitures. On avait des voitures hybrides, elles ont tenu la durée du trajet. Après avoir quitté Poltava, on a tout de même vu plusieurs pompes à essence afin de pouvoir faire le plein. Notre chance aussi, c’est que les autres villes ont été bombardées, mais pas Poltava. C’est le seul point positif probablement. J’aimerais pouvoir y retourner un jour si le championnat reprend. Mais avec ces conditions, je ne sais pas comment ils vont faire. Dans l’état dans lequel est le pays, c’est difficile d’imaginer pouvoir rejouer un jour là-bas", glisse Vincent, médian offensif sélectionné à 38 reprises avec son équipe nationale.

Et Olivier de conclure : "C’était dur à vivre pour nos parents, ils ont beaucoup pleuré, ils voulaient tout le temps des nouvelles. Sur le moment, tu ne penses pas trop. Tu veux juste rentrer chez toi et voir ta famille. Après, on se dit qu’on a eu de la chance. On comprend comment les gens se sentent, même si on n’a pas entendu de bombe et on n’a pas vu de mort. Le foot, c’est notre job. On a appris qu’un club a commencé à résilier les contrats avec les joueurs car ils pensent que les joueurs étrangers ne joueront plus là-bas. Nous, on attend encore, ce n’est pas le bon moment maintenant de déjà poser des questions par rapport au foot. Le club a d’autres choses à faire maintenant que de penser à ça. On va encore un peu attendre et après on verra. On espère qu’on pourra y retourner un jour, mais je pense que ça va être très difficile. On sera peut-être obligé de trouver un autre club ailleurs."

Olivier Thill (à gauche) et son petit frère Vincent Thill (à droite)
Olivier Thill (à gauche) et son petit frère Vincent Thill (à droite) RTBF.be

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