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Deux ans après la chute de Mugabe, le Zimbabwe continue de s’appauvrir

Deux ans après la chute de Mugabe, le Zimbabwe continue de s’appauvrir
27 janv. 2020 à 05:302 min
Par Valérie Hirsch

A Chitangwiza, un quartier populaire de la banlieue d’Harare, Agnès et Sam vivent de plus en plus difficilement avec leurs 3 enfants. Ils acceptent de témoigner sous couvert d’anonymat. La peur n’a pas disparu au Zimbabwe. "On avait beaucoup d’espoir quand Mugabe a été renversé, racontent-ils. On pensait que tout irait mieux. Mais, au contraire, la situation est pire qu’avant."

Comme beaucoup de pauvres zimbabwéens, Le couple survit en vendant dans la rue des produits qu’ils vont acheter en Afrique du sud. Agnès vend des sacs et des vêtements. Mais rien que le ticket de bus jusqu’au centre-ville d’Harare lui coûte 1 euro. "On ne gagne que 140 euros par mois, regrette-t-elle. Nous souffrons. On ne mange de la viande plus qu’une fois tous les 5 jours. Les prix augmentent presque tous les jours."

La moitié de la population est en détresse alimentaire

Les coupures d’eau et d’électricité sont aussi de plus en plus fréquentes à Harare. "Les appareils électriques sont maintenant des objets de décoration, dénonce Agnès. On a du courant que de 22 heures à 5 heures du matin. Il n’y a plus d’eau. Parfois, les enfants vont à l’école le ventre creux."

Depuis 2009, la situation économique s’était pourtant améliorée au Zimbabwe, quand le pays avait décidé d’introduire le dollar américain comme monnaie d’échange. Mais l’Etat ne parvenait plus à payer ses fonctionnaires. Le nouveau président Emerson Mnangagwa a réintroduit le dollar zimbabwéen qui a perdu 94% de sa valeur en un an. L’hyperinflation est de retour, à 400%, la plus élevée au monde selon le FMI. Le pouvoir d’achat de beaucoup de Zimbabwéens s’est écroulé, comme l’explique Jean Gonçalves, un opérateur belge qui vit depuis 40 ans à Harare : "la classe moyenne est laminée : on arrive à une situation où 8 millions de personnes, quasiment la moitié de la population est en détresse alimentaire."

13 euros maximum de retrait par semaine

Cette crise s’explique en partie par une grave sécheresse, mais aussi par l’écroulement de l’économie, affectée par les pénuries. Pénuries d’argent liquide dans les banques ou les retraits sont limités à 13 euros par semaine.

Pénurie aussi de pétrole, comme l’explique Martin Zombe, un vendeur de panneaux solaires qui fait la file depuis des heures devant une pompe à essence : "C’est une perte de temps de passer toute la journée à faire la queue. Du coup, je n’ai pas pu travailler aujourd’hui. Et puis, il y a des gens qui se faufilent par l’autre côté."

Le trafic d’essence rapporte 4500 euros par mois

Si certains passent par derrière, c’est parce qu’ils ont acheté des coupons sur le marché noir. Ce trafiquant anonyme bien introduit dans les cercles du pouvoir, obtient des coupons à prix réduit, parfois même gratuits qu’il revend aux Zimbabwéens fortunés, qui évitent ainsi de faire la queue : "le prix normal à la pompe est de 76 cents de dollars mais moi, je vends à 1,30 dollar."

Le trafiquant gagne ainsi jusqu’à 4500 euros par mois. Le marché noir touche les secteurs de l’économie, même la banque centrale est impliquée. Des manifestations de mécontentement ont eu lieu cette année, mais elles ont été violemment réprimées. A Harare, les lendemains déchantent.

Archives : Journal télévisé du 06/09/2019

Décès de Robert Mugabe

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