Belgique

Des techniques d’interrogatoire adaptées aux personnes les plus vulnérables

Michel Carmans dans une salle d’interrogatoire à Grammont
26 oct. 2021 à 20:26Temps de lecture2 min
Par Charlotte Legrand, Pierre Wuidart

Pas de condamnation sans témoignage des victimes, et parfois ces témoignages sont difficiles à recueillir. Le contexte du commissariat peut être intimidant, tout comme les policiers en train de rédiger leur PV. Face à certaines victimes, la police veut recourir plus souvent aux interrogatoires filmés, réalisés dans des lieux plus neutres. C’est déjà de cette manière que l’on procède pour interroger des enfants ou des adolescents.

Nous l'appellerons "Anja", elle a 17 ans. Elle ne sera pas entendue dans une salle d’interrogatoire "classique", mais un peu plus à l’écart, dans un espace sans ordinateur, sans armoire pleine de dossiers, sans affiche sur les murs. Cet espace, au commissariat de Grammont, est équipé de caméras discrètes et de micros. Avantage de cette technique d’audition ? "Tout d’abord, nous nous concentrons exclusivement sur la victime, à qui nous posons des questions ouvertes", explique Michel Carmans, coordinateur du projet audition des mineurs à la police fédérale. "Nous ne devons pas sans arrêt nous interrompre pour compléter un PV". Deuxième atout, selon lui : le caractère plus "informel" des échanges. "Nous ne préparons pas cet interrogatoire, nous écoutons ce que la victime a à nous dire, ce qui va nous permettre, ensuite, de qualifier ce qu’elle a subi". L’enregistrement permet d’analyser, par la suite, le non-verbal, les émotions, la moindre hésitation : autant d’indices supplémentaires pour les enquêteurs.

Vincent Van Quickenborne veut étendre ces méthodes d’interrogatoire
Vincent Van Quickenborne veut étendre ces méthodes d’interrogatoire Pierre Wuidart

L’an dernier, plus de 5000 interrogatoires ont été réalisés selon cette technique. Elle n’est donc pas nouvelle, mais s’appliquait surtout, jusqu’ici, à des enfants ou des ados. La moitié des auditions concernaient des actes de voyeurisme, d’attentat à la pudeur ou de viol. Près d’un tiers étaient liés à des coups et blessures volontaires. Depuis la mi-octobre, une nouvelle circulaire est entrée en vigueur. Elle prévoit de recourir beaucoup plus souvent aux auditions filmées, afin qu’elles puissent aider des personnes "vulnérables" à témoigner. "Cela peut être des personnes handicapées mentales, victimes d’un traumatisme grave, ou des personnes qui ont subi de la traite des êtres humains, des violences sexuelles", détaille Michel Carmans.

90% des viols restent impunis

Dans les cas de violences sexuelles, il y a trop souvent un problème de preuve. "Il s’agit souvent de la parole d’une personne contre celle d’une autre. La parole de la victime contre celle du suspect. Seuls 10% des signalements de viols aboutissent à une condamnation effective", précise le ministre de la justice Vincent Van Quickenborne. Pour lui, le recours aux nouvelles techniques d’interrogatoire va permettre d’augmenter le nombre de condamnations.

La police prévoit de déployer ces méthodes d’interrogatoire sur l’ensemble du territoire, en équipant plus de commissariats ainsi que les centres de soins pour victimes de violences sexuelles (on en trouve à Liège, Gand, Bruxelles et bientôt à Anvers et Charleroi…).

Pierre Wuidart