Des techniques pour apprendre à vivre après une agression

Stress post-traumatique, comment vivre après une agression?

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17 sept. 2015 à 06:01 - mise à jour 19 oct. 2015 à 13:41Temps de lecture3 min
Par Dominique Burge

Axel a été agressé à l'aube dans sa librairie. Pour lui, il y a un avant et après braquage. Il était serein; aujourd'hui, il se méfie un peu de tout. Des flashs lui reviennent régulièrement et la nuit, il se réveille en sursaut, il revoit les trois agresseurs armés rentrer dans son magasin.

Axel habite Flémalle et dans cette commune, le service d'assistance policière aux victimes est efficace et proactif. Quelques jours après les faits, Marie-Paule Seret, l'assistante sociale vient prendre de ses nouvelles. Axel reconnaît que tous les matins, depuis l'événement, il laisse la librairie fermée et n'ouvre qu'à ses clients. Marie-Paule Seret le rassure, ces réactions sont normales mais il faut rester vigilant et la recontacter si les problèmes persistent.

Ce service fonctionne 24 heures sur 24 et le travailleur social intervient à la demande de l'officier de police. Marie-Paule Seret nous définit sa mission: "Nous proposons une présence, une écoute; la personne nous livre son vécu, son expérience et cela peut l'apaiser; ça lui permet de revenir à la normalité, de se réapproprier son quotidien. Ce qui est important également, c'est que la personne puisse être reconnue dans ce qu'elle a vécu". 

Le stress post-traumatique

Malgré cette première écoute de qualité, chez certaines victimes, les symptômes peuvent persister, voir s'aggraver; elles développent ce qu'on appelle un stress post-traumatique. La psychologue de l'hôpital Vincent Van Gogh explique: "A partir du moment où l'événement a un impact sur la vie de tous les jours, si la personne ne sort plus de chez elle, éprouve des difficultés à poursuivre ses activités professionnelles, rencontre des difficultés dans sa vie relationnelle et familiale, il faut consulter."  

Tous les lundis, une dizaine de personnes, toutes victimes d'une agression ou d'un accident grave, se retrouvent pour la journée à l'hôpital Vincent Van Gogh.  La matinée est consacrée à un tour de table, chacun raconte le vécu de sa semaine, les petites victoires ou les rechutes. Ainsi, ce camionneur explique qu'il ne parvient toujours pas à sortir seul le soir, qu'à chaque fois qu'il rentre dans sa voiture, il bloque les portes, il a été victime deux d'un car-jacking. Deux psychologues sont présents pour décoder les faits, expliquer aux patients ce qui leur arrive et les amener à analyser leurs émotions, leurs façons de penser.

Se confronter à la réalité

Après une séance de relaxation où l'on apprend les techniques à utiliser lorsque la peur, l'angoisse ou la panique vous envahit, Paola, une des patientes, accompagne Noël Schepers, le psychologue, dans le laboratoire de réalité virtuelle. Paola a été agressée, battue dans une grande surface; elle a développé entre autre une phobie des silhouettes masculines.

Tout ce qui est présent au moment de l'événement traumatique est inscrit dans la mémoire de la personne. Chaque fois que celle-ci sera en présence d'un élément qui lui rappelle l'accident, sa peur sera réactivée; pour éviter le malaise, la victime va éviter de se mettre dans des situations qui la stressent au point finalement de s'empêcher de vivre. Le thérapeute va donc choisir un cadre qui génère le stress chez le patient. Avec le casque vidéo, Paola se retrouve dans une cafétéria avec deux hommes à la mine pas très sympathique; l'objectif est d'apprendre à se mouvoir dans cet espace anxiogène.

Noël Schepers nous explique l'objectif de sa thérapie: "Le but de la thérapie n'est pas de faire revivre l'événement traumatique mais de trouver une façon de comprendre ce qui fait réagir, pouvoir l'apaiser et récupérer une qualité de vie".

Ça fonctionne

Laetitia Bouguignon a suivi cette thérapie. Il y a quatre ans, sa voiture a été percutée violemment à un feu rouge et sa meilleure amie a été tuée sur le coup.  Elle a arrêté de conduire pendant deux ans et s'est cloîtrée chez elle. Aujourd'hui, Laetitia reprend le volant; elle ne peut encore parcourir de longues distances mais depuis quelque temps, elle peut repasser sur la route de l'accident. Dans ces moments-là, le stress monte, la bouche devient pâteuse mais elle y arrive grâce aux techniques apprises à l'hôpital Van Gogh. "J'ai galéré, nous dit-elle, pendant quatre ans où tous les lundis, j'allais en thérapie; je rentrais, j'étais mal mais aujourd'hui, je peux dire que je suis fière du chemin que j'ai parcouru".

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