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Belgique

Deux auteurs d'incitation à la haine et racisme à l'encontre de Pierre Kompany renvoyés en justice

31 mai 2022 à 04:00Temps de lecture3 min
Par Fabien Van Eeckhaut et Laurent Henrard

Ce mardi 31 mai après-midi, la justice bruxelloise - à savoir la 61e chambre correctionnelle du tribunal de première instance - va plancher sur la plainte du député bruxellois cdH devenu Les Engagés et ex-bourgmestre de Ganshoren Pierre Kompany, père de l'ancien Diable rouge Vincent Kompany. Plainte pour "incitation à la haine" et "diffusion d’idées racistes". En 2020, durant plusieurs mois, sur fond alors de célébrations des 60 ans de l’indépendance de la République démocratique du Congo ou du mouvement "Black lives matter" (et la mort de George Floyd, étouffé par un policier à Minneapolis), il avait en effet été victime d’insultes et de messages haineux diffusés notamment via les réseaux sociaux. Il avait déposé plainte ainsi que l'ensemble des députés bruxellois cdH. La justice a investigué et réussi à identifier deux des auteurs des attaques, renvoyés ce mardi en justice pour une première audience d’introduction.

Pour Olivia Venet, avocate de Pierre Kompany, "Cela a été très compliqué. C’est toute la difficulté des réseaux sociaux, les gens y utilisent parfois des pseudos, des faux noms, de fausses adresses ou de mauvaises dates de naissance. Et donc effectivement c’est assez compliqué de retrouver les personnes. Ici on a pu finalement retrouver deux auteurs de deux messages, qui ont été qualifiés par le Parquet d’incitation à la haine. Ce qui est déjà compliqué aussi c’est que l’immense majorité des affaires d’insultes comme celle-ci ne fait pas forcément l’objet d’un dépôt de plainte. Et par ailleurs, la simple 'insulte' ne suffit pas : il faut qu’il y ait ce critère d' 'incitation à la haine', il faut qu’il se trouve un caractère public, il faut une volonté de la part de l’auteur de diffuser ses idées haineuses et de propager la haine, c’est ce que le législateur a retenu et que nous trouvons ici. Grâce à cela on peut obtenir un procès, on peut en parler et rendre cela public et c’est très important. Il faut dire publiquement que l’on ne peut pas faire des commentaires racistes comme cela sur internet, que cela a des conséquences pour des gens, que derrière il y a des individus qui prennent tout cela en pleine figure, c’est une déferlante de haine et d’insultes qui traumatise. Il y a de vraies victimes. Et ce procès, au-delà des personnes concernées, a une implication importante pour l’ensemble de la société".

Soulagement aussi pour Céline Frémault, cheffe de groupe Engagés au parlement bruxellois, qui a beaucoup soutenu Pierre Kompany dans ce combat judiciaire et déposé une plainte collective avec d’autres députés : "D’abord c’est beaucoup d’émotion. Car dans mon chef cela relevait d’abord d’un devoir moral à l’égard de l’un des miens (au cdH) qui n’avait pas forcément la force pour prendre les choses en main, contacter un avocat, faire valoir ses droits. Mais il y a aussi cette conviction profonde que dans nos sociétés fragilisées, il faut pouvoir dire et répéter que le racisme et la xénophobie n’ont pas leur place et qu’il ne faut jamais laisser passer. Enfin il y a la gratitude pour le monde judiciaire qui manque de moyens mais qui fait son travail. Et qui a fait un travail remarquable quelle que soit l’issue du procès".

Je me suis dit tout de suite que je ne laisserais pas passer. La seule solution c’était d’aller en justice.

La leçon qu’en tire désormais le principal intéressé Pierre Kompany : il faut oser déposer plainte et aller jusqu’au bout et tenir le temps que la justice enquête. Un élu qui, deux ans après, reste choqué par les propos tenus, leur dureté, leur injustice : "Ces messages me touchaient au plus profond car ce n’était pas humain. Vous vivez dans un pays qui est le vôtre, où vous avez adopté les habitants de ce pays et ils m’ont aussi adopté aussi. Et brusquement vous voyez des gens qui sortent de nulle part et qui vous envoient des messages de haine absolument impensables. Dire qu’on allait m’envoyer un taxidermiste. Dire qu’on allait m’exposer dans un musée comme un animal… Alors vous avez l’impression que quelque chose ne va pas. Et il faut chercher le moyen alors de mettre fin à ce qui ne va pas. Jusqu’où peut-on aller ? J’ai gardé cela pour moi, je n’en ai pas parlé en famille pour les protéger. Mais je me suis dit tout de suite que je ne laisserais pas passer. La seule solution c’était d’aller en justice. La seule solution aussi c’est d’avoir une capacité de résister, pour le temps que peut prendre la justice".

Et Pierre Kompany de conclure : "Le simple fait d’entrer au palais de justice avec cette histoire, elle sera connue de tous, ou en tout cas d’un plus grand nombre. Et à partir de ce moment-là, ceux qui subissent ce type de violences seront capables de dire : 'la justice est là pour nous tous, pourvu que je me trouve un avocat, une avocate, qui peut bien me guider, me dire ce qui est condamnable ou pas, ceci ne rentre pas dans le cadre – même si cela fait mal -, trouvons ce qui rentre dans le cadre'. Il y a souvent encore trop de silences autour de ce genre d’affaires et d’insultes…"

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