RTBFPasser au contenu

Des robots désherbeurs pour réduire les pesticides

Robot désherbeur : des tests pour diminuer les pesticides

JT 19h30

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

07 août 2018 à 12:24 - mise à jour 07 août 2018 à 12:244 min
Par Nicolas Lejman

Comment lutter contre les plantes indésirables dans les cultures, qu'on appelle parfois "mauvaises herbes" ? Les arracher à la main est long et fastidieux, recourir aux pesticides peut s'avérer nocif pour la santé et l'environnement. Pourtant, une alternative existe et connait une croissance rapide depuis quelques années: les robots de désherbage. A Gembloux, le Centre de recherche agronomique wallon (CRA-W) teste différents prototypes pour évaluer leur potentiel de développement en Wallonie. 500 000 euros de subsides régionaux seront octroyés pour ce programme de recherche. 

Quatre roues pour se déplacer, un laser pour s'orienter et des outils pour travailler la terre... Le petit robot "OZ" avance entre les lignes de choux verts et enfonce ses deux lames acérées dans le sol: "je les mets à trois ou quatre centimètres, la terre se retourne légèrement, c'est suffisant pour éliminer les mauvaises herbes entre les rangées de légumes" explique Gérald Tonglet, l'importateur belge de cette machine fabriquée par la firme française Naïo Technologies. Le robot continue sa route jusqu'au repère installé en bout de champ, dans son sillage les herbes retournées finissent de sécher au soleil.

Gérald Tonglet est convaincu de l'utilité de son produit pour le maraîchage biologique: "Aujourd'hui, plus personne ne veut travailler à genoux dans les lignes de légumes, et c'est pas facile il faut en convenir ! Donc là ça peut vraiment être une aide pour les maraîchers et l'agriculture de demain. On sait très bien qu'on devra un jour se passer complètement des produits phytosanitaires, parce qu'on se doit de le faire. Mais pour l'instant, on y est pas du tout, on est pas encore prêt à se passer des pesticides. Je pense que les robots sont une vraie solution, ce n'est pas la seule, mais c'est une réponse importante pour arriver à une agriculture 100% biologique."  Seul frein au développement de ces robots de désherbage, leur prix: il faut compter entre 23 000 et 27 000 euros. Une centaine de robots OZ sont déjà actifs en France, seules trois machines ont été vendues jusqu'à présent en Belgique mais l'importateur se montre confiant sur l'évolution du marché dans les prochaines années.

Une technologie qui évolue rapidement

Un peu plus loin, un autre robot est en action. Celui-ci est beaucoup plus imposant, il ressemble à une grande table: un double panneau photovoltaïque posé sur quatre pieds mobiles. Dessous, s'agitent deux longs bras mécaniques. Développé par la firme suisse Ecorobotix, celui-ci s'adresse plutôt aux grandes cultures de céréales qu'au maraîchage. 

Ce modèle utilise encore des produits chimiques mais avec beaucoup plus de parcimonie et de précision que ce qui se fait aujourd'hui. L'objectif, à terme, serait de pouvoir cibler l'herbe à détruire avec une dose infime de produit chimique et de ne plus devoir épandre massivement le produit sur les cultures. 

Pour y parvenir, ce robot est doté d'une forme d'intelligence artificielle comme l'explique Quentin Limbourg, le responsable du département "machinisme" au CRA-W: "c'est ce qu'on appelle le deep learning: plus le robot va voir des betteraves, plus il va apprendre à identifier les betteraves et plus il va apprendre à distinguer les betteraves des mauvaises herbes. Il deviendra autonome et capable de décider lui-même de détruire tel ou tel plante avec une précision chirurgicale". A ce stade du développement, il est déjà possible de réduire de 20% la dose de pesticide nécessaire pour traiter une parcelle, une proportion qui devrait encore s'accentuer dans les années à venir selon les avancées de la recherche.

Aider l'agriculteur

Régulièrement, le CRA-W teste différents prototypes de robots désherbeurs sur ses parcelles gembloutoises. Les résultats sont destinés aux agriculteurs wallons qui souhaiteraient investir dans ces technologies. Fabienne Rabier, la coordinatrice du programme de recherche au CRA-W: "notre rôle c'est vraiment d'objectiver... On a toute une série de solution qui sont offertes aux agriculteurs, nous on met en place des protocoles et des tests qui sont objectifs et qui permettent d'évaluer ces technologies. L'idée c'est d'aider l'agriculteur à choisir un modèle selon ses besoins et ses contraintes, parce que tous les robots n'ont évidemment pas les mêmes fonctions".

Alors peut-on imaginer que, dans un avenir plus ou moins proche, ces robots de désherbage se fassent plus visibles dans les champs en Belgique ? Pour Fabienne Rabier - comme, d'ailleurs, pour l'ensemble de nos interlocuteurs du jour - cela ne fait aucun doute: "j'en suis certaine parce qu'on fait face actuellement à une crise, une véritable pénurie de main d'œuvre dans les exploitations agricoles, que ce soit en grande culture ou en maraîchage, et je pense qu'à partir du moment où les technologies seront sur le marché, fiables et à un prix abordable, effectivement on commencera à les voir dans toutes les fermes."

Un coup de pouce bienvenu

De passage à la 84ème Foire agricole de Libramont (27-30 juillet 2018) le ministre wallon de l'Environnement, Carlo Di Antonio (CdH) a lui aussi été conquis par ces engins agricoles du XXIème siècle.

Dans le but de promouvoir l'agriculture biologique et de réduire la pollution environnementale par les produits phytosanitaires, un subside régional de 500 000 euros sera consacré à ce programme de recherche, pour la plus grande satisfaction de Fabienne Rabier: "on espère que cette annonce va être rapidement concrétisée... Pour nous, c'est une excellente nouvelle parce que ça va nous permettre d'investir dans la technologie, de pouvoir acheter ou louer différentes sortes de robots et de pouvoir ainsi les tester sur nos plateformes de recherche. Comme ça, on aura vraiment tous les outils pour fournir des informations fiables aux agriculteurs."

Articles recommandés pour vous