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Monde Europe

Des paysans bios à poil à cause de la nouvelle PAC ? "À peu près 80% des aides attribuées au bio vont disparaître"

Dossier de la rédaction

Réforme de la politique agricole commune

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18 nov. 2021 à 11:17 - mise à jour 19 nov. 2021 à 12:313 min
Par Marie-Laure Mathot sur base d'une interview de François Heureux

C’était au printemps dernier, des agriculteurs bios manifestaient dans le plus simple appareil contre la réforme de la PAC, la Politique agricole commune. "On donne des millions à l’automobile, on donne des millions aux entreprises, mais on ne donne pas des millions à l’environnement, à la planète, c’est rétrograde, là, s’écriait un torse nu. On voit qu’il y a une émergence d’idée. Présentement, qu’est-ce qu’on fait ? On recule." Une autre paysanne avait fait le calcul : "Je perds 46% de mes aides, mais il y en a qui perdent jusqu’à 80% des aides."

D’autres agriculteurs remettent ça ce vendredi, mais habillés cette fois, devant le Parlement européen à Bruxelles. Parmi eux, Benoît Biteau, député européen du groupe des Verts, paysan bio et ingénieur agronome de formation. Pour lui la PAC qui s’apprête à être votée est "pire que celle de la génération d’avant".


►►► Lire aussi : Nouvelle PAC : va-t-on vraiment vers une agriculture plus verte en Europe ?


Petit rappel : la PAC, c’est la Politique agricole commune. Le Parlement européen, le pouvoir législatif de l’Union (celui qui vote les règles), s’apprête à voter sa nouvelle mouture mardi prochain. Il va donc tracer les grandes lignes du modèle agricole européen pour les prochaines années, de 2023 à 2027. La PAC, c’est un budget de 387 milliards d’euros, avec des aides pour les agriculteurs cette fois, qui décident de verdir leurs exploitations. On pourrait croire que c’est une bonne nouvelle pour un paysan bio député vert. Mais en fait non.

"C’est absolument l’inverse, répond Benoît Biteau. Elle est même pire que celle de la génération d’avant qui était déjà défaillante sur l’atténuation du changement climatique, sur la préservation de la biodiversité mais aussi sur le revenu même des paysans et sur la possibilité de renouveler les générations d’agriculteurs qui sont en train de vieillir et pour lesquelles on a besoin d’installer des nouveaux."

En contradiction avec le Green deal européen

La Commission européenne, qui est le pouvoir exécutif de l’Europe (celui qui applique les règles), a pourtant un agenda vert assez ambitieux, assez précis : c’est le fameux Green deal, le Pacte vert, qui engage des milliards et des milliards d’euros afin d’atteindre des objectifs précis. La PAC irait donc à l’encontre de ce pacte vert de la Commission européenne ?

C’est exactement ce que pense le député Vert. "On est dans une forme de schizophrénie où il y a des belles ambitions autour du pacte vert, et notamment autour des déclinaisons comme la stratégie de la ferme à la fourchette, la stratégie pour la biodiversité qui prône la réduction de 50% de l’usage des pesticides, qui prônent la réduction de 20% de l’usage des engrais de synthèse, qui prônent la certification en agriculture biologique sur 25% des surfaces agricoles."


►►► Lire aussi : "De la ferme à la table": des eurodéputés, parfois inquiets, face à la Commission


La PAC, au contraire, soutient une agriculture "qui utilise massivement des pesticides, des engrais de synthèse ou de la mécanisation" et qui "n’est pas forcément celle qui nous conduit vers la souveraineté alimentaire", selon le député européen. "Quand on simule les effets de cette nouvelle PAC, on se rend compte qu’à peu près 80% des volumes d’aides qui sont aujourd’hui attribués à l’agriculture biologique vont disparaître pour cette agriculture-là", celle qui utilise des pesticides.

Malgré le but affiché d’atteindre la souveraineté alimentaire, la PAC n’est pas la bonne méthode selon le paysan.

"Bien sûr qu’on peut atteindre la souveraineté alimentaire avec des logiques comme celles qui sont déployées normalement dans la stratégie de la ferme à la fourchette. Mieux, on les atteindra plus vite. Cette agriculture qui s’appuie sur plus de main-d’œuvre, sur des structures plus familiales, plus paysannes a la capacité de valoriser plus intensément des ressources naturelles, des ressources parfaitement gratuites sans avoir recours à des pesticides et des engrais de synthèse."

L’eurodéputé appelle donc ses collègues de l’hémicycle à voter contre cette PAC mardi, de prendre de la distance par rapport aux lobbies et d’être cohérent avec le Green deal de la Commission. "On l’a vu sur la stratégie de la ferme à la fourchette, la puissance de la communication des lobbies pour inviter les eurodéputés à ne pas voter cette stratégie avec des prédicateurs d’apocalypse alimentaire, d’apocalypse agricole, d’apocalypse pour les agriculteurs eux-mêmes qui n’allaient plus produire assez pour pouvoir gagner leur vie. Malgré tout, les députés européens, avec 452 votes favorables, - c'est quand même historique et sans précédent – n’ont pas cédé. Ce que nous demandons aujourd’hui, nous, les gens qui demandons à ne pas voter cette PAC pour pouvoir en rédiger une nouvelle, c’est d’être en cohérence avec ce vote de la stratégie de la ferme à la fourchette."

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