On n'est pas des pigeons

Avec le coronavirus, la patate wallonne est en crise: pourquoi des pommes de terre "primeur" d'Israël en magasin alors?

Grenailles

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21 avr. 2020 à 08:19 - mise à jour 21 avr. 2020 à 08:40Temps de lecture2 min
Par Jacques Graye

Paradoxal ? Alors que le secteur est en crise chez nous, des pommes de terre "nouvelle récolte" provenant de pays méditerranéens débarquent dans les rayons des supermarchés. Des pommes de terre "primeur" qui arrivent parfois d’Israël, d’Egypte ou du Maroc…

Depuis la crise sanitaire déclenchée par le coronavirus, les producteurs belges de pommes de terre sont victimes d’une double peine : la réduction des exportations et le ralentissement de la filière de transformation des pommes de terre à cause du confinement et de l’arrêt de l’activité économique. Du coup, les stocks s’accumulent et leur écoulement est de plus en plus compliqué.

Grenailles d’Israël

Primeur

Dans ce contexte, ça peut paraître étonnant de trouver en supermarché des pommes de terre venant d’Israël. Karima Ghozzi, porte-parole de Delhaize explique : "Ce type de pommes de terre n’est pas disponible en Belgique, on source donc à l’étranger. C’est le cas aussi par exemple pour les pommes de terre bio. Les pommes de terre en surstock sont des pommes de terre de type farineuses, donc pour les autres, on s’approvisionne ailleurs". 

Jean-Luc Carlier est producteur de pommes de terre à Nalinnes et, il voit lui les choses sous un angle bien différent : " Malheureusement en Belgique, on est en train de jeter les pommes de terre à la poubelle et en même temps on en fait venir de pays lointains. Il y a par exemple des stocks de Charlotte ou Nicola disponibles ici, évidemment ce ne sont pas de nouvelles récoltes mais elles sont tout à fait bonnes à consommer ".

Des efforts pour du local

Pierre Lebrun de la filière wallonne de la pomme de terre (Fiwap), avance une autre explication globale : "Ici le secteur est en crise depuis un mois, or des contrats entre la grande distribution et les producteurs méditerranéens sont sans doute signés depuis longtemps… Donc, ces produits se retrouvent dans les rayons. Toujours est-il que le secteur de la grande distribution, via Comeos, s’est engagé à faire une plus grande place aux producteurs locaux, en offrant des gammes locales complètes tant que c’est possible.

Mais du point de vue du producteur Jean-Luc Carlier, il y a clairement un poids, deux mesures : " On évoque des contrats signés de longue date mais en Belgique, les usines qui transforment les pommes de terre ne se gênent pas pour casser les contrats en prétextant une moindre qualité du produit (produit qu’elle auraient acheter en d’autres temps). J’ai été victime d’une résiliation de contrat et les indemnisations ne sont pas à la hauteur. Je compte d’ailleurs introduire une action en justice pour obtenir réparation ".

Pour trouver des pommes de terre "primeur" de chez nous, il faut attendre la fin du mois de juin.

En pleine terre, il faut 90 jours pour produire des pommes de terre. Pour trouver des pommes de terre "primeur" de chez nous, il faut donc attendre au mieux la fin du mois de juin et il s’agit d’une production restreinte. En attendant, c’est bien sûr à chaque consommateur à être attentif à la provenance du produit, indiquée sur l’emballage, pour faire son choix en toute connaissance de cause.

Pour promouvoir la production locale (et de saison) des pommes de terre, l’Apaq-W (Agence wallonne pour la Promotion d’une Agriculture de Qualité) vient par ailleurs de lancer une campagne de soutien. Une campagne qui souligne aussi les 1000 façons de préparer les pommes de terre. Pour les recettes, cliquez ici.


►►► À lire aussi : Les frites belges n'ont pas la patate !


 

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